Jean-Luc Mélenchon

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Jean-Luc Mélenchon

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par Nicolas Romeas
Thématique(s) : Politique de l’art Sous thématique(s) : Politique culturelle Paru dans Cassandre/Horschamp 86
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Jean-Luc Mélenchon, nous n’allons pas vous le présenter… Député au Parlement européen au sein du groupe confédéral de la Gauche unitaire européenne et membre éminent du Front de gauche… Nous l’avons rencontré le 2 mai 2011 au Grand Parquet, où se tenait une réunion du Front de gauche pour la culture, et nous avons entamé un dialogue.

(article paru dans le numéro 86 de Cassandre/Horschamp, été 2011)

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Ce qu’on appelle la culture est un enjeu central dans les grands combats qui font rage aujourd’hui entre deux conceptions opposées de la civilisation, deux conceptions de l’être humain. Comment expliquer que cet enjeu central tienne aujourd’hui si peu de place dans les programmes politiques, y compris chez vous, au Front de gauche, dans cette période cruciale que nous traversons ?

Jean-Luc Mélenchon : L’autre soir, au Grand Parquet, je suis intervenu de manière prudente ; je n’ai de leçon à donner à personne. Mais lorsque je dis, en gros, « Tous créateurs », je vois bien comment les gens réagissent… Ça soulève immédiatement une difficulté : si tout le monde est apte à créer, quelle est alors la légitimité du professionnel, par rapport aux autres ? Ce n’est pas tout. On a du mal à parler de contenus, je le vois bien. Je l’entends dans les remarques et je le perçois dans les regards : ça dérange. Le geste artistique, c’est un langage. Il n’a pas à se justifier d’être ! L’œuvre a sa propre vie, elle n’a pas à se justifier d’être là, à se situer par rapport à un camp ou à une finalité.
L’œuvre dépassera toujours celui qui l’a conçue. Il y a une vision de l’art comme moyen qui peut parfois nous arranger, mais le plus souvent elle pose un sacré problème !

Ces deux réalités ne devraient pas s’opposer. Je dirais que l’une est la condition nécessaire de l’autre. C’est justement parce que tout le monde est potentiellement créateur que l’on est sensible à la création, que l’on délègue en partie à d’autres qui s’y consacrent entièrement.

Oui, ça ne s’oppose pas, et c’est même au cœur de la démarche de ceux qui sont de notre côté. Une grande part de leur activité est une pratique d’éveil, ou si l’on veut, d’Éducation populaire, qui consiste à faire de l’art avec des gens dont ce n’est pas le « métier »… Oui, il n’y a pas contradiction. Mais d’autre part, lorsque j’évoque la question des contenus, je constate que toutes sortes de gens sont tétanisés par des souvenirs et des angoisses liés à l’asservissement de l’art au profit d’une propagande politique. Cette histoire-là ne me concerne pas, mais je vois bien qu’elle a un grand impact sur beaucoup d’esprits.

Nos amis communistes ont quelques raisons historiques d’être échaudés par le passé. C’est ce que j’appelle le complexe de Jdanov…

Oui, ils sont très craintifs. Les pauvres ! Ils ont tellement été injuriés, accablés à ce sujet. Alors que la plupart d’entre eux étaient des gamins à cette époque. Ils n’ont aucune culpabilité à intérioriser. Ils doivent réussir à être une gauche décomplexée.

Et puis il y a aussi un autre complexe, le fait que le camp progressiste n’ose pas remettre en question les critères de légitimité des œuvres, même quand ces critères sont clairement issus de la bourgeoisie.

Oui, ça peut s’expliquer par ce qui leur est arrivé… Et c’est injuste quand on pense à la grande importance qu’ils ont eue dans le développement culturel et artistique de notre pays. En ce qui me concerne, j’ai été maire adjoint à la Culture de la ville de Massy, où j’ai créé des outils pour l’art et la culture. Ma logique, c’était la diffusion culturelle de masse. Tout le monde doit y avoir accès. Nous avons mis un opéra au beau milieu d’un quartier populaire. L’un des objectifs que je m’étais donnés, c’était de battre le record d’inscriptions dans les bibliothèques publiques, et nous avons réussi ! C’est là que j’ai pu commencer à voir ce que c’était qu’une radicalité concrète… Vous vous fixez des objectifs et vous les atteignez, avec des moyens… Mais c’est une politique de moyens muette sur les contenus. Et puis, il y a eu l’épisode des radios libres. Un désastre. On s’est battu pour la liberté des ondes et finalement cette liberté a servi à diffuser la même soupe que les autres… J’ai fini par jeter l’éponge.

