Too Young to Wed (enfants à marier)

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Too Young to Wed (enfants à marier)

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par Maud Pelegrin
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La jeune parisienne « moderne » que je suis n’a jamais été freinée, jusqu’à présent, dans son accès à l’éducation ou à la santé, par les traditions, la religion ou les coutumes de son pays. Je peux choisir mes études, mon avenir professionnel ou amoureux. Pourtant, cela n’est pas le cas de milliers de jeunes femmes. Aujourd’hui encore, aux quatre coins du monde, des mineures, qui sont souvent des enfants, sont forcées de se marier à des hommes bien plus âgés qu’elles.

Photographie © Stéphanie Sinclair

Avec l’exposition Too Young to Wed (Mariées Trop Jeunes) visible actuellement à Paris dans la Grande arche du photojournalisme, Stéphanie Sinclair dévoile les images de ce fléau qui touche plus de cinquante pays. Pendant quinze ans, la photojournaliste américaine a immortalisé des centaines de filles mineures, souvent très jeunes, contraintes de se marier. Les murs blancs de cet immense espace sont recouverts de ses images colorées, révélatrices d’une sombre réalité. L’arche du photojournalisme vient de rouvrir à la Défense. Il faut compter quinze euros pour monter sur le toit, et quatre pour l’exposition. C’est plus que ce que j’avais prévu, mais l’exposition semble valoir le coup. Sur le toit, la vue sur Paris et la Défense est impressionnante, mais l’espace dédié à l’exposition reste classique. Ce lieu qui cherche à « porter un regard citoyen sur le monde d’aujourd’hui » est consacré aux reportages photos de journalistes. Le lieu est presque vide, silencieux, seules quelques personnes hantent cet espace froid et immaculé auquel les portraits de jeunes filles du monde entier confèrent un peu de vie.

En entrant dans l’exposition, je comprends d’emblée l’objectif de Sinclair. Dans son introduction, la journaliste explique, pour présenter son travail et ses objectifs, que nous pouvons nous mobiliser afin de « mettre un terme à cette pratique qui perpétue la discrimination et la pauvreté ». Elle veut nous montrer la souffrance, les coutumes et le décalage entre les pays concernés et le nôtre. Elle veut que nous nous indignions, nous pousser à réagir. Et ça marche. Beaucoup de ces portraits exposent des jeunes filles du monde entier, des enfants, à côté de leur mari. Le constat est lourd, alarmant. En déambulant dans l’exposition, je ressens tout le poids de ces traditions, qui empêche beaucoup d’enfants d’avoir une vie normale, d’aller à l’école, ou de jouer avec d’autres enfants.

Photographie © Stéphanie Sinclair

La vision de ces petites filles dans les bras de leurs oncles ou de leurs cousins m’attriste. Les portraits de ces hommes et de ces petites filles en tenue de mariage traditionnelle ressemblent à ceux de pères avec leur fille. Peu sourient, quasiment toutes sont conscientes de leur condition. Quelques-unes d’entre elles sont mariées à des garçons de leur âge, et les photographies des noces témoignent de leur innocence. La citation d’une jeune Yéménite mariée à six ans, au-dessus des clichés, est révélatrice : « je ne sais pas comment on fait les bébés. La fille tombe enceinte, et accouche d’un bébé. Elle le porte dans son ventre, puis le bébé sort ».

Une vaste pièce abrite le cœur de l’exposition. Quelques portraits gigantesques sont suspendus du plafond, au centre de la salle, on se sent tout petit face aux regards des jeunes filles exposées.

En avançant vers le fond de l’exposition, je réalise que si le mariage forcé est la thématique principale de Too Young To Wed, la photographe soulève d’autres questions liées aux noces précoces. La partie finale est dédiée à l’excision d’enfants, notamment en Indonésie. Ce « rite de passage » est censé faire entrer ces filles dans l’âge adulte. Mais sur les photos insoutenables de Stéphanie Sinclair, je vois des filles de cinq ou six ans, en pleurs, sur les tables d’opération. Autour d’elles, le sourire de leurs familles et des sages-femmes détonne avec la souffrance de ces enfants mutilées. Du haut de la tour qui surplombe Paris, cette opération me paraît scandaleuse. Elle a pourtant lieu, avec l’accord des parents.

Le dernier mur est un peu caché, tout au fond de l’exposition, comme si Stephanie Sinclair voulait nous prévenir de la force des clichés. On y découvre des images encore plus alarmantes. Effectivement, les photos exposées me révoltent encore plus que les précédentes. L’une d’elle représente une jeune fille, à l’hôpital, le buste complètement brûlé. Elle s’est immolée par peur des représailles de son mari. Une autre a le nez coupé. Elle a tenté d’échapper à son mari. Celui-ci l’a retrouvée, et, accompagné d’autres proches, a décidé de lui couper le nez et les oreilles.

Photographie © Stéphanie Sinclair

Si cette situation semble être un problème spécifique aux pays du Sud, ce n’est pas tout à fait le cas. Stéphanie Sinclair rappelle que ces mariages forcés ont lieu près de nous, en Occident, en Europe de l’Est ou aux Etats-Unis. Je pense regarder des photos d’un autre siècle. J’ai tort, elles n’ont pas plus de quinze ans, mais la photographe expose ici le problème méconnu des sectes américaines. Sur les clichés, les jeunes femmes vêtues de robes du XIXème siècle ne semblent pas réaliser qu’elles ont été forcées de se marier avant leur majorité, souvent avec l’accord de leurs parents.

Dans de nombreux de pays, le mariage précoce est une question de coutumes, de religion, mais aussi d’honneur de la famille. Certains pays interdisent ces mariages, mais les législations en vigueur sont parfois impuissantes face au poids écrasant des coutumes. La fin de l’exposition est tournée vers l’action, elle montre qu’il est possible d’intervenir. Sur certains clichés, des jeunes filles sourient, apaisées, de nombreux programmes leur permettent d’avoir une vie meilleure et d’être aidées. Too Young To Wed est aussi le nom d’une association qui lutte pour le droit des enfants dans le monde et cherche à mettre un terme au mariage forcé. À partir de leur site internet, on peut participer aux actions de l’association et les soutenir financièrement.

D’autres organisations comme La Campagne de l’Union Africaine ou le Programme d’autonomisation de Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) tentent de participer à cet effort pour que des jeunes filles puissent avoir un meilleur accès à l’éducation, à la santé et choisir une vie meilleure.

Maud PELEGRIN.

Site de La Grande Arche du photojournalisme
Site de Too Young To Wed
Crédits photos : Stephanie Sinclair 



Arts Visuels Photographie Exposition Paris
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