Comment naît un projet européen ?

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Comment naît un projet européen ?

Lunik : Un exemple venu d’Ukraine : entre désir d’Europe et volonté de rencontre, quel projet possible ?
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par Valérie de Saint-Do
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Du 2 au 6 novembre dernier l’association d’artistes Lunik faisait partie des hôtes du DoFa Fund et de la Fondation Zenko pour un séminaire international à Tatariv, Ukraine, en vue d’un projet « Europe créative » coordonné pour la première fois par un organisme ukrainien... Entre réflexion commune et tissage de relations, voici un exemple intéressant de construction d’un projet culturel international.

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Tatariv, Ukraine. Un village des Carpathes ukrainiennes, dans ce qu’on appelle « le pays Gutsul » qui fut une station touristique réputée au début du XXème siècle, dans la région d’Ivano Franvisk, au Sud Ouest de l’Ukraine. Dans ce village, un vaste domaine ponctué de grands chalets à flanc de colline, avec une vue splendide sur les montagnes, abrite un complexe hôtelier avec restaurant, salles de réunions, une ferme, un sauna... Et une galerie d’art.
C’est là que Lunik a participé à un séminaire international réunissant des artistes/curateurs/acteurs culturels de onze pays de l’UE et des directeurs d’institutions, acteurs culturels, journalistes ukrainiens.
Le contexte : la scène artistique ukrainienne est vivace, mais ce que nos hôtes appellent les « turbulences » a aggravé ses difficultés économiques et sa difficulté à se faire connaître à l’international. L’art et la culture sont au cœur d’enjeux politiques et diplomatiques, tant pour les Ukrainiens qui ont soutenu l’Euromaïdan et ont un tropisme européen que pour l’UE. L’Ukraine est devenue partie prenante du programme Europe créative voici deux ans et plusieurs projets sélectionnés par le programme ont vu la participation de partenaires ukrainiens. À l’initiative de ce séminaire, Olga Sasgaidak, cofondatrice de la Fondation DOFA qui a pour objet le rayonnement de la culture ukrainienne, souhaite qu’il soit la rampe de lancement du premier projet Europe créative à l’initiative de la société civile ukrainienne. Elle a le soutien de la fondation Zenko, potentiel partenaire, dont l’objet est le soutien à l’art contemporain ukrainien, qui monté une plateforme d’échanges internationaux et veut faire de l’Hôtel Koruna un lieu international de résidences d’artistes. Leur envie partagée est claire : faire connaître aux pays de l’UE la scène artistique ukrainienne dans sa pluralité, et inscrire cette scène dans le paysage artistique européen.

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Nous nous retrouvons donc entre coordinateurs d’associations, responsables d’institutions, curateurs indépendants et artistes de différentes disciplines (les arts visuels restant majoritaires) issus de pays et d’horizons très divers. Cela va de l’association hongroise Pro Progressionne initiatrice d’un projet de collecte des musiques populaires des Carpates avec des partenaires ukrainiens à la chargée de mission italienne pour des pratiques participatives dans les musées, du curateur indépendant autrichien au documentariste allemand et à l’association d’art culinaire et de dialogue interculturel toulousaine. Les ateliers sont coordonnés par des curateurs ukrainiens : Natalia Vorozhbit, dramaturge et programmatrice de festivals pour le théâtre, Lyubov Morozova pour la musique, Olga Zhuk pour le cinéma, Iryna Magsysh pour les arts culinaires..Oksana Barshynova pour les arts visuels.

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Après des présentations forcément longues, nous attaquons le vif du sujet : qu’avons nous envie de faire ensemble ? Le projet initial est celui d’une résidence d’une cinquantaine d’artistes, mêlant des Ukrainiens et d’autres venus de toute l’UE, en vue de productions artistiques dans différentes disciplines : arts plastiques, spectacle vivant, cinéma, musique, art culinaire. L’objet étant ensuite de faire tourner les productions issues de cette résidence en Ukraine et dans différents pays européens dont des associations et institutions seraient partenaires du projet.

Pour lancer et proposer cette trame, Olga et ses partenaires des fondations Doha et Zenko se fondent sur leur expérience : La fondation DOHA a expérimenté un programme de résidences interrégionales, dans un pays où la superficie limite les déplacements et où, précise Olga, seuls 30% des habitants quittent leur ville ou région de résidence. Ces résidences de quinze jours ont permis de réaliser des expositions dans différentes grandes villes d’Ukraine dont Kharkiv et Odessa.