C’est un peu ce qui menace aujourd’hui avec internet.

Je crois que tout le monde est en train de faire la même découverte : il n’existe pas d’îlot préservé dans l’océan capitaliste. Si on ne résiste pas, on finit inévitablement par faire comme les autres, c’est aussi simple que ça. Un autre moment fondateur pour moi, c’est lorsque j’ai été nommé ministre de l’Enseignement professionnel. Jack Lang a créé 3 000 classes à Projet artistique et culturel – aux contenus pas très stables. Je lui dis : s’il y en a 3 000, il doit y en avoir 1 500 dans les lycées professionnels pour qu’il y en ait au moins une par établissement. Lang accepte, et me voilà avec des crédits pour créer 1 500 classes à PAC. Il ne fallait pas que ça consiste à lancer des billets de banque depuis mon balcon pour que le premier qui les attrape gagne…, les langues les mieux pendues, ceux qui arrivent les plus vite ! Ce qui est à peu près la logique habituelle…

Ceux qui font les plus beaux dossiers…

Nous sommes donc partis sur d’autres bases, qui liaient intimement la question des pratiques culturelles à celle de la pédagogie de l’enseignement. Et à la question des contenus d’un enseignement qui devait nécessairement être professionnel. Ensuite, il fallait discuter de tout ça avec les branches patronales, qui participent à la mise au point des référentiels des diplômes professionnels. Comment lier les trois ? J’avais besoin que mes premières cases soient cochées pour pouvoir soutenir ma discussion avec les professionnels. Eux, évidemment, se souciaient avant tout d’un apprentissage technique, comme « apprendre à faire des voitures ». On me disait : « L’art et la culture, à quoi ça sert ici ? Nous, ce dont on a besoin, c’est d’un gars ou d’une fille qui sache bien souder, c’est tout. » Alors, j’ai répondu par un moment vécu : « J’ai une classe de déserteurs, avec 80 % d’absentéisme. L’idée, c’est de reconstruire cette classe de BEP autour d’un projet artistique et culturel qui s’appelle “Structure métallique géante”, dans le cadre d’une branche de la métallurgie. » Les profs prennent les élèves qui sont encore là et ils les emmènent visiter des expositions. Les jeunes commencent à revenir, ils commencent à dessiner et peu à peu on les fait passer du stade du « subi » au stade de la création. Physique, dessin, soudure, résistance des matériaux, etc. – tout ce qui sert à fabriquer cette sculpture géante –, ce sont des gestes qualifiés professionnellement. Et là, autour d’une pratique artistique vont s’articuler des contenus pédagogiques, des méthodes et des contenus professionnels. À la sortie, vous obtenez un être humain plus qualifié qu’à l’entrée. Il a une qualification professionnelle qui lui donne son autonomie sociale, et il a aussi gagné en savoir-être humain. C’est un exemple pour montrer que les contradictions apparentes peuvent être résolues. Il ne faut pas viser une juxtaposition des savoirs mais essayer d’en faire une même « pâte » élevant le niveau de l’« utilité » sociale d’un être humain dans son rapport à ses semblables.

L’exemple est très intéressant, mais néanmoins nous ne sortons pas de la contradiction. Si l’on ne peut justifier une activité créatrice que par rapport à un apprentissage dans un domaine pratique, ça ne donne pas de valeur en soi au symbolique, à l’imaginaire…

C’est vrai. J’ai même été accusé, à l’époque, d’avoir une vision utilitariste de toute chose ! Mais je dis que pour être capable de poser des actes que l’on qualifiera de « gratuits », des actes de création, encore faut-il d’abord être éveillé à cette aptitude, et ensuite pouvoir maîtriser l’outil pour le faire. L’aptitude à la création a besoin d’être éveillée chez les gens, parce que la société « globalitaire » les mutile, les réduit. Regardez le nombre de ceux qui, une fois sortis de l’école, ne touchent plus à un livre, ne prennent plus jamais un crayon à dessin…

Ce qu’il faut, c’est que les politiques comprennent et disent que la culture, c’est tout simplement ce qui nous permet d’exister en tant qu’êtres humains et, comme le dit Marie-José Mondzain, c’est la condition même d’une vie politique, qui doit être une vie des idées.

