Bienvenue aux insatiables !



Un journal culturel en ligne d’informations de débats et d’humeurs animé par l’ancienne équipe de Cassandre et celle du jeune Insatiable pour mettre en valeur des actions essentielles mais peu visibles, explorer des terres méconnues, faire découvrir des équipes et des artistes soucieux d’agir dans l’époque et, surtout, réfléchir ensemble aux enjeux portés par l’art et la culture dans une société en voie de déshumanisation.


Aurillac 2015
Où rue la vie ?

par Charlotte Granger


Attention peinture fraîche ! Charlotte Granger a traversé douze éditions du festival international de théâtre de rue d’Aurillac, côté organisation. Et elle a aimé ça. Elle nous fait partager un extrait de son carnet de bord. Cette danseuse contrariée esquisse un pas de deux pour en saluer la trentième édition achevée il y a peu.
Critiques et analystes, passez votre chemin !

…/…
mardi 1er septembre 2015

c’est la rentrée !
cette nuit même, son et lumière laser
scratch dolby suround stéréo – magnifique orage ô désespoir ô couleurs zen amies…
du vert du jaune du violet des frissons et zébrures dorées…
pyrotechnie, pyrotechnie on n’a rien inventé

rien ne se perd rien ne se créé tout se transforme la forme le fond dans le fond….

s’éloigner à pas feutrés doucement doucement doucement s’en va le jour….

s’éloigner d’Aurillac pas ne pas s’éloigner à pas contés ne pas compter…

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Dérives ©Tim Paulvé 2015

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mardi 25 août 2015

ouf, c’est fini

le vent a soufflé sec sur le Cantal
un vieux monsieur est mort sous sa caravane… des arbres ont ployé…
l’herbe n’a pas plié… on ne rompt pas
pas !
non rien point pas du tout non point !...
points… petits poings
poings serrés cœurs serrés tressés compénétrés….

routes encombrées… branchages, vaches, haches, champs,
musique, hic, y’a un hic,
hic et nunc
verdure luxu riante…
qui n’a pas bougé…
et qui se fout de nos gesticulations…

voitures de police lisse qui tournent, effectifs renforcés…
comme d’hab, la qu’ « c’est possible » impossible mais vrai même pas vrai n’a pas affrêté suffisamment de trains trains pour acheminer les personnes hors d’Aurillac…

hors d’ici ! la horde d’ici les chiens ont faim, les caravanes & camions passent impair passe et manquent
pas d’air …
les gars de la technique s’activent il faut tout démonter… câbles spots barrières accès matos flycases subs consoles volent collent
pluie il faut se consoler…
les compagnies de passage éternelles
replient leur tentes rangent leurs frusques
ramassent leurs affiches - enfin presque merciii…

…et leurs souvenirs à la pelle
pioche pêche pique atout cœur…
on remballe on déballe on emballe
rien n’est à vendre tout est à donner à partager…
toute cette folle activité
bientôt enfin déjà trop vite nettoyée par la pluie…
Aurillac a toujours le baby blues fin août…

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Dérives ©Tim Paulvé 2015

on a eu du bol, que du soleil pendant 4 jours !

Aurillac, sainte marie
de la mer
du théâtre de rue,
est bénie par les dieux.
Les déesses attendront… il est toujours de mauvais goût, à Aurillac comme ailleurs, de laisser parler le féminin… on le tolère s’il est propre sur lui, poli et patient, travailleur, modeste et effacé…
300 ans, 3000 ans, on ne sait plus quand ça a commencé, quoi ?,
la domination de l’homme par l’homme ?
30 ans cette année pour le grand petit Aurillac,
now here nowhere little big man woman, pas mal pas mal.

On résiste, on existe, ça tient, on s’accroche, ça vient, ouiiiii, ça vient !
Encore un effort… et cette terre de liberté ne sera plus l’exception qui confirme la règle dans l’espace et dans le temps,
dans le petit temps qui nous est imparti,
ô hommes sans conscience, sans science,
hommes de peu, hommes de foi, wouah whouah
militants pour certains, tintins,
touristes, familles kikis kiwis et enfants tous mélangés…

Cette fois-ci, le lancement a tenu la route :
« Notre héritage n’est précédé d’aucun testament » [1]
un petit goût de rétrospective vive projection anticipée,
difficile d’échapper à la marque anniversaire quand on fait dans le rituel ritualisé…
même les mascarades doivent porter des masques au bal masqué …

mais il a fait beau, et nous avons porté haut le maillot,
joué franc jeu, hissé le blanc drapeau !

Je me fous des artistes je crois. Je me fous de ces catégories.
Mais certains y tiennent… un petit supplément d’âme qu’ils croient.
Croyance.
Oh ! Dans le meilleur des cas, oui.
Et souvent, malheureusement, de bons égo trip(es).
Des personnalités qui s’étripent.
Pour quoi ? pour rien. 3 fois rien.
Pas grand chose.
L’air de rien.
rien.
Vide.
Plein
souffler respirer
recommencer
sans fin

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Dérives ©Tim Paulvé 2015

Comme tout le monde, quoi.
Juste une dose supplémentaire de narcissisme,
et une faim sans fin d’amour toujours toujours.
J’aime les femmes par contre. Tout contre.
Braves, sages et subtiles. 

Certains galants nous disent que nous gouvernons le monde…
Mon cul oui.
Lysistrata a bien essayé. Je ne sais plus si elle a réussi.
… Et Pénélope ? Et Hélène ? Antigone ?
Le Panthéon ? Marie Curie ??
ouais ouais… c’est rude quand même.

