Réalités occitanes en territoire marseillais

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Réalités occitanes en territoire marseillais

Un article d’Olivier Schneider en partenariat avec Le Ravi
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par Olivier Schneider
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« Lo crit d’aquel aucèl fiala son arabèsca. », le chant de l’oiseau file son arabesque (extrait d’un poème de René Nelli)

Un bref état des lieux du mouvement culturel occitan à Marseille en profitant du retour de Nielo Gaglione du groupe Naïas qu’on pensait définitivement exilé au Nouveau Mexique suite aux crises et aux dissensions créées par Marseille-Provence 2013.

Pour comprendre ce que peut représenter aujourd’hui la langue d’Oc, je me suis déplacé. De Limoges au Val d’Aran, en passant par Tolosa, puis St Gaudens, ensuite à Cerbera en Roussillon, puis Carcassone pour rejoindre la marche de Serge Pey et y découvrir la Maison des Mémoires. Enfin Narbonne, Montpellier, Arles et Marseille où j’avais rendez vous avec Nielo Gaglione du groupe Naïas tout juste revenu du Nouveau Mexique.

Pourquoi ce parcours ?

C’est que pour moi l’occitan est une traversée, un fil né de rencontres et de coïncidences entre les Fabulous Troubadour et Massilia Sound System, c’est la poésie de René Nelli et de Gaston Puel, c’est le Génie d’Oc de Joë Bousquet et de Simone Weil, l’homme illimité de René Nelli, bref l’universel dans un parler local. Nielo me précise ce ressenti : l’occitan est pour lui la langue de l’ouverture, de la rencontre, du partage. À Port-de-Bouc, les langues se croisent et se ressentent, celles des migrants venus travailler au chantier, et l’occitan, langue de l’embouchure de l’étang (la mer) de Berre, celle qui se fait comprendre très vite et qui ouvre plus loin encore. On pense à l’illimite de René Nelli, aux Cahiers du Sud du Marseillais Jean Ballard accueillant en 1943 les languedociens et les universels, pour fonder l’idée d’un occitan explosant les rêves de Tristan Tzara, dans la lumière mystique et sauvage de Joë Bousquet et les chants d’amour du Trobar. Et dire que Marcel Pagnol disait qu’il ne le parlait pas car « le Provençal n’est pas une langue d’Idée »...

Massilia

Mais justement, que s’est-il passé l’année dernière ? L’année de Marseille, capitale de la culture, où c’est l’Union Provençale qui a mené la fête, dans son idée à elle qu’une langue est attachée à un territoire, opposant les grandes fêtes populaires aux repas de quartier multi culturels de Claude Sicre, et en lisant entre les lignes, portant la suggestion (car tout est en nuance) que le provençal, bien qu’une langue apparentée aux langues d’Oc, ne serait pas une langue d’Arabes, d’universalistes, de bobos intellectualisants qui, comme moi, restent fascinés par la chambre où Gaston Puel protégeait les poètes et artistes belges, allemands et juifs : « le dernier guetto où l’on cause » comme le dénonçait les collabos de Carcassone.

Car l’enjeu est là, sous-jacent, guettant toute conversation sur le sujet : universalisme ou populisme ? Car la cause identitaire, quelque soit sa justesse, s’allie de fait au populisme. Pour Nielo, qui a fuit jusqu’aux Pueblos des Navajos ces querelles et ces renoncements, la langue reste ce qui permet d’être libre, à chaque personne il y a une langue nouvelle à écouter, à comprendre – et c’est cette langue là qu’il veut transmettre. C’est l’universel mais dans la simplicité de la personne rencontrée. Le provençal maritime, c’est à dire le Marseillais du port, était la première langue choisie par les ouvriers algériens, rejetant le français de l’Empire, la langue du conquérant. Mais ce provençal se mêlant à l’arabe, au kabyle, à l’italien, à l’espagnol - et à Port-de-Bouc au Gitan, dans un parler propre à chaque personne – c’est ce parler là que chacun comprenait. Ce n’était pas alors la langue d’un territoire mais d’un déplacement, y compris intérieur, et chacun portait le message du monde. Seulement voilà, il fallait répondre aux miroitements de Marseille-Provence 2013 pour porter à nouveau, et avec éclat et paillettes, ce message.

