Les Toupies, ou le tourbillon de la vie

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Les Toupies, ou le tourbillon de la vie

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par Claire Trebitsch
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Sur la scène noire, des bulles de savon s’échappent d’une sorte d’aile-paravent. Les enfants s’installent et observent calmement. Quand tous sont assis, le spectacle commence. Une voix : « Tu as 1 jour, 1 an, 100 ans, 1000 ans, 15 millions d’années… » Que nous réserve la suite ? Encore un texte incompréhensible destiné aux parents plus qu’aux enfants ?

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La vie qui pousse © Cie Les Toupies

Et là…palpitations d’un tambour, évolutions en arabesques des deux actrices, robes-pantalons blancs. L’une commence la cueillette dans le public : une paire d’yeux noirs, une fossette, un petit nez… Image fantasmée d’un être à venir. Un lé de plastique transparent, agité par les deux actrices, ondoie au rythme d’une mélopée, élément aquatique de la création aux irisations d’aurore boréale, puis devient membrane utérine enveloppant le bébé qui grandit. En fond de décor, projection de la division des cellules en noir et blanc.
L’une des deux femmes est l’enfant, l’autre la narratrice qui évoque les étapes de développement de l’embryon, de la taille du grain de riz à celle de la pastèque. « Le bébé » est passé derrière le paravent pour bientôt en sortir. C’est la naissance.
La croissance jusqu’à l’âge adulte et la disparition du parent sont évoqués avec infiniment de finesse et de tact. De l’enfant imaginé à l’adulte, l’amour du père et de la mère l’accompagne.

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Les mines de rien © Compagnie Les Toupies

Le décor dépouillé n’est pas le fruit d’une mode minimaliste mais un champ où l’imaginaire de chacun, en écho au récit transmis par les mots et le corps, peut s’épanouir. L’écoute attentive, la respiration de ce public dénotent à quel point ce spectacle a été conçu avec une connaissance approfondie de l’enfance, s’adressant, en un langage symbolique que seul cet âge pratique couramment, à son intelligence, nourrissant sa curiosité sur le mystère de la vie tout en respectant son extrême sensibilité. Mine de rien, enfants et adultes sont repartis la tête pleine d’images, de sensations, de pensées qui vont certainement continuer à faire leur chemin.

Fondée en 1995 par la comédienne Sabine d’Halluin, la compagnie Les Toupies allie recherche artistique et spectacles, associant handicapés et non-handicapés dans une réelle expérience de création. Elle intervient dans les hôpitaux, foyers, crèches, centres de loisirs, Maternelles, ateliers périscolaires et présente également des spectacles dans différents théâtres. C’est ce désir de construction humaine et sociétale, par le biais de l’art, qui a attiré mon attention. Il en émerge des actions comme, par exemple, « Paparazzis » où trois jeunes, handicapés mentaux, mènent une enquête dans un centre de vacances lors d’un séjour organisé par les Toupies. Le jeu semble leur plaire infiniment, mobilise des ressources personnelles qui peuvent même surprendre, et ne les met jamais en situation difficile.

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Les mines de rien © Compagnie Les Toupies

Toute la communauté du centre œuvre à l’évolution de ces jeunes et le jeu théâtral vient, très adroitement, en élargir le champ. L’être humain, enfant ou jeune adulte, handicapé ou non, est au centre du processus de création tandis que l’adulte, éclairé par une connaissance approfondie de son développement, est là : catalyseur, accompagnateur, soutien. Dans le cas des interventions, les costumes induisent le jeu sans le contraindre tandis que le décor d’un spectacle comme La Vie qui pousse, très dépouillé, où se situe l’histoire transmise par les mots, les gestes, la musique, langue à la fois symbolique et poétique, laisse un espace à l’imagination de chacun, puisant dans son expérience de vie, pour recréer son univers personnel.

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Les mines de rien © Compagnie Les Toupies

Nous sommes aux antipodes de ces créations théâtrales très fréquentes qui s’adressent plus aux parents qu’aux enfants, sorte de psychothérapie théâtralisant des angoisses d’adultes projetées sur les enfants ou de ces spectacles aguicheurs truffés de pitreries démagogiques ou à l’esthétique creuse.
Les Toupies, dont les Mines de Rien et les Têtes de l’Art sont l’émanation, s’adresse à l’âme de chacun, quel que soit son âge, handicapé ou non, communiquant par ce merveilleux outil symbolique qu’est l’art. La langue des signes, associée au jeu de scène, participe à une harmonie chorégraphique enchanteresse.

Claire Trebitsch
Novembre 2017

compagnielestoupies.org
www.compagnielestoupies.org/minesderien.htm


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