Moi mon carnet et mon stylo

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< Chronique à deux voix

Moi mon carnet et mon stylo

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par Dominique Flau-Chambrier
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Lorsque Marie nous a proposé de l’accompagner mon stylo et moi pour cette énième aventure vers l’humain, il m’était impossible de refuser.

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Dans la chapelle de l’hôpital Saint-Jacques aux Andelys
© Dominique Flau-Chambrier

J’ai toujours privilégié
Dans ma vie d’écrivaillonne
La découverte de l’autre
Quel qu’il soit
Si tant est qu’il soit
Cet autre qu’on néglige
Biffe d’un coup de décret ou d’ordonnance
La femme qu’on bat mutile séquestre depuis des décennies et à qui l’on répond
Il y a prescription
L’enfant qu’on oublie devant son écran
L’ado qui traduit vaille que vaille « no futur » dans chacun de ses sms

J’avais déjà
Aux côtés d’une amie photographe
Hanté les couloirs et les chambres d’une maison de retraite
Découvert des solitudes agglutinées contre des fenêtres qui ne s’ouvraient sur rien
Ce projet s’inscrivait dans cette quête permanente de lumière
Non que je déteste la nuit
Elle pose parfois ses silences apaisants sur mes colères
Mais chaque mot qui tintinnabule dans la sébile d’une solitude
Est un chant d’oiseau
Nous sommes donc arrivées
Marie sa valise et ses livres
Moi mon carnet et mon stylo
A l’hôpital Saint Jacques
Lieu de pèlerinage, jadis
Qui maintenant deviendrait le nôtre
Malgré nous

Il faisait beau pour une après-midi de février
Et malgré les dernières crues
La Seine semblait avoir abandonné toute velléité d’évasion
Carte postale…
Les bâtiments sont en face et s’étendent de chaque côté d’une tour
Comme un enlacement silencieux
On vient nous chercher dans le silence feutré du hall
Instinctivement nous baissons la voix
La bâtisse est un dédale
Longs couloirs qui rappellent ceux d’un hôpital
Et puis brusquement
Dans l’encoignure
Un étroit passage
Qui longe une chapelle
On y lit que l’office n’aura lieu que quelques jours plus tard
Nous arrivons dans une salle plus vaste
Lieu des conversations
Des méditations ou des parties de cartes

J’observe
Intriguée
Un homme dans son fauteuil roulant qui se réchauffe aux flammes chimériques d’une cheminée en carton
Et cet autre qui attrape la main de Marie
Lui demande ce qu’elle fait là et ne se soucie pas de sa réponse
Ce que cet homme veut
C’est serrer cette main qu’il ne connaît pas

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L’hôpital Saint-Jacques aux Andelys
© Dominique Flau-Chambrier

Nous poursuivons notre déambulation
Dans le couloir crie un homme qui ressemble à une sculpture de Giacometti
Une jeune femme court vers lui et l’emmène au-delà
Tandis qu’un résident
Figure emblématique d’un bourgeois de Calais
Prend la pose sur un rebord de fenêtre
On nous livre le code des vestiaires
Je m’attends à voir surgir des naïades
Ou des basketteuses
Mais les petites blouses blanches
Soigneusement pliées sur les étagères de métal me rappellent qu’on est dans une structure médicalisée
Sur les casiers pyramides

La vie du dehors
Photos d’enfants
De familles
Mais aussi
Des guirlandes de coeurs et de fleurs
De papillons scintillants
Des coccinelles
Un chameau
Et des cadenas
Comme autant de métaphores de ces vies qui se croisent ici
Celles du dedans
Celles du dehors
Et nous entrons dans la chambre d’Anne Marie
Ce sera là notre première rencontre
Inoubliable
Insatiable

Dominique Flau-Chambrier



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