Oui, mais sur quel contenu ? La grande difficulté, et notre but, c’est de faire comprendre que nous sommes d’abord et avant tout des êtres de culture. C’est ce qui nous permet de réaliser que nous sommes reliés aux autres pour faire société et que nous appartenons à la communauté humaine. C’est le contraire de ce qui est enseigné aujourd’hui. Tout est fait pour que l’on croie qu’il y a des communautés raciales, culturelles et religieuses radicalement distinctes. On ne transmet pas l’idée de la communauté humaine. Moi, dans la rue, je vois des êtres humains, pas des catholiques, des musulmans ou des juifs… Mais la force de la construction culturelle est telle que là où moi je vois des êtres humains, beaucoup de gens voient en effet dans la rue des membres de communautés distinctes, ou des étrangers… Nous entrons aujourd’hui en campagne électorale. Les campagnes électorales sont de grands moments de conviction mutuelle. À l’instant même où la personne qui a fait son choix met le bulletin qu’elle a choisi dans l’urne, il se passe en elle une alchimie très complexe qui dépasse de beaucoup l’enjeu des résultats électoraux. C’est le seul moment où il n’y a pas de patron, pas de chef, où chacun fait ce qu’il veut. Nous ne faisons pas seulement campagne pour un résultat, la campagne elle-même est aussi importante que le résultat des élections. C’est le moment où des choses nouvelles s’impriment dans le cœur et dans l’esprit des gens. Alors, pour une prise de conscience de la place de l’art et de la culture, je sais qu’il faut avancer dans cette direction, mais je ne sais pas encore comment. Il va falloir entendre les uns et les autres, mais il va aussi falloir travailler avec des créateurs et pas seulement pour la forme. Je voudrais qu’on ne se contente pas de faire des pétitions, mais que notre campagne soit ponctuée d’œuvres. Et la grande question, c’est de savoir comment nous allons suffisamment réconcilier avec eux-mêmes les gens avec qui l’on parle pour qu’ils entendent ce que les professionnels eux-mêmes parfois ne veulent pas entendre. C’est-à-dire que l’œuvre nous parle et que, rien que parce qu’elle nous parle, elle doit avoir lieu, parce qu’elle nous dit quelque chose.

Oui, mais il ne s’agit pas seulement des œuvres, il faut faire exister dans l’esprit de chacun l’idée que la transmission des symboles est nécessaire à la construction des êtres humains.

On a beaucoup de mal à penser en dehors de catégories mentales qui opposent les outils d’interface avec la réalité qui nous entoure. Il y a l’outil de la science. On comprend aujourd’hui qu’il s’agit d’une poésie radicale. Pourtant, j’appartiens à l’école de pensée du matérialisme philosophique. Mais je continue à penser qu’au bout de trente siècles d’évolution humaine, on en sait beaucoup plus sur le cœur de l’atome que sur le cœur d’un homme. Le principe d’incertitude qui a cours dans la science physique dure énonce que ce n’est pas parce que nous ne sommes pas capables de savoir que nous ne savons pas assez, mais parce que le principe d’incertitude est une propriété de l’univers matériel.Tout l’univers ne sera jamais pour nous autre chose que ce que nous sommes capables d’en percevoir et d’en comprendre, avec nos limites et avec quelques moments rarissimes où la fulgurance de la pensée scientifique touche à quelque chose de très intime dans l’organisation du « grand tout ». Le reste du temps, on tâtonne, on se trompe, on revient en arrière, on hésite, on avance pas à pas… À plus forte raison s’agissant de la connaissance de l’être humain. Sur le plan de la pensée rationnelle, on ne peut pas accepter que l’Homme soit la mesure de toutes choses. Mais sur le plan du vécu humain, c’est sûr, l’Homme est la mesure de toute chose. Cependant, cette mesure est radicalement relative, c’est pourquoi il ne faut pas opposer les modes de pensée les uns aux autres. Il est fascinant d’observer que le chamanisme a pu exister alors qu’au même moment notre civilisation allait dans une direction complètement différente. Pour autant, ce qui me passionne le plus, c’est l’universalité de la condition humaine, son angoisse et sa créativité, absolument universelles.

Ce dont on parle ici, c’est de l’univers du symbolique face aux chiffres imposés par le marché. Alors je ne sais pas si parler de « culture » est suffisant. C’est un combat sémantique.

