Trois variations autour de la fugue

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< Chronique à deux voix

Trois variations autour de la fugue

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par Marie Crouail
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Hier après-midi, à l’hôpital Saint-Jacques, aux Andelys.
Voyage dans le temps pour Dominique et moi. Instants choisis :

L’histoire de la châtelaine de Hache, en mal d’enfant – Mme. B

Joëlle nous raconte le kidnapping de sa mère, la belle Hélène, alors âgée de sept ans. Cela se passe en 1929, dans les environs de Rambouillet. La petite rentrant de l’école, croise sur son chemin la châtelaine, à cheval, qui l’invite à la rejoindre. La petite ne se méfie pas. Elle la connaît, alors elle grimpe derrière elle, s’imaginant que celle-ci la ramène chez ses parents. Mais la châtelaine prend une toute autre direction, celle de son domaine, le château de Gazeran. Elle y séquestre la petite. Elle la veut pour enfant. Elle a décidé qu’il en serait ainsi.

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L’hôpital Saint Jacques de l’extérieur © M.Crouail

Le père de la petite, garde-chasse de son état, s’aperçoit avec horreur de sa disparition. Le lendemain, il la récupère et organise la fuite de sa famille, de peur que la dangereuse châtelaine de Hache ne tente, une fois encore d’enlever l’enfant.
Tout le village savait qu’elle en désirait un, à tout prix, et hasard ou non, c’est la belle Hélène, qu’elle avait choisie.

La famille d’Hélène se sauve. Ils se réfugient à Herqueville, où le père deviendra garde-chasse du domaine de Louis Renault.

Ars Mémorialis – Mme. A.

« Je garde un souvenir très précis de la maison familiale.
L’entrée. La grande porte cochère. Papa y garait sa voiture, là, sur le passage.
C’était des pavés, on avait toujours peur de glisser, de tomber.

En face de l’entrée, il y a un escalier pour monter aux étages.

Une fois entrée dans la maison, sur la gauche, juste avant la cuisine, il y a une porte qui conduit au jardin. Je m’y vois encore. Je ne l’ouvre pas. Je continue vers la cuisine ; la pièce était très grande, une salle à manger de jour.

C’était vraiment une maison bizarre car en allant de l’arrière cuisine vers les toilettes, on pouvait sortir dans le jardin sans revenir par l’arrière cuisine. C’était très curieux.

Sur le côté gauche des toilettes, il y avait un autre escalier qui conduisait à ce qui devait être, dans le temps, les chambres de bonnes. Il y en avait deux réservées à mes frères.

Retournons à la salle à manger, et dans le couloir, pour monter aux étages.
Sur la gauche, ma chambre. Avec une drôle de fenêtre, comme un vide derrière… En dessous, une verrière.

En sortant de ma chambre, il y avait encore comme un vide.
Puis, un petit couloir, une porte, la chambre de mes parents et une autre porte.
Dans la chambre de mes parents, sur la gauche, une autre porte qui donne sur un couloir très sombre.

J’ai passé de longues heures dans ma chambre, pendant mes études.
Elle était très sombre. Il me fallait toujours avoir une lampe de chevet allumée.

Redescendons vers la cuisine.
Il y avait le piano de mes parents à côté de la verrière. Il a changé de place entre deux. Quel plaisir, le dimanche, quand les parents se mettaient au piano et jouaient à quatre mains.

Revenons dans leur chambre. Il y avait quatre portes. La dernière était celle de la salle de bain. Un soir, ma mère avait dit à ma sœur « va aider ma-mie à faire sa toilette ». Ma-mie, c’est moi, c’est le surnom que l’on me donnait. Je rentre dans la baignoire et ma sœur me pousse la tête sous l’eau pour faire mon shampoing, mais elle pousse un peu trop fort. J’ai eu le tympan perforé. Depuis, j’ai toujours un petit trou dans le tympan qui me cause des vertiges.

Montons maintenant au second.
En face de l’escalier, une porte qui donne sur un petit couloir, avec sur la gauche, la salle à manger-salon de mes grands-parents.
Je me remémore les choses.
Derrière, il devait y avoir la cuisine de mon oncle et ma tante.
On fait le tour, on a encore un petit cabinet de toilettes et la chambre des grands-parents et on ressortait par un petit couloir.
Quand j’y repense, c’était grand !

Dehors, une cour carrée et le terrain à bâtir, juste à côté.
Les toilettes donnaient sur la cour, vous vous rappelez ?
Au fond de la cour carrée, il y avait des petites plantations. C’était amusant. On ramenait de l’école des haricots à faire germer. Je me souviens des fameux glands aussi et des noyaux de pêches.

Nous n’avions pas de grenier. Par contre, il y avait une immense cave, avec beaucoup de recoins où l’on entreposait tout ce qui devait rester au frais car le réfrigérateur n’existait pas à l’époque.

La maison devait dater des années 1880.

Partir de cette maison du Nord pour aller habiter dans l’Est, chez mes beaux-parents, ça m’a fait mal. Chez eux, il fallait se lever à quatre heures du matin pour faire la lessive. Il y avait bien trois à quatre baquets de lessive et quatre ou cinq rinçages. Tout à la main. On mettait les matelas à pendre. Oh là là […] »

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Dans l’hôpital Saint Jacques © M.Crouail

Dehors ? Dedans ? Ou comment mieux resp-irer – Mr. B.

« […] Je n’ai jamais eu le permis, alors vous pensez bien, des kilomètres à pieds, à vélo ou à mobylette, j’en ai fait dans ma vie. Tout ça, à la force des jambes.
J’ai travaillé quatre ans, aux espaces verts de Giverny, à la maison de Claude Monnet.
Quatre kilomètres à pied pour y aller et quatre kilomètres à pied au retour.
Huit kilomètres en tout, rien que pour le trajet dans une journée, ça représente !
Pendant le trajet, je pouvais resp-irer.

J’aime ça, être dehors. J’aime la nature, les arbres. Resp-irer.
Dedans, c’est toujours la même chose…
Dehors, au moins, ca bouge. On peut voir les gens qui passent, et ici il y en a du passage sur les bords de Seine. Il y a du mouvement…
J’en ai ras le bol du dedans, c’est toujours la même chose, c’est immobile.
Dehors, on resp-ire mieux [...] »

Voilà. C’est tout pour aujourd’hui.

Marie Crouail



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