Can humans do anything ?

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(mais pas grave !)

Can humans do anything ?

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par Karine Mazel
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Le ventre métallique des nouvelles halles parisiennes m’expulse par son escalier mécanique. Éblouie par un invraisemblable soleil d’octobre, je me cogne contre une palissade de chantier. Placardée, une affiche me saisit : la photo noir et blanc d’une femme mince, veste ouverte sur son soutien-gorge triangle, les bras écartés, la tête basculée dans un mouvement de joie extatique. On ne voit pas son visage, juste une mèche de ses cheveux clairs.

Et sur l’image, ce texte :

Jouer de la batterie sur un toît
Faire du pool dance sur un réverbère
Prendre le prochain vol pour Las Vegas
Se jeter dans la foule comme une Rock-Star
Sauter au-dessus d’une voiture en skate board
GIRLS CAN do anything
Rebondir sur un trampoline comme un super-héro
Partir en moto les cheveux au vent
défier le barman au bras de fer
Siffler les hommes dans la rue
Vivre sans limite#nofilter
Boxer en talon aiguilles

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Merci à cette marque de vêtement de rappeler à tous et toutes que la fantaisie, la prise de risque, et l’impulsivité, et l’audace, et la bêtise n’appartiennent pas qu’à la gent masculine.
Cependant cette récupération du féminisme à des fins commerciales me laisse dubitative. Les marques vont-elles devoir faire leur « greenwashing » féministe pour être dans l’air du temps et nous pousser encore et toujours à acheter ?

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Que les produits de consommation s’affichent sans paraben, sans silicone, sans pesticides, sans test sur les animaux, sans sucre, sans aspartam, sans OGM et éco-responsables, constituent une évolution positive, mais peut-on ajouter à cette liste : « non sexiste » ?

Où en est, sur l’égalité des salaires entre hommes et femmes, l’entreprise à l’origine de cette campagne publicitaire ?


Je me méfie de l’injonction faite aux femmes à épouser un modèle. On ne peut pas nous lâcher un peu la grappe ? Oui les femmes ont le droit de faire ce qu’elles veulent, et elles n’ont pas besoin que des marchands de fringues les y autorisent ou leur montrent le chemin. Mais qu’en est-il de ce qu’elles peuvent effectivement, et de ce qu’elles désirent pour elles-même ? Cette injonction au « no limit », à toujours plus de jouissance et de liberté n’est-elle pas totalitaire et écrasante aux vues des limites réelles de chacun et de chacune ?

Un peu plus tard à la terrasse d’un café, l’air était léger ainsi que les conversations :

Copine1 : « Putain le mec d’hier soir était nul, j’ai même pas pris mon pied, franchement j’ai perdu ma soirée ! Et toi t’as fait quoi hier soir ? »

Copine2 : « Ha bon, c’est forcément la faute du mec si tu jouis pas ? Moi je suis descendue prendre un verre et j’ai flashé sur un mec. Il était juste à la table à côté en train de bouquiner… Je sais pas… j’ai senti un truc hyper puissant. »

Copine1 : « Et alors ?

Copine2 : « On s’est souri et puis… j’ai pas osé, je me sentais paralysée et il est parti. »

Copine1 : « Ha bravo, tu crois que c’est toujours aux mecs de faire le boulot, mais faut te bouger ma vieille si tu veux t’éclater. »

Copine2 : « Je sais pas si j’ai envie de m’éclater, et puis je ne sais pas si j’attendais qu’il vienne vers moi, non, c’est plutôt que j’ai pas osé. Je suis timide voilà, c’est pas une maladie quand-même ! »

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Simone de Beauvoir © Beauvoiriana

S’éclater, voilà c’est ça il faut s’éclater ! Parler plus fort que les hommes, s’imposer, dénoncer, se bouger, sortir de notre « léthargie féminine ». Ça devient lourd à force, parce que les êtres ne sont pas aussi simplistes que les campagnes publicitaires et qu’être une femme ne définit pas un tempérament.

Est-ce qu’on fait des campagnes de pub pour dire au hommes qu’ils ont le droit d’être patients, attentifs, raisonnables et mesurés ?

Croit-on vraiment que c’est en renversant les stéréotypes qu’on va s’en affranchir ?

Que serait l’affiche « Men can do anything ! » ?

On verrait un homme barbu en boxer en col roulé, assis les jambes croisées avec un regard intense et profond et le texte dirait :

Faire des œillades à une femme
Laisser le volant à sa meuf dans un Paris-Marseille
Reculer sur la planche du saut à l’élastique
S’inscrire à des cours de danse classique
Pleurer comme une madeleine devant un film
Faire un débrief potins aux chiottes avec ses potes
BOYS CAN DO anything
Minauder devant les avances de sa chef
Se lancer dans un projet scrapbooking
Organiser des réunions « la prostate en dix leçons »
Refuser les avances d’une bombasse
Organiser un défi week-end sans connexion avec ses potes
Créer des « chorés » sur la piste de danse

Bizarrement c’est moins « fun », et c’est peut-être le problème.

Karine Mazel



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3 commentaire(s)

Céline Mazel Kpossou 13 novembre 2018

C’est ça parlons d’abord des vrais problèmes : les femmes travaillent gratuitement depuis le début du mois de novembre , si on compare leur rémunération à celles des hommes, au lieu d’inciter à une pseudo liberté qui n’est qu’un leurre et qui nous emprisonne plus qu’elle ne nous émancipe, je pense notamment au tabac et à l’alcool ou les femmes sont devenus imbattables, sous couvert de promesses égalitaires et libératoires, bien embobinées que nous avons été par la publicité.. et ça continue.

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Bernard Colin 11 novembre 2018

Bravo !
C’est bon, j’ai déjà fait toute la liste des BOYS CAN DO IT. Je suis sur le coup. Mais il reste 2 ou 3 cents ans de boulots.
Il faut créer un label à tamponner sur nos fesses : moins de 18% de matière machiste. Mais après, est-ce qu’on sera obligé de se taper des mijaurées, ou est-ce qu’on aura quand même le droit aux panthères ?

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Lynn 11 novembre 2018

Pas plus tard qu’hier, j’étais assise entre deux tables à manger un Pho-boeuf-piquant, très concentrée sur mon bol car un peu gênée de ne pouvoir faire autrement que d’entendre la conversation du jeune couple à ma droite :

homme : je n’ai pas envie de choisir
femme : on est ensemble pourtant alors tu ne peux pas faire n’importe quoi.
homme : ensemble... ensemble, oui m’enfin je l’ai connu avant toi, c’est pas comme si c’était une meuf que je venais de rencontrer et puis j’ai juste passé la soirée avec elle, je l’ai embrassée en partant et je suis rentré.
femme : alors qu’est-ce que tu proposes ? une espèce de garde alternée ? je t’aurai la semaine et elle le week-end ?
homme (déterminé) : je n’ai pas envie de choisir !

A un certain stade de cette conversation qui n’avançait pas, la femme se lève l’appétit coupé. Elle va payer sa part et s’en va sans un regard dans la direction de l’homme qui continue à manger sa soupe.
Au moment d’aller payer, l’homme demande un "doggy bag" pour emporter les "restes" de la jeune-fille.
Le joyeux cannibale m’a gratifié d’un "bonne fin d’appétit" et il est parti.

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