C’est ce qui avait été proposé à L’Ostau dau Pais Marselhes (OPM), la tribu du quartier de la Plaine, au lieu de la Langa, qu’elle soit le parlé occitan ou le créole de la Réunion. L’occitan créole, métis, universel d’un Manu Théron, d’un Sam Karpienia, du groupe Dupain, d’Arnaud Fromont, etc... devait être le point de départ, le premier rayonnement, de la grande fête de la métropole provençale. C’était sans compter sur l’emportement et la vigilance d’Alèssi Dell’Umbria, rédacteur de l’Histoire Universelle de Marseille, et depuis... le local de l’Ostau dau Pais, au 5 carriera dei tres matges est « à louer » et doit se déplacer dans une configuration réduite.

Aujourd’hui, peu à peu, chacun semble se remettre de cette psychothérapie de choc qu’a pu être Marseille-Provence pour le milieu culturel occitan. Nielo d’abord qui revient à Marseille avec le sentiment qu’il a beaucoup de choses à faire ici. Au Nouveau Mexique, l’occitan a provoqué un lien direct, un élan chez ceux et celles qu’il a rencontré, rapidement il a fait un parallèle entre le combat qu’il a à mener ici et les luttes de là bas, des migrants mexicains, des amérindiens, des exclus de la lumière des grandes métropoles, et il est revenu. Naïas est le nom du dernier bateau construit au chantier de Port de Bouc, le « Provence », renommé « Naïas » en Grèce. Tout le monde y est invité, car Nielo ressent ce qui s’entend peu aujourd’hui en France : il aime les gens. Ceux et celles qui sont éclairés par la lumière naturelle, celle des contres-allées, pas celle du nouveau centre commercial de la Joliette. Nielo Gaglione existe parce qu’il se sent libre et rêve encore, parce qu’il revient d’un pays où « un élément naturel vient te caresser où que tu portes les yeux », parce qu’il veut donner de l’éclat à tous celles et ceux qui sont montrés du doigt.

Nielo Gaglione, leader et chanteur du groupe Naïas, à Port-de-Bouc

Ce rêve, d’autres le partagent à Marseille, ils l’appellent Pentaï (rêve éveillé), c’est peut-être une autre direction qu’ouvrent Iris et Rodin Kaufmann ou Jérome Gallician qui citent Deltà Sonic, Henri Maquet, d’Aqui Dub, Djébaléti, les apéros de Papet-J ou Minvielle et Jean Dau Melhau en formant FèM (Nous Faisons), fédération de celles et ceux qui veulent « aller dans l’action, faire au bout les choses » par un label de musique occitane, l’édition d’un livre sur la Commune de Marseille, sur les chansons du Music Hall en provençal, en lien avec la liberté, l’esprit ouvert et réel du festival Zinzan.

C’est envisager la langue comme une fabrique de culture, où les anciens chants dansés peuvent réapprendre à vivre ensemble, où une langue sans territoire ni drapeau et aux multiples et précieuses variantes ouvre aux langues de chaque personne, de chaque vallée, de chaque port, et aux déplacements (y compris ceux qui se ressentent et se créent dans son quartier). C’est l’invention du « diversel » d’Edouard Glissant, d’un esprit local sans frontière ou pour citer René Nelli : « tenter une mesure de l’homme dans l’illimite de ce qu’il aspire par le langage ».

Olivier Schneider

www.zinzan.festival

www.naiasofficiel.wordpress.com



Parti-pris Musique Langue
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2 commentaire(s)

Manu 25 juillet 2015

Il est clair qu’en matière de langue, l’Aranès dépasse tout le monde dans le monde Occitan.

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Christophe R 18 octobre 2014

Je suis assez surpris par le passage sur l’Ostau dau Pais Marselhés dont je suis le président. J’aurais avec plaisir répondu à vos questions si vous m’aviez contacté et cela aurait évité un passage plus qu’étonnant : "et depuis... le local de l’Ostau dau Pais, au 5 carriera dei tres matges est « à louer » et doit se déplacer dans une configuration réduite."

Pour information, nous avons déménagé au 18, rue de l’Olivier (13005), décision prise en assemblée générale au début de l’année 2014. L’ancien local était donc remis sur le marché de la location pour nous éviter un double loyer. Il a d’ailleurs était reloué depuis.
Le nouveau local est plus de deux fois plus grand que l’ancien, a ouvert ses portes pour des cours d’occitan et des ateliers de violon et de tambourin il y a 3 semaines et l’ouverture officielle se déroulera le 24 octobre.

Je reste à votre disposition mais je suis vraiment très surpris par certains passages de cet article.

Cordialement

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