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Le Cheval Bavard, une expérience particulière

Expérience d’une relation vécue
par Olivier Schneider
Thématique(s) : Parti-pris Sous thématique(s) : Théâtre , Campagne , Archives
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Le cheval bavard

Mais le cheval lui, n’avait toujours pas parlé. Aujourd’hui il a son mot à dire. Puisque nous avons encore besoin de lui, non pas pour parier ou conquérir, mais cette fois pour tenter de comprendre, à notre tour.
Comprendre quoi ? Mais ce que nous avons détruit. Et aussi cette part de nous-mêmes reliée à la nature.
J’ai rencontré des chevaux qui n’ont plus peur de parler aux humains, chez Galienne Tonka et Nicolas Wisser, sur une petite colline près du village de Bioussac au nord de la Charente et du Ruffecois, près du pays Mellois (Deux-Sèvres) et Civraysien (Vienne). Là, à l’intérieur d’un terrain agricole qui pratique un agriculture en biodynamie, une écurie, de taille volontairement réduite, regroupe des chevaux de toute origine dans le calme le plus serein. Ce sont des étalons, souvent difficiles, rescapés pour certains d’une existence qui leur aurait été brutale. Ils sont entretenus, soignés et entrainés comme des danseurs, nourris de façon équilibrée, lavés, bichonnés et caressés par une petite équipe de passionnées, et respectés dans leurs libertés et à leur convenance dans les prés alentours. Galienne Tonka, l’écuyère, y pratique l’art équestre. Mais est-ce de l’art équestre ? Ce qu’elle fait ne ressemble ni aux formes spectaculaires, ni aux évènements chics ou militaires auxquels est rattaché l’art de faire cambrer ou sautiller les chevaux tenus à la bride. Ce n’est ni de l’équitation, ni du spectacle, c’est seulement un patient travail d’écoute. Galienne Tonka a suivi et continué un des plus beaux conseils de Oliviera qui recommandait aux cavaliers de « regarder leur monture lorsqu’ils mettent pied-à-terre après une séance de travail, de contempler son œil, et de faire un examen de conscience, pour se demander s’ils ont bien agi envers cet extraordinaire être vivant, ce compagnon adorable : le cheval « . Et c’est ce qui se fait tous les jours au Cheval Bavard.

Moi, là dedans, petit homme de théâtre qui vient de la ville, échoué dans la région parce que ma mère a désiré y mourir (pas très loin d’ici dans le petit village de Chenon), qu’est ce que les chevaux viennent m’apprendre ? Ils viennent m’apprendre tout. Leur corps de danseur dont le moindre effort est une grâce, leur écoute des sons et de la musique, les rythmes de leur pas, leur beauté quand ils sont là, leur culture, étrange, quand ils se parlent entre eux, échangent des gestes et semblent, avec quelle pertinence, nous comprendre mieux que nous mêmes. Les chevaux ont remis en question mes certitudes d’homme de théâtre, mon orgueil de comédien et d’artiste humain, ils m’ont enrichi aussi, découvrant mon réel besoin de nature, la profondeur des moments d’écoute, l’énergie du corps en mouvement. Le cheval est présence et écoute, comme devrait l’être l’acteur, le danseur, le peintre, le musicien, le poète…

Mais cet art du réel, cette expérience de vie, que nous partageons chaque année avec un public fidèle, connaisseur ou de passage, par des moments partagés sans rien de spectaculaire – le Cheval Bavard est menacé. Il est menacé comme le sont toutes les paroles nouvelles ou qui dérangent.
Il est menacé car l’art des animaux, sans violence et respectant leur bien être, n’a toujours pas de reconnaissance officielle. C’est la liberté du cheval qui permet le travail, l’humain n’étant que le médiateur de son expression, de sa capacité à créer sa propre poésie. Mais pour notre société entièrement tournée vers l’humain destructeur et marchand (jusqu’à sa mise en abime), l’animal artiste n’existe pas (à l’image peut-être de l’humain artiste du réel), seul l’animal forcé et normé pour ressembler ce qu’on se représente de lui, l’animal qui singe les hommes et les suit au fouet, peut accéder à une reconnaissance. L’animal obéissant, soumis, l’animal qui imite en courbant le col, en baissant les yeux, en suant de peur, c’est l’animal de l’ « art », celui qu’on applaudit, qu’on promène et qu’on finance. Comment demander de l’aide pour l’animal dont l’oeil pétille (car il a aussi le droit à la désobéissance), qui sait rester libre en échangeant avec l’humain un peu de sa connaissance ? Car tout cela à un coût, et non pas au moment des shows ou du « spectacle », mais chaque jour, toute l’année.

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Le cheval qui s’interroge

Depuis 10 ans, le Cheval Bavard rempli son rôle, et montre son savoir faire, dit son message. Chaque fois il essaie de faire comprendre qu’au delà de ce moment d’éveil au public, d’émerveillement, il y a la vie et le réel d’une écurie particulière, différente, et ce que nous disent les chevaux. Chaque année il se rend compte que le plus beau de ce qu’il montre n’est pas respecté, n’est pas soutenu, et c’est uniquement par éthique et dignité, par l’amour des chevaux qui continue malgré tout son chemin. Mais pour combien de temps ? La réponse de notre gouvernement a été récemment de remonter le taux de TVA pour les éleveurs, la spéculation joue sur le prix du foin, pendant que sont encouragés les jeux au PMU et les courses de prestige. Aucune aide à l’équipement, au fonctionnement, aucun soutien réel n’est apporté aux initiatives culturelles en milieu rural et l’apport animal est vu comme une ressource évènementielle, un enjeu de foire. Pourtant l’art équestre qui prend en compte le bien être animal, c’est peut-être l’art de demain, celui qui le premier nous parle du respect du à la nature, de façon réelle, par la présence animale. Le cheval nous rappelle à la fois nos errances et nos espoirs. Il nous transmet ce qui nous reste encore de notre besoin essentiel de nature et de poésie. C’est un art réel, un art tout naturel, et cet art officiellement n’existe pas. Galienne Tonka, voit ses amis écuyers les uns après les autres mettre la clef sous la porte, le cheval n’est vu que comme un outil de loisir, de détente, et son message est ignoré. J’aimerais trouver les outils pour construire cette reconnaissance, au delà du Cheval Bavard, de toutes les pratiques artistiques dont les animaux sont les acteurs, qui mettent au centre de leur activité le bien être animal, le respect de la nature et l’urgence de création. Exiger un comportement éthique vis-à-vis des chevaux comme de tout animal contraint, c’est exiger la même éthique avec les humains que ce soit en art ou pour toute activité de groupe, l’art étant ce qui rassemble pour plonger dans le regard de l’autre, et le regard du cheval libre est plus profond qu’aucun autre…

Olivier Schneider






1 commentaire(s)

Roxanne Comiotto 11 mai 2014

Le cheval, conquête de l’homme.
Le cheval, outil de l’homme.
Le cheval, compagnon fidèle de l’homme.
Le cheval, ami de l’homme.
Le cheval, maître à penser pour l’homme.
Une évolution dans la relation animal/homme qui est arrivée à son point le plus sensible au Théâtre du Cheval Bavard.
La philosophie du Théâtre du Cheval Bavard est particulière…pas de prouesses techniques, même si l’art équestre y est à son comble, pas de pyrotechnie équestre…Juste de la poésie à l’état pure, de la douceur, de l’amour...la mise en évidence ou évi-danses de la relation cheval/cavalier, cheval/homme (plutôt ici d’ailleurs, femme), de ce lien d’amour et de respect mutuel subtil et magique !

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