Toutes les luttes politiques commencent par un combat sur les mots. Aujourd’hui, la gauche a perdu la guerre des mots. Je me souviens d’avoir lu dans les années 1980 des textes des membres du Club de l’horloge – à l’extrême droite, donc – qui disaient : « Nous avons perdu parce qu’ils nous ont obligés à penser avec leurs mots. La première bataille que nous avons à gagner, c’est celle des mots. » Ils étaient gramsciens à leur manière, des marxistes à l’envers, en quelque sorte.
Puis c’est la gauche qui s’est mise à parler avec les mots de l’adversaire : compétitivité, flexibilité, apologie d’un individualisme qui n’est que l’habillage d’un égoïsme social intégriste. Cette culture s’est répandue de tous côtés, jusqu’aux milieux populaires, à qui elle est la plus nocive. Il s’agit pour nous de reconstruire l’univers des mots auxquels nous nous référons, et vers lesquels nous essayons d’orienter la réalité. Cette réalité est conflictuelle. Penser le conflit signifie non pas qu’on le souhaite ou qu’on aime la violence, mais qu’on n’ignore pas sa réalité. Vous pouvez toujours mépriser la loi de la gravitation, mais je vous conseille de lever les pieds dans les escaliers ! Ce qui n’est pas démocratique, c’est le refus d’assumer le conflit. Le consensus sans alternative qui a amené à la pensée « Tina »* n’est pas démocratique. C’est le dissensus qui est la condition de la démocratie.

Comment cet axe fondamental de la politique et de la résistance peut-il être absent des programmes politiques ?

Je ne crois pas à ce qu’on appelle abusivement la « classe politique ». Je ne peux pas parler pour les autres, mais seulement pour les miens, c’est-à-dire la gauche qui est entrée progressivement en résistance et qui a pris progressivement la mesure des dégâts.
Il faut situer mes propos par rapport à mon parcours. Je suis un homme qui avait trouvé sa logique, le sens de son utilité personnelle, à l’intérieur d’un mouvement socialiste qui n’existe plus aujourd’hui. J’y ai vraiment cru jusqu’au jour où le hiatus est apparu total. J’ai d’abord fait un certain nombre de compromis, jusqu’au point où le compromis n’avait plus de sens et où je me suis senti utilisé pour faire avaler des choses que je ne voulais pas faire avaler. Je me suis pour la première fois vraiment opposé frontalement à mon propre parti à l’occasion du référendum de 2005. Il y a un moment où les déclics se font et ce n’est pas seulement un décalage sur le moment, c’est une prise de conscience d’un désaccord profond qui se révèle à cet instant. Il a fallu tout reconstruire. J’ai commencé à réfléchir sur la vraie nature du capitalisme actuel. J’ai toujours été frappé d’entendre les gens parler du capitalisme comme d’une sorte d’être intemporel sans saison ni époque. Mais non, il a changé, depuis sa naissance. Et c’est le dernier changement qui est la cause de notre échec. J’ai compris que l’échec de la pensée socialiste, c’était de ne pas avoir analysé correctement la mutation du capitalisme. Et, faute de mode opératoire pour l’affronter, d’avoir pour ligne de l’accompagner. On s’est retrouvé devant un capitalisme sans « bords ». Avant, il y avait des frontières, il y avait en face ce qu’on appelait le « camp socialiste ». Il y avait deux mondes. Et, donc, il y en avait un troisième… L’ordre actuel est globalitaire. Le liant qui permet cet ordre, c’est son ciment culturel. Les sociétés totalitaires tiennent avant tout par le consentement à l’ordre qu’elles imposent. Vous consentez à certains types de comportement parce qu’ils vous paraissent les seuls légitimes. Je me suis posé la question que tout homme de pouvoir et de culture doit se poser : qu’est-ce qui crée le consentement à l’autorité ? Qu’est-ce qui fait que vous acceptez ? Moi-même je m’incline devant la loi même lorsque je pense qu’elle est inique, je m’incline devant la règle majoritaire… Je me suis donc intéressé à tous les mécanismes de production du consentement à l’ordre. Et celui qui m’a le plus fasciné, c’est celui qui n’est écrit nulle part, mais qui se reproduit par le regard des autres…

La Boétie en parlait déjà en son temps et, plus récemment, c’est ce que Pierre Bourdieu a aussi analysé à sa façon.

