Ceux qu’il faut absolument rencontrer...

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Ceux qu’il faut absolument rencontrer...

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par Nicolas Romeas
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S’il y a actuellement un travail théâtral que nous voulons défendre sans réserve et que nous vous recommandons avec vigueur, c’est bien Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu. Cette phrase d’Arthur Rimbaud porte haut les jeunes artistes issus de Belgique, de France, de Suède et de Suisse du Nimis Groupe, troupe qui prend son art au sérieux et le fait vraiment dialoguer avec les problèmes cruciaux de l’époque… Ils se sont attelés à une colossale entreprise avec ceux qu’on nomme des « exilés », mais qui sont en réalité des réfugiés, en tous cas des gens en danger de mort en quête d’un refuge. Et tenez-vous bien, leur travail n’est ni triste ni didactique, il est beau, bourré de vie à craquer, et même drôle…

Je serai bref pour l’occasion, une fois n’est pas coutume, car il faut vraiment y aller et tous les bavardages sont inutiles. C’est très simple : le théâtre retrouve ici sa fonction véritable. Alors, comme vous l’imaginez, ce n’est pas si souvent qu’on peut voir ce courageux travail chez nous en France, jadis « pays des droits de l’Homme ». Cette fois c’est au Théâtre Jean Vilar de Vitry.

Durant plus de cinq ans les Nimis, – dont certains sont issus du « Raoul collectif » passionnant groupe franco-belge dont on a pu voir il n’y a pas si longtemps au Théâtre de la Bastille à Paris Rumeur et petits jours – ont travaillé, non pas seulement sur la question, mais avec des réfugiés. Des femmes et des hommes venus de partout, mais pour beaucoup d’Afrique, qui leur ont longuement parlé de leurs très périlleux voyages, des conditions effrayantes de leur arrivée en Europe, des obstacles administratifs incessants auxquels ils doivent faire face, des conditions de vie inhumaines qu’on leur impose, de la vie en « centres d’accueil », des tracasseries de l’OFPRA, de la perversité insupportable des méthodes utilisées lors des « auditions » mises en place pour une demande d’asile.

Et ils ont monté ensemble ce spectacle magnifique, dont nous avons parlé abondamment et en détail dans le tout premier numéro de la revue Archipels co-édité avec Culture&démocratie…

Certains de ces condamnés à l’exil sont sur scène avec eux, d’autres ont donné leurs mots, leurs expériences, leurs points de vue… On voit ici le théâtre redevenir enfin un lieu de véritable partage humain et politique, pas simplement documentaire ou informatif, non, un théâtre qui nous prend par la main et nous emporte. Un théâtre qui agit en temps réel sur le réel, qui le fait avec des gens qui ont vécu ou vivent ce réel et qui, comme cet art doit le faire, mais le fait si rarement, parvient à nous parler de choses insupportables avec joie. C’est-à-dire à nous donner de la force pour agir.

Un théâtre fait par des gens qui ne se contentent pas d’être des comédiens, des scénographes, des metteurs en scène, etc. Mais des citoyens engagés - comme on disait jadis - qui se servent de cet art comme d’un langage pour exprimer ce que les mots seuls peinent à dire. Nimis nous fait vivre, comme l’écrit très justement La Libre Belgique « Une soirée forte qui rend visible ce qui reste caché ou inintelligible aux frontières de la forteresse Europe. »

Un théâtre politique de très belle facture, qui ne se borne pas à nous faire la leçon ou essayer de nous convaincre, qui nous prend avec lui dans un voyage humain essentiel, au sens vrai et profond du mot « humain ». Un théâtre à côté duquel il ne faut pas passer (et je pèse mes mots) si l’on veut pouvoir croire encore en la force de cet art collectif qui oublie si souvent sa mission.

Nicolas Roméas

PS : J’évoquais déjà ce spectacle dans cet article de novembre 2016

Photo © Véronique Vercheval

Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu, au Théâtre Jean Vilar de Vitry sur Seine

Conception et mise en scène : NIMIS Groupe (David Botbol, Romain David, Jérôme de Falloise, Yaël Steinmann, Anne-Sophie Sterck, Sarah Testa et Anja Tillberg) Ecriture et jeu : NIMIS Groupe, Jeddou Abdel Wahab, Samuel Banen-Mbih, Dominique Bela, Tiguidanké Diallo, Hervé Durand Botnem et Olga Tshiyuka. Coordination générale : Edith Bertholet. Assistants : Sarah Hebborn, Pierrick De Luca .Vidéo : Yaël Steinmann & Matthieu Bourdon. Directeur technique & son : Julien Courroye. Lumière : Pierre Clément & Alice Dussart. Chargée de production : Sarah Sleiman/MoDul. Prod. : NIMIS groupe. Coprod. : Théâtre National/Bruxelles, le Festival de Liège, La Chaufferie-Acte1, le Groupov, Arsenic 2.

Théâtre Jean Vilar de Vitry sur Seine
Jeudi 8 mars 20h + Vendredi 9 mars 20h

Rencontre avec l’équipe artistique après le spectacle
Navette aller-retour gratuite depuis Châtelet



Théâtre Théâtre Jean Vilar
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