Un beau travail militant, c’est possible ?

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Un beau travail militant, c’est possible ?

La coopérative, par la compagnie Le pas de l’oiseau…
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par L’Insatiable
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La compagnie Le pas de l’oiseau, qui œuvre le plus souvent à Veynes, en Rhône-Alpes, et sillonne inlassablement la région et la France pour éveiller les consciences et les âmes, fait partie de ces bandes qu’on aime et qu’on estime, de ces gens qui ne séparent jamais l’outil artistique du contenu politique. Ce qui nous semble la moindre des choses mais n’est évidemment pas le cas de tous. Cette troupe, qui s’intitule avec une grande précision « Théâtre poétique d’utilité publique » vient de mener une expérience passionnante à Avignon. Une expérience « poïélitique » dirait Bernard Lubat… La vraie et belle éducation populaire, celle qu’on aime, ne peut se contenter d’être sèchement, froidement didactique. C’est de contagion humaine qu’il s’agit, de nos vies collectives… Lorsqu’elle agit par l’art (et notamment le théâtre), elle produit une véritable émotion tout en nous fournissant des informations et, surtout peut-être, en éveillant le désir de débattre des thèmes explorés… Car c’est ainsi que l’art est efficace et qu’il atteint son but.

La coopérative © Le pas de l’oiseau

La coopérative est un travail (évidemment) collectif mené par Amélie Chamoux et Laurent Eyraud-Chaume, accompagnés du musicien Lionel Blanchard, qui se sont immergés avec ardeur et sincérité dans le monde coopératif pour recueillir les témoignages qui sont la base de leur pièce. Ils ont ensuite construit le texte en résidence au Centre Culturel Anima en Corse, au Théâtre de la Rotonde d’Avignon, au Centre de Ressources des Hauts Pays Alpins et au Fourmidiable-Scène artistique des pays du Buëch. « Avec mon alter-ego Amélie Chamoux, nous cherchons un chemin pour être au monde sur scène et tenir cette place. On écoute, on vole des histoires, on fait des collages, on raconte…[…] On fouille en archéologue, on note en sociologue, on cogite en philosophe, on rigole en clown. »

Après L’héritage belle fable qui traitait de la transmission des utopies d’une génération l’autre avec drôlerie, candeur et profondeur, Le pas de l’oiseau continue ce cheminement partagé où le mot culture retrouve un sens horticole, en avançant « avec délicatesse dans un monde brutal ». Il y est cette fois question d’une entreprise en péril que ses salariés ont transformée en SCOP dix ans plus tôt et qui se retrouve à nouveau en difficulté financière. Tous se réunissent pour essayer de trouver une issue au danger et inventer une solution qui prenne en compte ce fonctionnement égalitaire. Mais comme dans la vraie vie, il y a du social, du politique et il y a de l’humain, ce sera dur. Mais on comprend que ce qui est plus important que tout, c’est d’agir, ne pas subir passivement les coups du sort (ou de l’adversaire).

La coopérative © Le pas de l’oiseau

 La coopérative c’est sûr, n’est pas un simple spectacle, c’est, disent-ils « une création au service de rencontres multiples. La thématique qu’elle évoque permet de provoquer des rendez-vous autour de l’économie sociale et solidaire et des coopératives en particulier. » Et ce n’est pas une comédie à l’eau de rose, de l’énergie, une dynamique de lutte, oui, mais pas de happy end fadasse, ce qu’on travaille vraiment ici, ensemble, c’est la matière même de nos existences communes. Bertolt Brecht aurait sûrement apprécié que l’idée même qui fut à l’origine de ses « lerhstück », un travail politique sur des phénomènes sociaux à partir de l’outil théâtral, soit reprise aujourd’hui par une jeune troupe. De l’agit-prop de la meilleure eau. Voilà ce qu’en dit notre chère Édith Rappoport dans son blog :

« Deux comédiens et un guitariste pour conter avec un beau dynamisme les luttes acharnées d’une équipe d’ouvriers qui ont décidé de sauver leur entreprise en constituant une SCOP, société coopérative et participative comme il en existe des centaines en France et se retrouvent dix ans après dans de nouveaux dangers, qu’il faut gérer différemment. Pas d’accessoires ni de costumes, un simple bonnet pour changer de personnage et incarner Stéphanie en CDD qui aide Jean-Marc, le meneur des luttes pour sauver l’entreprise et aussi Sylvette. Ça se termine mal, Jean-Marc y laissera sa vie mais la lutte continue. Tout d’abord, après avoir accepté une réduction du temps de travail et des salaires à 32 h, l’entreprise a su récupérer des marchés en France en échappant aux placements financiers improductifs. Sur un ton ludique et joyeux, les deux comédiens portés par le musicien, nous rendent une confiance tonique dans les luttes qui se mènent. Un spectacle nécessaire ! »

L’Insatiable et Édith Rappoport

« LA COOPÉRATIVE ». Vu à la Bourse du Travail - Avignon Off, le 19 juillet.
Texte et jeu Amélie Chamoux et Laurent Eyraud-Chaume, direction d’acteur Nathalie Tison, création et interprétation musicale Lionel Blanchard, création Lumière Olivier Chamoux et Alice Vantalon, Compagnie Le pas de l’oiseau. Le conteur Nicolas Bonneau, (Sortie d’Usine, Inventaire 68, Ali 74) a collaboré à l’écriture dramaturgique du spectacle.

https://lepasdeloiseau.wordpress.com/



Théâtre Avignon Compagnie Le pas de l’oiseau
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