Hessel face aux icônes de la France moisie

PARTAGER CET ARTICLE ► 
|  Article suivant →
Archipels #2 est enfin là !
Bienvenue aux insatiables !



L’Insatiable est un journal culturel en ligne d’informations de débats et d’humeurs sur les relations entre l’art et la société. Notre travail consiste à faire découvrir des équipes et des artistes soucieux d’agir dans l’époque pour mettre en valeur des actions essentielles, explorer des terres méconnues et réfléchir ensemble aux enjeux portés par l’art et la culture dans une société en voie de déshumanisation.

Faire un don

< Archives

Hessel face aux icônes de la France moisie

"Indignez-vous !"
PARTAGER ►

par Valérie de Saint-Do

Télécharger la version PDF  Version imprimable de cet article Version imprimable



L’arête Hessel ne passe pas. Ils s’en étranglent, ils en bavent, ils piaillent sur tous les plateaux leur indignation du succès d’Indignez-vous. Trop, à vrai dire, pour que ce vertueux concert d’indignation n’ait pas été orchestré.
Ils et elle : Eric Zemmour, Luc Ferry, Ivan Rioufol, Claude Askolovitch, les causeurs(1) Elisabeth Lévy et Luc Rosenzweig, Philippe Bilger... Un éventail assez disparate, qu’unit (à l’exception d’Askolovitch) un tropisme très à droite. Droite vieille France et revendiquée réactionnaire chez Rioufol, Bilger, Ferry, lou ravis de l’ordre ; droite néocon et pro-israélienne jusqu’au fanatisme chez Rosenzweig ou Lévy, les deux n’étant pas incompatibles, comme le montre Zemmour.

Stéphane Hessel au Plateau des Glières dans le film de Gilles Perret Walter, retour en résistance

Qu’y a-t-il donc dans ce petit opuscule pour susciter leurs glapissements indignés ? Rien de révolutionnaire, ont justement pointé quelques lecteurs. Stéphane Hessel n’est pas Julien Coupat (qui n’avait d’ailleurs pas provoqué chez eux les mêmes cris d’orfraie). Une critique de l’État d’Israël très largement partagée ; une indignation devant les coups de canifs sarkozyens à la République, la séparation des pouvoirs et les libertés publiques ; devant les inégalités croissantes, la pauvreté galopante et les ravages du néolibéralisme.
Bref, quelques indignations non exhaustives qui pourraient être le socle commun de ce que la gauche – ou, plus largement, la pensée humaniste – refuse.

Mais, là, j’ai dit un gros mot. Précisément, Hessel incarne une pensée de gauche, ou plutôt, a minima, un socle de valeurs qui devraient être communes à ses militants, voire ses électeurs, tous partis confondus. Et il fait consensus, là où les interminables feuilletons du combat des chefs du PS, d’EELV ou du Front de gauche lassent ceux qui partagent ses indignations. Le tort de ce petit livre, auquel on ne saurait d’ailleurs réduire le parcours ni la pensée de Hessel, c’est de démontrer par l’indignation que le respect humain qu’il défend est incompatible avec les politiques de la droite actuelle : dérégulation financière, privilèges des riches, détricotage républicain, traitement inhumain des étrangers. Incompatible, enfin, avec le règne du capitalisme financier et les dogmes de ses représentants (y compris au FMI !), ce qui décoiffe Askolovitch et autres sociaux(?)-libéraux.

Or, celui qui démonte la réalité d’une politique de droite, et les raisons de s’en indigner n’est pas un obscur gauchiste ou le porte-parole d’un parti, mais un Juste, un homme au parcours incontestable et remarquable. Qui de plus a l’outrecuidance de pulvériser des records de vente !

Et vous voudriez que la droite lui pardonne sans appeler ses chiens de garde au secours pour un concert de jappements ?

L’ennui, c’est que pour mener la contre offensive, il faut un peu de talent. Face à un humaniste mesuré, ce n’est pas faire montre d’une grande intelligence stratégique que de dérouler le tapis rouge à des aboyeurs plus hystériques et excessifs les uns que les autres, de Luc Rosenzweig à Elisabeth Lévy – la Nadine Morano du journalisme, pour laquelle le mot "hystérie" semble avoir été inventé.

Il aurait fallu trouver d’autres arguments que leur sempiternel ricanement "le camp du bien !" (eh oui, difficile de caser Hessel dans l’axe du mal !) ou la défense pathétique, chez Bilger ou Ferry, d’un ordre établi qui ne génère que pauvreté, privation de libertés et injustice.
Se permettre de répondre à Hessel exige une autre hauteur de vues pour que la bassesse d’attaques sur l’âge du capitaine, le négationnisme sur son passé, et la vulgarité généralisée de leurs crachats.

Philippe Sollers (qui croit aujourd’hui judicieux de se joindre à ce concert) théorisait, voici quelques années, sur "La France moisie" (eut égard, notamment à la montée du Front national).
Rien n’incarne mieux cette France moisie, ne lui déplaise, que ces sarcasmes venimeux contre Hessel. À vrai dire, on ne saurait s’en étonner : voir une Elisabeth Lévy ou un Zemmour l’encenser, ç’aurait été inquiétant. À ceux qui auraient encore des doutes sur ces pseudo briseurs de tabous qui ont leur rond de serviette sur tous les médias dominants, il dévoile leurs vrais visages et ce qui les anime : une haine pure de tout ce qui est à gauche d’eux.