Absolument. Si La Boétie l’a écrit et que nous faisons toujours aujourd’hui comme si on ne le savait pas, c’est qu’entre La Boétie et nous, il y a une autre épaisseur qui n’est pas celle des siècles, mais celle du travail de ceux qui ont intérêt à ce qu’on n’entende pas La Boétie.
Personnellement, je suis entré dans cette question par la sociologie du quotidien de Jean-Claude Kaufmann. Ce livre a été très important pour moi. Il m’a montré le lien qui existe entre les grandes échelles macroéconomiques et les micro-échelles intimes. Le chaînon qui m’avait manqué, je l’ai découvert à ce moment-là. Ça m’a amené à parler d’un ordre « globalitaire », construit avec global et totalitaire. Sa tâche numéro un est de faire consentir à l’ordre par des mécanismes d’adhésion, par des milliers de petites choses auxquelles on ne pense pas et qui conditionnent vos réflexes. Le réflexe de bienséance, d’apparence, et cela d’un bout à l’autre de l’univers. Le capitalisme a fabriqué des besoins par rapport à la manière de répondre aux besoins fondamentaux. Le capitalisme est avant tout un ordre culturel. Si on ne comprend pas ça, on ne peut pas comprendre pourquoi des masses de gens aux quatre coins de la planète vont chercher dans les mêmes magazines, notamment féminins, les mêmes codes de comportement. Le capitalisme est une machine à uniformiser, parce qu’en uniformisant il rend possible les productions de masse. Dans le monde politique français, tous n’ont pas pris la mesure de l’ampleur du désastre. Il y a un long chemin à faire. Et si vous voulez quelques petits chiffres pour avoir une idée de ce désastre actuel…Crédits d’intervention de l’État pour le soutien à la création : 360 millions d’euros par an. Coût de la politique d’expulsion des immigrés : 450 à 550 millions d’euros par an. Le même budget annuel de soutien à la création ne représente que 3,6 % des profits de Total.
Contrairement à ce que pensent certains, même sur le plan des moyens financiers, nous avons une vraie légitimité à dire qu’un rééquilibrage est possible.

C’est un peu le même chemin déjà accompli par l’écologie, qui a nécessité à la fois la constance des pionniers et un certain nombre de catastrophes…

Oui, la prise de conscience de la nécessité d’une écologie politique est aujourd’hui incontournable. L’écologie politique a refondé ma conviction républicaine. Grâce à elle, je suis davantage républicain et socialiste. Et pas seulement dans le cadre du pari intellectuel sur l’humanité qui résultait de mon adhésion aux philosophies des Lumières. Nous sommes tous des êtres humains semblables. Et comme nous ne pouvons vivre que dans un seul écosystème, qui est le même pour tous, la question de l’écologie politique est centrale. Il en ira de même en ce qui concerne la prise de conscience de l’espace spécifique des pratiques culturelles et artistiques, c’est-à-dire le récit de la condition humaine. Ça prendra le temps que ça prendra. À chacun d’essayer, à sa façon, de faire avancer la prise de conscience. Nous tâtonnons. Nous venons d’avoir une réunion importante au Front de gauche sur la culture. Il y a là des gens avec lesquels je me sens en phase. Nous avons des recherches communes. Il y a enfin un front de gauche de la culture. Cette avancée est centrale.

Mais on assiste à une succession de discours spécifiques – à la limite du corporatisme – qui fait penser à un cahier de doléances et ne répond pas à ce dont nous parlons, c’est-à-dire qu’au-delà de la spécificité des pratiques, il y a là une question centrale de civilisation.

Oui, il faut prendre de la hauteur, mais le mal a contaminé tout le monde. Faute de mieux, on parle de moyens. Je n’ai pas vocation à être un simple gestionnaire de la société qui propose de faire moins mal que les autres. Nous sommes porteurs d’un projet qui porte le nom de révolution citoyenne.

Quel est votre rapport personnel à l’art et à la culture ?

En dehors de mes propres pratiques empiriques en la matière, ce qui m’a d’abord interpellé à ce sujet, c’est la lecture de Littérature et révolution de Trotsky, qui m’a paru fabuleux à la première lecture. Je pense que si je le relisais aujourd’hui, je serais moins enthousiaste, comme pour Leur morale et la nôtre, du même Trotsky. Et j’ai ensuite pris conscience grâce à d’autres lectures que le récit de la condition humaine est premier. À part ça, je dessine et je photographie. Et j’écris. Beaucoup…

Propos recueillis par Nicolas Roméas

* « There Is No Alternative. », acronyme désignant la pensée unique.


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2 commentaire(s)

ben 6 juillet 2016

A tout les niveaux internet sera la réincarnation de la cicilisation humaine ou son tombeau.....si le futur est à nous il faut tenir écartées les mains du libéralisme totalitaire de son control

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domingo 15 mars 2015

le passe ont le connais , le present ont le vis et le futur est a nous !

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