Zimoun / Mécaniques Remontées

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Zimoun / Mécaniques Remontées

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par Maud Pelegrin
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Du 25 mars au 6 août, Zimoun est acueilli au Centquatre, à Paris, pour sa plus grande exposition française, « Mécaniques remontées ». Neuf des œuvres de l’artiste suisse y sont exposées pour une expérience auditive et spatiale. Avec des mouvements mécaniques et répétitifs, Zimoun donne vie à des objets habituellement inanimés. Boîtes en carton, pelotes de coton, lattes et tiges de bois, objets banals auxquels on ne prête pas attention. Ici, ils agissent collectivement, mûs par des mécanismes simples.

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255 prepared ac-motors, rope, cardboard boxes 30x 30 x 30cm, 2017

C’est ce que Zimoun explique, puisqu’il « [s]’intéresse généralement à la simplicité, et à la complexité qui en découle ». Deux options s’offrent donc à moi : observer de près les objets et comprendre leur mécanisme, ou regarder l’ensemble, comment ils prennent vie collectivement. J’essaie de faire les deux. Mon œil est attiré par les petits moteurs qui font bouger les différents objets. Je n’arrive pas à comprendre où vont les câbles, ce qui les alimente, comment fonctionnent leurs moteurs. Je préfère parfois regarder le tout, et m’imprégner des univers sonores qui émanent des œuvres.

Deux installations sont accessibles librement, ce qui donne l’eau à la bouche. Le reste des œuvres est réparti dans différents espaces. On choisit les salles à sa guise, sans jamais savoir ce que recèlent les épais rideaux noirs, il n’y a pas d’ordre. Quand on y accède, on découvre à chaque fois un processus similaire : des centaines d’objets identiques bougent, reliés par des câbles. Certains s’entrechoquent, d’autres ne se touchent pas, tous produisent un son. Zimoun nous fait vivre une réelle expérience sensorielle. On écoute, on regarde, on marche autour des œuvres, parfois ce sont elles qui nous entourent. On a le sentiment de faire partie de l’installation.

J’entre dans le Centquatre par la rue Curial. Pour accéder aux différentes étapes, je dois le traverser dans sa longueur, passer à travers les comédiens et les visiteurs. De jeunes danseurs répètent un peu partout, c’est déjà une immersion artistique. Au fond à droite, un container. Sans guide, il est difficile de comprendre qu’il s’agit d’une installation de Zimoun. J’attends impatiemment qu’une petite fille et son père aient fini de le visiter. Il faut s’y glisser par dessous et monter sur un petit escabeau pour s’immerger dans la boîte de fer. Je m’y retrouve seule, entourée de petits sacs de papier cartonné. C’est l’unique moment où je suis isolée face à une œuvre de l’artiste. On y reste autant qu’on le souhaite, mais je dois partir pour laisser place à une jeune femme qui attend. À l’intérieur, les sacs bougent, frémissent. Étrangement, je me sens à l’aise, comme dans un cocon, entourée de ces sacs accrochés au sol, au plafond et aux murs. Je tourne sur moi-même, je lève la tête, je baisse les yeux. Les sacs de cartons prennent vie. Les objets me tiennent compagnie. J’ai envie de me rapprocher d’un des sacs pour l’observer de près. J’entends le frémissement du papier, comme un chuchotement, j’ai presque envie de lui répondre. Leur son se combine avec le bruit assourdissant des bétonnières en mouvement à l’extérieur, autre installation de l’artiste.

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49 prepared concrete mixers, 2017

Autour du container, quelques salles sont réservées à d’autres propositions de Zimoun qui constituent l’exposition proprement dite. J’entre dans l’une d’elle, excitée à l’idée de découvrir ce qui s’y cache. Derrière les rideaux, les murs sont entièrement recouverts de boîtes en carton. La pièce est immense. Sur les cartons, des petites pelotes de coton sont suspendues par des câbles qui les font bouger rapidement, taper contre les boîtes. L’ensemble évoque un bruit de vent, plus doux que celui des bétonnières. Mais la hauteur de la pièce rend l’œuvre écrasante, je me sens minuscule face à ces centaines de cubes. Il y a de l’espace, je peux circuler pour observer le mouvement des petites boules, pourtant je me sens confinée. Je décide de me tourner vers les balles blanches pour les observer de près. J’essaie de comprendre le mécanisme qui meut les fils de fer qui secouent les pelotes. Je n’y arrive pas, les câbles disparaissent derrière les boîtes, et je décide de regarder autour de moi pour entendre l’installation dans son ensemble. J’ai envie de fermer les yeux pour n’avoir qu’à écouter.

Aujourd’hui, je suis presque seule à parcourir l’exposition. Dans la pièce aux cartons, je surprends une jeune femme, hilare à la vue de ces balles qui bougent en tous sens. Je me sens oppressée, mais d’autres rigolent, s’en amusent. Car, comme le précise l’artiste, il n’y a pas de « lien unique correct, une seule association que le visiteur « doit » faire ». Chacun est libre de réagir comme il le sent, de comprendre ce qu’il veut. J’y vois la possibilité d’être isolée face à des objets qui ne me procureraient en temps normal aucune de ces sensations.

Plus loin, la pièce « G » me fait vivre une autre expérience. Le bruit est assourdissant, cacophonique. Des centaines de lattes de bois suspendues par des fils reliés à de petits moteurs accrochés au plafond s’entrechoquent et frappent violemment le sol, chacune à son rythme. J’observe le mécanisme pour échapper à ce spectacle. C’est comme si le bois reprenait vie, après avoir été coupé et exposé ici. J’ai envie de me faufiler entre les lattes pour les immobiliser. Je décide de fuir. Heureusement, au fond, un rideau blanc me permet d’accéder à une installation cachée. Comme si Zimoun voulait se faire pardonner du bruit éclatant de la pièce précédente, il y a ici un son, plus doux, de tiges de fer qui gigotent rapidement sur le mur blanc. Après avoir été agressée par le bruit sourd des lattes de bois, cette œuvre m’apaise. J’y reste quelques minutes, et je regarde de près ces fils de fer qui bougent de droite à gauche. Je trouve un peu idiot d’avoir été déstabilisée par de pauvres lattes de bois.

Dans une autre salle, des centaines de cartons vides sont exposés au sol, reliés au plafond par des câbles. Les cubes se soulèvent, chacun à son tour, et retombent. Le bruit est lourd, lent, épais. Je m’attache à ces boîtes ordinaires d’où il me semblent que de petits animaux essaient de s’échapper. J’y reste, je m’accroupis pour regarder ces boîtes qui se soulèvent doucement pour retomber dans un bruit sourd. Ça me fait rire. Je préfère regarder l’œuvre plutôt que le dispositif.

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150 prepared dc-motors, filler wire 1.0 mm, 2009/2010

À travers ces neuf installations, Zimoun nous fait vivre plusieurs expériences sensorielles dont il assume la diversité des réceptions : « Il n’y a pas de vrai ou de faux. Plutôt que de transporter une idée ou un thème spécifique, c’est formidable si un visiteur s’anime devant une œuvre et commence à réfléchir ou à se demander, à faire des liens ou s’interroger ».

Maud Pelegrin

Mécaniques remontées au Centquatre

Site de Zimoun

Le Centquatre


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