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Révolution. On en parle ou on l’invente ?

Des Territoire (...D’une prison l’autre...) au Théâtre de la Bastille
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par Marine Vellet
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Théâtre de la Bastille, Festival d’automne, de jeunes acteurs viennent faire résonner le regard porté sur les révolutions du passé et interroger l’avenir. Des territoires (...d’une prison l’autre...) est le deuxième volet d’une trilogie écrite et mise en scène par Baptiste Amann. Dans ce huis clos survolté, le trentenaire se préoccupe de savoir sur quelle révolution se portera le XXIème siècle.

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Photo © Sonia Barcet

C’est dans un petit pavillon de banlieue, cadre qu’il connaît bien, que l’auteur-metteur en scène pose le décor. Il a lui-même grandi dans la banlieue avignonnaise avant d’intégrer l’école régionale des acteurs de Cannes où il va rencontrer cette joyeuse bande qu’il dirige.

Lyn et ses trois frères regagnent le domicile familial, de retour de l’enterrement de leurs parents : l’ambiance est électrique. La fratrie est soumise à des problèmes financiers et Benny (Olivier Veillon), handicapé mental est sujet à de violentes crises qui épuisent ses frères et sœurs. Deux personnages s’introduisent dans la maison en leur absence, Lahcen interprété par la talentueuse Naila Harzoune et son complice Moussa (Yohan Pisiou). Ils ont trouvé refuge chez leurs amis suite aux émeutes du quartier et annoncent le couvre-feu imposé par les autorités. Une jeune militante engagée contre la destruction de cette zone pavillonnaire, Louise Michel (Anne-Sophie Sterck) fait son apparition. Le groupe est désormais confiné, la cohabitation va devenir laborieuse et les échanges chaotiques.

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Photo © Sonia Barcet

Dans les premiers instants de la pièce, un voile imposant nous sépare de la scène et des acteurs. Nous le retrouverons à plusieurs reprises dans le dispositif scénique, sous des configurations différentes lors de scènes intimes. On hésite à regarder le quotidien. On se sent voyeur, presque exclu.

Après le thème du déni abordé dans le premier volet, la colère devient le fil conducteur. La parole se libère et les corps s’épuisent, c’est l’avenir de tous qui est en jeu. Dans l’espace comme dans l’interprétation, les acteurs sont engagés, précis. Le rythme est travaillé au cordeau. Ils nous emportent dans le rire parfois mais les moments de silence m’ont manqué. Pas de respiration. Pas le temps d’encaisser la violence. Pas le temps de digérer. Les tableaux s’enchainent à toute vitesse, on perd le fil.

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Photo © Sonia Barcet

L’hystérie collective est envahissante. Ces personnages, bien qu’attachants, restent ancrés dans leurs histoires personnelles et ne trouvent pas le chemin de l’universel. On découvre ici une jeunesse angoissée plus que révoltée. Et s’il est intéressant de faire surgir le personnage anachronique de Louise Michel, l’effet recherché n’est pas atteint. Son éponyme contemporaine, censée faire le lien avec le passé, peine à se faire entendre. Le passage historique qui transporte, à mi-parcours, les personnages au temps de la Commune, alourdit la pièce. Il est même caricatural.

Et, dans cette abondance de propositions, où est passé le lien avec les révolutions dont veut nous parler Baptiste Amann dans la présentation de son projet ? C’est la question que je me pose par rapport à cette démarche ambitieuse, qui attise vivement la curiosité. On attend un début de réponse, mais il n’a pas la prétention d’en donner.

Il y a, dans la première partie, un vrai parti-pris de nous présenter une jeunesse dépassée, furieuse, en constante remise en question et en quête de rébellion, mais les ponts qui la relient à l’Histoire ne sont pas toujours lisibles. Cette jeunesse d’aujourd’hui, on s’y attache, mais Amann se raccroche maladroitement à un symbole de l’Histoire et il nous perd dans la deuxième partie.

Marine Vellet

Des territoires (...d’une prison l’autre...) Texte et mise en scène Baptiste Amann Cie du soleil Bleu/Pépinière
Du 2 au 25 novembre 2017 au Théâtre de la Bastille, Festival d’automne à Paris
Avec : Solal Bouloudnine, Nailia Harzoune, Yohann Pisiou, Samuel Réhault, Anne-Sophie Sterck, Lyn Thibault et Olivier Veillon.

En tournée

Du 5 au 9 décembre 2017 au TnBA – Théâtre national de Bordeaux – Aquitaine
Le 11 décembre 2017 au Circa – Auch
Du 13 au 15 décembre 2017 au Théâtre Sorano – Toulouse


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