Focus « femmes ! » aux Métallos : Les Monstrueuses

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Focus « femmes ! » aux Métallos : Les Monstrueuses

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par Marine Vellet
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Sur le plateau des Métallos on aperçoit une fine silhouette, seule en scène, Ella s’avance lentement vers la lumière pour prendre la parole. Dans un laboratoire d’analyse. Elle apprend qu’elle est enceinte, en 2008. Elle s’en doutait mais elle s’effondre et perd connaissance. Le choc est brutal. À son réveil, elle est transportée en 1928, le médecin cherche à comprendre. C’est le début d’un long voyage au plus profond de son intimité, dans sa propre généalogie. Un seul corps, une seule bouche, sont traversés par les paroles d’une même famille. Trois générations, trois visions. De Paris au Yemen, les histoires s’entrechoquent et résonnent entre elles. Elle deviendra sa mère, grand-mère puis arrière grand-mère. Une filiation où les mères deviennent des monstres pour leurs filles.

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© Pierre François

Tantôt enfantin, tantôt déformé, monstrueux. Le visage de la comédienne est expressif, sensible. Son corps se tord, se transforme, il existe pleinement sur le plateau. Mais l’éclairage ne suit pas toujours, l’image est sombre quand la femme est lumineuse. Et la mise en scène mérite plus de sobriété. Quelques passages caricaturaux, des changements de scènes un peu brutaux et maladroits. Pas besoin de micro quand on a une voix aussi singulière et un texte aussi efficace. Leila peut se faire confiance, sa simplicité est une force.

Douceur et noirceur se côtoient tout au long de la pièce. Les interrogations de Leïla Anis se lisent clairement et se partagent volontiers. L’exil au féminin, la recherche identitaire, s’inscrivent dans la majorité de ses travaux. Ce qu’elle tente ici c’est une écriture du réel, partir d’un élément de sa propre vie pour construire un récit universel.

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© Pierre François

Comprendre hier pour « vivre » ou « supporter » aujourd’hui. Dire l’indicible - la culpabilité face à des fantasmes d’infanticides ou encore l’absence d’instinct maternel - afin de s’en détacher.

La souffrance d’aujourd’hui est-elle d’emblée liée à celles d’hier ? Que peut-on prendre en charge du trauma familial ? Interrogations légitimes qui émergent beaucoup dans les créations artistiques actuelles. Impossible de ne pas faire de liens avec la pièce de Wajdi Mouawad, Tous des Oiseaux où les secrets de familles écrasent les générations qui suivent. Les conflits d’hier intensifient ceux d’aujourd’hui et marquent une impossibilité de se construire et d’exister. Deux amoureux vont devenir victimes de leurs histoires familiales sous fond de conflit Israélo-Palestinien. Une grande œuvre actuellement présentée au Théâtre National de la Colline.

Dans Les Monstrueuses il est question d’apprivoiser l’histoire et l’héritage familial n’est plus considéré comme un poids mais comme un élément porteur, une locomotive.

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© Pierre François

Leïla a un talent certain pour l’écriture. Le texte est poétique, vivant et tranché. Le récit n’est ni lourd ni larmoyant. Il résonne encore longtemps après la pièce. Les scènes contées sont belles et intenses. Le personnage de la grand-mère yéménite est fascinant, cruellement attachant.

Une pièce importante, nécessaire, humble. Leïla Anis questionne son identité, sa légitimité, sa langue, son rapport à l’autre en tant que femme et enfant. Comme pour Wajdi Mouawad on a envie de suivre cette artiste dans son parcours théâtral qui creuse jusqu’à l’intime, le chemin d’une vie.

Marine Vellet - Maison des Métallos - Novembre 2017- Paris

Les Monstrueuses - Texte Leïla Anis - Mise en scène Karim Hammiche
Compagnie de L’ Œil Brun

En 2018 :

12 et 13 janvier - Théâtre en pièces (28)
13 février - L’ Atelier à spectacle (28)
16 février - Théâtre de Fresnes
15 et 16 mars -Théâtre de la tête noire


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