Les femmes, et les enfants d’abord ?
Et libri et liberi.

Faut s’accrocher, le sourire aux lèvres et le cœur en bandoulière.
Pauvres petits garçons… pauvres petites filles… enfance ballotée…
chaos ordonné… par des adultes nains et niais…
j’vous jure faut avoir du courage pour se tenir debout souple alerte averti aguerri qu’en vaut deux

déséquilibre permanent
impermanence
comme disent les autres de la Vérité.

J’vous jure on s’habitue jamais.
À tant de beauté et de trivialité qui coexistent,
de débilité et de pur sens,
sens,
sans
sang
livré lié interdit dépassé jonglé donné repris partagé interpellé cherché souhaité appelé…

comme toujours, main dans la main, à vos côtés !!
deux tours pour le prix d’un,
d’une pierre deux coups,
aïe,

toujours le même cocktail délétère
terre eau cieux…
vœux pieux
de finesse et de vulgarité,
d’immense chaleur et de froid inter galactique,
de brillance et de noirceur,
de merde et de fleur…

On aime, on aime ça, on en redemande, c’est la 15è fois qu’on est là, on s’en sort pas, on ne compte plus, il y a bien longtemps qu’on a arrêté…

Fatigue. Fatigue universelle.
Ô poids de ce monde…
immonde, la bête est toujours là,
tapie au fond de chacun de nous…
ouououh !!!

on a beau avoir nettoyé, nourri, poli, elle revient, vient
subtile, frontale,
de biais, graisseuse, osseuse
cambouis,
lisse et grise et marron,

un clin d’œil et paf elle surgit, jamais loin, jamais éteinte, jamais étreinte,
cette violence sourde,
ce besoin de paix,
cette quête de la parole qui soigne,
qui saigne,
qui s’éloigne et qui s’en vient…

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Dérives ©Tim Paulvé 2015

VIGILANCE. Vigilance. Vigilance.
Lance
ça me lance
lanceurs d’alerte
alertes
dansent
court vêtus….

Courbatures. Engelures.
Remettons nos pelures…

Hures. Hurons. Ronrons. Pâté. Donne la papatte. Phosphates.
Fiat Lux.
Bicarbonate.
Carbonara.
Soude.
Coude.
Huile de palme.
Encaustique.
Cire.

Pour faire glisser le tout.

Humour humour humour qui nous sauve de… ??
Amour… ?
nous ne sommes pas encore prêts pour l’amour.
C’est trop grand pour nous notre cœur petit cœur
Ça nous dépasse
pas encore compris
pas capté.

Cadeau expédié depuis longtemps… Adresse inconnue
nue
tous nus
Destinataires partis
Paquets jamais arrivés
Nous, déconnectés de la terre de la mère de la société.

Hey ! Métaphysique. On se nique. On se pique.
Y’a un hic je disais…
Métaphores. Photophores.
Une lueur dans la nuit ?
Putain il est long ce tunnel.
Il paraît que certains ont vu la lumière
au bout…
Aller.
Encore un effort.
On est presque au bout du bout du bout du t…
on va bientôt pouvoir plonger…
qui ne sait pas nager ??

Flotter. Faire la planche.
Flotter. Naviguer.
Naviguer dans l’incertain.
Fabriquer pendant qu’on rame l’embarcation de demain.
Ouais y’a pas trop de nos deux mains…

***

Charlotte Granger

Illustrations de Tim Paulvé. Facebook : Artefract/Tim Paulvé




[1René Char, Feuillets d’Hypnos 1943-44.









Annonces

Pour sa qua­ran­tième édition, le Festival de cinéma de Douarnenez choi­sit de ques­tion­ner la notion de Frontières. Frontière, non plus cette limite arbi­traire, cette bar­rière qui sépare mais plutôt zone d’échange. Frontière, un lieu qu’il s’agit d’inves­tir, un ter­ri­toire commun…


Brèves


Depuis 2003, le fes­ti­val de cinéma d’Attac « Images mou­ve­men­tées » s’emploie à infor­mer et à sus­ci­ter la réflexion col­lec­tive sur des ques­tions cru­cia­les de ce début de XXIe siècle en s’appuyant sur une pro­gram­ma­tion ciné­ma­to­gra­phi­que exi­geante et éclectique. Celle-ci asso­cie courts, moyens et longs-métra­ges, docu­men­tai­res et fic­tions, films fran­çais et étrangers, anciens et récents, ayant eu une large dif­fu­sion ou non. Le fes­ti­val accueille régu­liè­re­ment des avant-pre­miè­res.


Le Génie en Liberté est un Événement bien­nal, orga­nisé par le Génie de la Bastille.
Il pro­pose à un large public un par­cours cultu­rel dans le quar­tier du 11ème arron­dis­se­ment de Paris.


Tous les deux ans, la ville se trans­forme en un gigan­tes­que cas­te­let en accueillant le Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes qui réunit 230 com­pa­gnies et accueille plus de 150.000 spec­ta­teurs. En ce mois de sep­tem­bre aura lieu sa 19° Édition.


Cette his­toire simple, et les contrain­tes qu’elle nous impose, convien­nent à un théâ­tre sim­ple­ment arti­sa­nal. Pas de recours aux tech­ni­ques contem­po­rai­nes. Technique qui fut l’immense chan­tier d’Anders. « Le « trop grand » nous laisse froids, mieux (car le froid serait encore une sorte de sentir) même pas froids, mais com­plè­te­ment intou­chés ; nous deve­nons des anal­pha­bè­tes de l’émotion ».