Une raison de plus d’être reconnaissants à Hessel de les avoir fait sortir du bois pour ce qu’ils sont : des idiots utiles du sarkozysme, voire du Front national, dont les jérémiades sur la "pensée unique" et le "politiquement correct" cache une vraie servilité à l’égard des dominants.

Qu’il continue, surtout. Les chiens aboient et la caravane passe...

Lien : écoutez Jean Lacouture et Stéphane Hessel à Théâtre ouvert, et retrouvez leur dialogue retranscrit dans le prochain numéro de la revue Cassandre/Horschamp (sortie en librairies le 15 janvier)

1. Animateurs du site causeur.fr, qui, de salon de thé où l’on cause, vire de plus en plus à un ersatz de tea party.

DERNIÈRE MINUTE : HESSEL CENSURÉ À L’ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE !

NOUS RECEVONS CE MATIN CE COMMUNIQUÉ :


LE CRIF REVENDIQUE LA CENSURE DE STEPHANE HESSEL ET L’ATTEINTE A LA LIBERTE D’EXPRESSION A L’ENS

Communiqué publié sur Mediapart le 14 janvier à 00h55.
« Nous apprenons avec stupeur la décision de Mme Canto-Sperber, la directrice de l’Ecole Normale Supérieure, de retirer la réservation de la salle accordée pour la tenue d’une rencontre exceptionnelle avec Stéphane Hessel mardi 18 janvier. Cette conférence s’inscrivait dans la lignée de l’appel qui a reçu les signatures prestigieuses de personnalités politiques et intellectuelles de sensibilités très diverses, et de plus de 10000 citoyens. Voir et signer l’appel.
Le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) revendique cette victoire de la censure, et remercie ses amis : Valérie Pécresse (ministre de l’enseignement supérieur), Bernard-Henry Lévy, Alain Finkielkraut, Claude Cohen-Tanoudji, Arielle Schwab. Tous, selon lui, seraient intervenus activement pour bâillonner Stéphane Hessel et ses prestigieux soutiens.
Mobilisées pour les droits démocratiques et contre les menaces visant Stéphane Hessel et les prévenus de la campagne BDS, de nombreuses personnalités devaient effectivement s’exprimer à la tribune ou par des messages :
- Benoist Hurel (secrétaire général adjoint du Syndicat de la Magistrature)
- Leila Shahid (ambassadrice de la Palestine auprès de l’Union Européenne)
- Haneen Zoabi (députée au parlement israélien)
- Michel Warschawski (Israélien, fondateur du Centre d’Information Alternative, AIC)
- Nurit Peled (mère israélienne d’une victime d’attentat, fondatrice du cercle des familles endeuillées, Prix Sakharov pour la paix du parlement européen)
- Elisabeth Guigou (députée, ancienne Ministre de la Justice et Garde des Sceaux)
- Daniel Garrigue (député, porte parole de République Solidaire)
- Gisèle Halimi
- ... et bien d’autres…
300 personnes étaient déjà inscrites pour cette conférence, exclusivement annoncée sur Mediapart. La direction de l’ENS a déjà reçu de nombreux mails de protestation, auxquels elle répond par le déni...
Le comportement indigne de la directrice d’un des hauts lieux de l’intelligence française et de celles et ceux qui ont fait pression sur elle pose de nombreuses questions auxquelles nous répondrons, avec nos invités et amis, lors du rassemblement auquel appellent les organisations ayant soutenu cette conférence.
Rendez-vous mardi 18 janvier à 18h30 pour un grand rassemblement contre la censure et pour le respect des libertés démocratiques.
Nul n’a le droit d’interdire aux citoyens de ce pays de dénoncer l’impunité des violations israéliennes du droit international et la collusion de notre gouvernement avec la droite extrême au pouvoir en Israël !
L’annonce du lieu du rendez-vous sera publiée vendredi 14 janvier à 17h précises ici. »
Organisations signataires : AFPS (Association France Palestine Solidarité), CCIPPP (Campagne Civile pour la Protection du Peuple Palestinien), CJPP5 (Comité Paix Juste Palestine 5ème), Génération Palestine, GUPS (Union Générale des Etudiants de Palestine, UJFP (Union Juive Française pour la Paix).

fake lien pour chrome



Partager cet article /  


<< ARTICLE PRÉCÉDENT
Lettre ouverte à ceux qui ont intérêt à faire croire que(...)
ARTICLE SUIVANT >>
Nous les avons tant aimés (et nous les aimons encore)(...)





Réagissez, complétez cette info :
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.


Signalez un problème sur cet article :


Annonces


Brèves

« Où l’art se fera-t-il ? » Les 10, 16 et 17 décem­bre, au B’Honneur des Arts, salle de la Légion d’hon­neur à Saint-Denis.


Du 30 novem­bre au 3 décem­bre 2017
Vernissage jeudi 30 novem­bre de 18h à 22h.L’ hybri­da­tion est à la mode. En art, la pra­ti­que n’est pas nou­velle, mais à l’ère des images de syn­thè­ses, des OGM et des pro­thè­ses bio­ni­ques que peu­vent les artis­tes aujourd’hui ?


Installations, spectacles, tables rondes
projections, concert, brunch et autres réconforts...
De 11h00 à minuit



Le deuxième numéro de la grande revue franco-belge art et société est arrivé, com­man­dez-le main­te­nant !


L’infor­ma­tion ne devrait pas être une mar­chan­dise, mais elle est de plus en plus sous la coupe des pou­voirs finan­ciers et indus­triels. Pour faire vivre une presse libre, jour­na­lis­tes et citoyen•­ne•s doi­vent inven­ter d’autres modè­les économiques, émancipés de la publi­cité et des action­nai­res.