Crue théâtrale en vue

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Crue théâtrale en vue

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par L’Insatiable
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En juillet 2016, le Réseau des Arts Vivants en Ile-de-France (RAVIV) et le Syndicat National des Arts Vivants (SYNAVI) ont organisé le forum Avignon, faut-il payer pour jouer ?. L’argument était le suivant : « Le Festival d’Avignon est la plateforme incontournable de la diffusion théâtrale. Mais n’est-ce pas un comble pour les compagnies d’IDF de devoir "s’expatrier" à Avignon pour rencontrer les programmateurs de leur région et obtenir une chance de montrer leurs créations ? Un comble qui a un coût puisque la pratique majoritaire est la location des salles. Si le Festival d’Avignon OFF permet un réel temps de rencontre avec le public et entre compagnies, le transfert financier qui concerne souvent de l’argent public versé sous forme de subventions doit nous interroger. »

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À la suite de ce forum, le SYNAVI Ile de France a rassemblé des compagnies adhérentes pour imaginer une alternative à Avignon et chercher à transformer la logique marchande qui règle et abîme souvent les relations entre les artistes et les directeurs de lieux.

Vingt compagnies théâtrales ont répondu à l’appel, ainsi qu’une vingtaine de directeurs de saisons culturelles d’Ile de France et quatre lieux. Ma compagnie étant adhérente au SYNAVI, c’était l’occasion rêvée de passer de la critique à l’action (voir l’article « Avignon ou les vertiges de la pyramide »).

Voici donc mon témoignage.

La première édition de Scènes sur Seine, rencontres artistiques en Ile-de-France, a vu le jour à l’automne 2017 avec pour objectifs de « présenter la diversité de la création francilienne, en proposant un modèle original de diffusion fondé sur la coopération et de favoriser l’accès à la culture des franciliens sur l’ensemble du territoire. (…) Outre l’objectif d’accroitre la diffusion et de permettre une meilleure visibilité des créations, le besoin de réinventer la relation artistes/producteurs et programmateurs/diffuseurs est à l’origine de cet élan » Quatre lieux ont accueilli le projet : le Théâtre Paul Éluard de Bezons, le Théâtre de l’Usine à Eragny sur Oise, Gare au Théâtre à Vitry et Le Vent se lève à Paris.

Ils ont mis gratuitement leurs salles à disposition, mais nous avons parfois dû en assumer les dépenses de fonctionnement (régie et/ou frais courants). Certains ont pris en charge l’accueil du public et la billetterie et parfois assuré un relais de communication vers le public. C’est un essai à transformer, un engagement à agrandir. Une soixantaine de représentations, plus des temps d’échanges entre les artistes et les directeurs de salles autour des spectacles et du projet Scènes sur Seine, ont eu lieu. La fréquentation du public a été assez irrégulière mais encourageante.
Le projet s’est fondé sur des valeurs de coopération, de mutualisation et d’économie solidaire. Les compagnies ont mutualisé non seulement les coûts et les recettes, mais aussi le matériel technique, l’accueil du public, les transports, les repas et la communication.

La SPEDIDAM, l’ADAMI et ARCADI ont soutenu financièrement le projet, ce qui a permis de payer les différents frais, les salaires des techniciens, une attachée de presse et plus de la moitié des salaires des artistes (le reste étant à la charge des compagnies). Deux compagnies ont géré bénévolement l’administration et la production du projet.

Ce modèle économique a permis que la première édition ait lieu, mais il sera réinterrogé dans sa dimension politique l’année prochaine. Quelle est la place et le sens du bénévolat ? Par qui les postes de communication, de diffusion, de production et d’administration peuvent-ils et doivent-ils être assurés ?

Pour l’édition à venir, nous devrions encore plus clairement nous distinguer d’un festival. Le renforcement de la co-construction du projet avec les directeurs de lieux culturels d’Ile de France sera en cela, déterminante. C’est en effet leur engagement à nos côtés et leur présence lors des échanges d’après-spectacles, qui font émerger le sens profond de ce projet. Scènes sur Seine est un moyen de relier les artistes et les directeurs de salles dans un esprit de coopération, de partager les questionnements que nous avons en commun et d’essayer de penser ensemble, en dehors de dispositifs prévus. C’est encore timide et hésitant, car nous sommes habitués depuis longtemps à une relation de courtisans, mais c’est un premier pas.

Il faudra également insister sur le fait que Scènes sur Seine n’est pas un « salon professionnel », mais bien une opportunité de rencontres entre des spectacles de compagnies franciliennes et le public local. Le première édition a un peu hésité à ce sujet, mais l’expérience nous a clairement renforcé dans ce sens et je m’en réjouis.

L’absence de direction artistique de ce projet est un acte audacieux et conforme à l’idée d’ouverture et de rencontre en dehors de toute perspective marchande. C’est pourtant le seul choix que je remets en cause. En effet si des spectacles n’ayant pas une exigence artisanale suffisante, ou bien un contenu politique ou idéologique douteux, apparaissent dans la programmation, ne prenons-nous pas le risque de discréditer l’évènement ? La question est ouverte, stimulante et passionnante, comme toutes celles qui se posent à nous aujourd’hui : faut-il présenter des extraits, des work in progress et/ou des spectacles aboutis ? Peut-on faire l’économie d’une ligne artistique ou de thématiques ? Que faire des catégories, théâtre, danse, conte, adultes, jeune public ? Comment échapper à la normalisation ? Des directeurs de lieux se joindront-ils effectivement à nous dans l’élaboration de l’évènement ? La porte est grande ouverte car Scènes sur Seine va continuer.

Et au-delà des critiques et questionnements légitimes que soulèvent cette première édition, je ressens de la gratitude et de la joie car nous avons su sortir de la plainte, du sentiment d’impuissance, et nous avons agi. Nous avons essayé quelque chose, au risque d’échouer, de faire des erreurs, d’être déçus, ou frustrés, mais au risque aussi de réussir à force de ténacité et d’intelligence collective. Et nous ne sommes pas les seuls, d’autres essayent, cherchent et inventent d’autres manières de travailler ensemble comme les journées Passerelles pour l’Aude et l’Hérault, ou Les Camaraderies de La Belle Etoile (Cie Jolie Môme) à St Denis.

La voie est ouverte, c’est un ciel, un horizon, une impertinence, une intelligence.
Le monde est ce que nous en faisons.

Karine Mazel

https://www.scenessurseine.org/

La Belle Etoile (Cie Jolie Môme) à St Denis http://cie-joliemome.org/?p=853



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