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Retour sur Aurillac (2) : Alixem

Jean-Jacques Delfour à Aurillac
par Jean-Jacques Delfour


Alixem : Tripe(s) ou mes parents n’ont pas eu les couilles de faire des enfants.
Un spectacle psychothérapeutique punk…

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Alixem, TRIP(ES), Aurillac 2015 © Christophe Raynaud de Lage

« Familles, je vous hais » écrivait André Gide. La devise de ce spectacle, elle, pourrait être : « Familles, j’aime vous détester ». Les familles veulent désigner ici un ordre social répressif, normalisateur et castrateur… Le pluriel dessine un système, une armée, des collusions, des alliés, un projet. Voire un programme. L’art, le théâtre en particulier, doit-il illustrer le bonheur familial (ou, au moins, s’abstenir de lui nuire) et rester sagement entre quatre murs ?


Alixem se déchaîne contre ce monde clos et étouffant, qu’il considère toujours actif.

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Alixem, TRIP(ES), Aurillac 2015 © Christophe Raynaud de Lage

Les familles ne sont qu’un élément social parmi d’autres. Plus qu’à une structure sociale, c’est à un type de société patriarcale, despotique, rétrograde malgré la modernité technique, que les lionnes et les lions de cette jeune troupe s’attaquent. Le spectacle use de signes qui convergent vers une pratique culturelle qu’il est tentant de ranger sous l’étiquette « punk ». Ce mouvement vivement contestataire, anarchiste, voire nihiliste, individualiste, anti-autoritaire et anti-capitaliste né dans les années soixante-dix, qui prône la liberté la plus grande, l’émeute ou la révolte.

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Alixem, TRIP(ES), Aurillac 2015 © Christophe Raynaud de Lage

Si le thème dominant est la vérité crue et tragique de la famille, d’autres aspects ne relèvent ni de sa critique ni de l’esthétique punk. Par exemple, le spectateur peut admirer, par deux fois, (certes, il s’agit d’une parodie) la Patrouille de France… Il peut aussi écouter un extrait d’Œdipe roi de Sophocle dont les liens avec la culture punk restent lointains. Mais il est vrai que l’histoire d’Œdipe, d’inceste et de mort, souligne la part d’ombre de la famille.

Si l’on cherche un spectacle transgressif, Tripe(s) l’est par son discours agressif, exprimant sans cesse le surgissement de la pulsion, comme si les comédiens étaient réellement envahis par elle. Par la mise en scène aussi : de nombreuses ruptures interviennent, cassures ou bifurcations imprévisibles qui voisinent avec des liaisons attendues. Une insécurité du spectateur agglutiné au centre d’un lieu indéterminé, mi-parking mi-néant, entouré de bagnoles caracolant, vulnérable, émerge peu à peu. Rien à voir avec les pseudo-transgressions contemplées à l’aise dans un fauteuil. Il en résulte une atmosphère proche de celle du film Festen de Thomas Vinterberg (1998).

Les comédiens d’Alixem ne sont pas prisonniers de leur personnage. Une grande liberté préside à leur jeu, si bien que les facultés prédictives du spectateur sont largement dépassées. Renonçant à la maîtrise, voire à la compréhension, il peut se laisser emporter dans une dérive qui se clôt sur un concert de musique très saturée, où les comédiens semblent ne plus jouer mais faire la fête après le spectacle. Ce final suscite une certaine perplexité, le spectateur ne sachant quel statut lui accorder.

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Alixem, TRIP(ES), Aurillac 2015 © Christophe Raynaud de Lage

Le titre, paradoxal, donne peut-être la clef : si le lien de filiation ne consiste qu’en un artifice de langage (être parent d’enfants et être dépourvu des couilles requises), le lien entre réalité et signe est rompu et tout est permis, l’incohérence devenant la règle, une règle impossible mais capable de susciter un théâtre plus corrosif que feu le théâtre de l’absurde - qui résultait d’une destruction n’affectant pas le destructeur.

Alixem est plus proche de Samuel Beckett que de Ionesco.

Jean-Jacques Delfour










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