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Ex Nihilo, d’un monde à l’autre...

par Mélanie Vallaeys
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Ce premier juin, au Théâtre 13 à Paris, Ex Nihilo nous offrait un diptyque composé de In Paradise en extérieur et Paradise is not enough en intérieur. Le « paradis » en question n’est pas celui de la Genèse, mais un lieu urbain imaginé par cette talentueuse troupe qui a récolté au fil de ses voyages de quoi jouer avec le contraste entre la réalité d’un monde difficile et les attentes qu’on peut en avoir.

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Nous attendons sur le trottoir face au Théâtre 13. Comme une frontière entre deux territoires, une corde nous sépare de l’endroit où, dans quelques minutes, les danseurs entameront leur performance. Le début est progressif. Les danseurs viennent du public, on ne sait les distinguer des spectateurs. L’espace d’un instant, on les prendrait pour des passants égarés. Ils arrivent un à un et passent cette corde qui marque la « scène ». Mais ils n’entament pas directement leur danse. Je suis désorientée. Cette chorégraphie paraît à première vue improvisée, ancrée sur l’émotion du moment. Mais très vite, je me rends compte que tout est parfaitement réfléchi. Chaque mouvement est compté, ordonné, inscrit dans une chorégraphie bien précise.

Ex Nihilo signifie en latin « à partir de rien » et c’est ce qu’il font avec la rue, support de leur art. Ils utilisent l’espace tel qu’il est, se l’approprient et en font une scène. Le décor est composé de nombreuses chaises en plastiques, beaucoup utilisées et rafistolées, et des cordes sont disposées de manière apparemment aléatoire. Ces éléments sont bien plus qu’un simple décor, ils font partie de la chorégraphie et sont les piliers de la pièce. Le placement des chaises n’est en rien hasardeux. Tout est calculé pour qu’elles soient utilisées par les danseurs. Cassées et parfois entourées de cordes, elles symbolisent un lieu à l’abandon. Elles forment un bel ensemble avec les danseurs qui les déplacent continuellement et les utilisent. Pourquoi ces chaises ? Elles évoquent des voyages, des lieux où les gens vivent dans la rue et se l’approprient. Leur usure traduit une sur-utilisation et évoque la pauvreté.

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« Chaos » est le mot qui me vient, au sujet du décor. Ce qui est frappant c’est son mouvement perpétuel, son instabilité. Peut-être se réfère-t-il aux changements d’un monde constamment secoué, ravagé par des catastrophe naturelles ou des guerres… La connexion entre les danseurs passe principalement par leurs yeux. Chacun danse, de son coté ou en groupe et la théâtralité vient de leurs regards, de leurs échanges et de leurs expressions, tristes, énervées ou joyeuses. Cela raconte une histoire. On y voit des batailles, de l’entraide, du soutien. Les danseurs sont parfois en osmose ou en contradiction dans leurs mouvements, mais ce qui semblait déconstruit au début est en réalité parfaitement harmonieux et c’est la beauté du spectacle. Une théâtralité proche de celle de Pina Bausch, exprimée par des mouvements, des voix et une utilisation particulière de l’espace.

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Paradise is not enough, la seconde partie, se déroule dans le théâtre. L’ambiance est plus sombre mais elle garde un aspect chaotique avec ces chaises délabrées qui pendent au mur. Les danseurs entrent sur scène un à un en venant d’endroits différents, parfois du public, ou émergent de la pénombre.

Assise dans la salle, je ressens une distance plus grande que dans la première partie, où nous partagions le même trottoir. On est plus éloignés, il y a moins de chaises, c’est une autre forme de théâtre, plus sombre et oppressant. Le sentiment d’enfermement contraste avec la chorégraphie en extérieur, moins limitée dans l’espace. Cet idée d’enfermement est peut-être une image de l’état actuel de la société face à la liberté de la rue. Ce diptyque, d’après la chorégraphe Anne Le Batard, est « une sorte de défi qui montre les différentes façons de mettre en scène en fonction des lieux, du public, que ce soit en intérieur ou en extérieur ».

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Changer d’endroit pose à chaque fois de nouvelles questions. L’utilisation de l’intérieur permet d’aller plus loin dans la mise en scène, de varier les effets grâce à l’éclairage. À l’extérieur, une bande-son déboussolante avec son beau mélange de mélodies, de silence et de sons. Ici, deux musiciens jouent devant nous. La musique suit les danseurs, ou est-ce l’inverse ?

Pendant deux heures environ, nous étions déconnectés du monde réel, plongés dans un univers mouvant où les émotions se succèdent, des tensions, du rire parfois, une vive curiosité... En sortant, je me sentais vidée intérieurement par cette catharsis.

Mélanie Vallaeys

Pour tout savoir sur les tournées d’In-Paradise et sur la compagnie

Bande annonce de In Paradise : https://vimeo.com/191651568
Bande annonce de Paradise is not enough : https://vimeo.com/185591495






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