À partir de là nous tirons des fils… et les questionnements arrivent.
Ce qui ressort du « brain storming », c’est que d’une part, trois semaines semblent bien courtes pour finaliser un travail artistique susceptible de tourner, et que par ailleurs, une résidence, en soi, ne répond pas aux exigences du programme Europe créative. Mais, au-delà des réserves, les envies fusent. S’affirme, chez les participants, le désir de mieux connaître un territoire où l’on ne souhaite pas arriver hors sol, avec un projet ficelé qui pourrait être réalisé n’importe où, de trouver à cette résidence, si résidence il y a, une singularité.

La séparation entre disciplines est aussi interrogée, dans un projet dont il nous semble qu’il doit être une construction interdisciplinaire et commune. Côté participants, nous soulignons aussi notre besoin de mieux connaître le contexte ukrainien. Nos interlocuteurs soulignent les différences institutionnelles importantes à avoir en tête dans le montage d’un projet : côté Ukrainiens, il est difficile de travailler un projet dans une temporalité au delà d’un an.

Consacré à une visite à la ville d’Ivano Frankivsk, capitale régionale, le deuxième jour sera lui aussi source d’interrogations. Pour beaucoup d’entre nous, participants venus de l’UE, il s’agit de notre première visite en Ukraine et cette visite attisera notre curiosité... Tout en nous laissant sur notre faim et même un peu perplexes lorsque la visite à un mural dans un lieu industriel désaffecté de la ville se transforme en la présentation d’un projet très prosélyte d’art chrétien.

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Dans l’Urban Space 1000, initié par l’ONG The Warm City qui nous est présentée à cette occasion, plusieurs porteurs de projets européens en cours ou réalisés nous présentent leurs démarches, et une experte chargée de les évaluer jusqu’à une date récente indique les priorités actuelles d’Europe Créative...qui pourraient se résumer par un « Sauve qui peut l’Europe » !
L’excursion se termine par la visite d’un complexe industriel désaffecté qui va accueillir un complexe mêlant structures d’éducation, structures artistiques, organismes d’économie solidaire.... Et qui laisse rêveur quant aux possibilités artistiques qu’offrirait le cadre de béton brut et les volumes impressionnants du bâtiment.

Le troisième jour, sur un soleil radieux, nous permet de nous égayer un peu dans le village autour de l’hôtel et de plancher studieusement sur la matrice du projet proposé. Du côté des organisateurs, beaucoup d’écoute, de souplesse, d’envie de préciser le projet ; du côté des participants et curateurs, un travail sur l’élargissement et l’approfondissement. Le groupe musique réfléchit à un travail de collecte/ ecyclage de sons et d’instruments qui trouverait ses résonances dans les différentes étapes du projet ; du côté du groupe film, l’envie de travailler sur les « lieux communs » en jouant sur la polysémie des mots se précise, ainsi que les formes et mediums (courtes vidéos, « tutoriaux »). Côté arts visuels, un projet excitant d’« amont » de la résidence en forme de jeu est proposée : des équipes constituées de trois artistes (dont un ukrainien) devraient rejoindre Tatariv par leurs propres moyens, et amorcer le projet avec un « journal de voyage » utilisant tous les moyens artistiques possibles et imaginables. Sur place, la résidence verrait la rencontre/mixage des projets amorcés en voyage.

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Reste à faire, désormais. Sachant que le récit d’un séminaire tend à occulter le plus important : ces moments informels où l’on se rencontre, où l’on échange des enthousiasmes, des idées, des verres, des danses, des plaisanteries, de la fête, – autour de la cuisine savoureuse de la région que nous avons découverte. Où nait l’envie de travailler ensemble, dans le cadre ou non d’Europe créative. Les questions ne trouvent pas toutes leurs réponses – heureusement – pas plus que n’est résolue la manière de concilier l’exigence du sens et celle de la reconnaissance. Seule certitude, cette rencontre joyeuse, riche, amicale, féconde, ne devrait pas rester sans suite.

Valérie de Saint-Do

On peut retrouver photos et compte rendus sur la page facebook deLike U.


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