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Teatro Trono, une troupe de théâtre social bolivien à Paris !

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par Thomas Hahn
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Implantée depuis bientôt trente ans à El Alto, ville minière perchée à quatre mille mètres d’altitude, la troupe bolivienne du Teatro Trono invente un théâtre social, politique et musical dans une démarche d’Éducation populaire, avec la volonté de constituer une communauté autogérée. Elle débarque aujourd’hui à Paris pour sa première visite en France. Après un passage au Théâtre de Verre, ils seront le 16 avril au Théâtre de l’Epée de Bois à la Cartoucherie de Vincennes et du 20 au 22 avril au Théâtre de l’Opprimé. Entretien avec son fondateur et coordinateur, Ivan Nogales et Théo Bonin, grand soutien français de la troupe.

Teatro Trono © Sun-A Lee

Ivan Nogales, vous êtes « coordinador » du Teatro Trono. Qu’implique cette appellation ?

Ivan Nogales : C’est-à-dire que je ne suis ni directeur, ni metteur en scène. Je suis là pour aider nos projets à exister et assurer que tout le monde puisse avoir un regard, sans hiérarchie ni imposition d’une personne en particulier. Teatro Trono pratique un théâtre politique, avec le concours des paysans, des travailleurs miniers, des enfants de la rue et des prisons. C’est un théâtre qui aspire à une relation profonde avec le territoire et ses habitants. Dans ce monde sous influence néolibérale, le consumérisme provoque l’isolement des personnes, l’individualisme et la solitude. Nous essayons de rétablir le lien. Nous croyons que le développement des relations sociales et de l’altruisme sont nécessaires pour sauver l’art, voire la société dans son ensemble. Et in fine, l’espèce humaine.

À l’origine de la troupe, il y a un travail avec les enfants de la rue…

Ivan Nogales : Je voulais faire l’expérience de la capacité du théâtre à transformer les individus, en travaillant avec des agriculteurs, des enfants de la rue, etc. J’ai alors constitué un groupe d’anciens prisonniers qui avaient tous été enfants de la rue et cette troupe est peu à peu devenue emblématique. Je n’aurais pas imaginé qu’ils puissent avoir une telle passion pour le théâtre. Et ces gens qui vivaient dans l’exclusion la plus totale sont devenus les acteurs de leurs vies.

Théo Bonin : Alors, si cette chose était possible, pourquoi ne pas en tenter d’autres, comme la construction de notre centre culturel avec son théâtre, qui s’est élevé peu à peu, étage après étage.

Vous vous faites le chantre de la « décolonisation du corps ». Qu’est-ce à dire ?

Ivan Nogales : Nos sociétés souffrent d’un excès de hiérarchies autoritaires, de rationalisme et d’académisme, de différentiation, de ségrégation. Ce système empêche d’exprimer ce que nous avons au fond de nous-mêmes et le résultat, c’est que le corps ne peut développer ses capacités expressives. Il y a un véritable esclavage des corps qui résulte du pouvoir économique et social d’un petit groupe de personnes sur l’ensemble de la population.

Teatro Trono © Sun-A Lee


Quel est le modèle de vie du Teatro Trono ?

Ivan Nogales : Nous cherchons à être le plus autonomes possible et ce n’est pas toujours facile, car nous dépendons en partie de la coopération internationale. Mais nous ne recevons aucune subvention de la part du gouvernement bolivien, puisqu’il n’y en a pas. Nous travaillons avec un très grand nombre de personnes et nous donnons beaucoup d’ateliers, dans une ville qui est passée de trente-cinq mille à un million d’habitants. Il s’agit de démocratiser le théâtre à EL Alto.

En presque trois décennies, la Bolivie a connu beaucoup de luttes sociales. De quelle façon les avez-vous accompagnées ?

Ivan Nogales : Tout le temps, de façon permanente ! À El Alto, nous sommes au cœur de toutes les luttes. Nous cherchons toujours à établir un lien avec les initiatives féministes, indigènes ou écologistes, avec les syndicats et ceux qui se battent pour les libertés en général. Nous ne pouvons éviter de nous positionner, que nous choisissions finalement de soutenir une lutte ou de nous en tenir à distance.

Vous venez aujourd’hui à Paris avec trois spectacles, dont Arriba El Alto.

Ivan Nogales : Arriba El Alto est l’une de nos pièces les plus importantes. Sur le fond, elle aborde la honte d’être indigènes qu’il s’agit de transformer en fierté. C’est un combat permanent qui s’est surtout exprimé dans la fameuse guerre du gaz de 2003, la dernière véritable guerre civile en Bolivie, quand la population d’El Alto s’est engagée, physiquement et intellectuellement, pour récupérer le gaz que le président imposé par les Etats-Unis vendait au Chili. Cette lutte née à El Alto a permis à Evo Morales d’accéder au pouvoir. Notre pièce raconte une histoire d’amour qui se déroule à ce moment.

Et les deux autres ?

La deuxième, Hoy se sirve, raconte l’histoire de la Bolivie au XXe siècle avec un focus sur la révolution de 1952, la plus importante du pays au cours du siècle dernier : Che Guevara, et puis les dictatures militaires. La troisième aborde la problématique de l’eau et le changement climatique qui ne cesse de s’affirmer. Elle s’appelle Hasta la Ultima Gota (Jusqu’à la dernière goutte) et commence par la privatisation de l’eau qui fait augmenter les tarifs jusqu’à priver les ménages d’eau potable. Et on en arrive à la situation actuelle catastrophique où les lacs disparaissent et la montagne est de moins en moins couverte de neige. Tous les acteurs qui sont venus à Paris avec nous sont des jeunes des quartiers populaires d’El Alto et de La Paz.

Teatro Trono © Sun-A Lee

Théo Bonin : Dans cette ville, El Alto, nous sommes habitués à marcher sur le bitume, mais il demeure un lien profond avec la nature.

Votre prologue est très haut en couleurs !

Ivan Nogales : Ici, nous sommes venus avec seulement dix acteurs, mais chez nous, nous sommes beaucoup plus nombreux et il y a plus de musiciens, de cirque, de feu et de fête !

Vos tambours, masques et costumes évoquent des traditions carnavalesques assez universelles.

Théo Bonin : Il y a toute une imagerie qui est arrivée avec la colonisation et qui est très présente aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle Teatro Trono utilise cette riche matière dans ses spectacles. C’est un reflet de la vie, de toutes les fêtes en Bolivie, qui sont le produit de la rencontre de beaucoup de cultures. Tout le monde danse, en Bolivie, tout le temps. Aux cultures de trente-six peuples indigènes, s’ajoutent les nombreuses influences venues d’ailleurs, et ça véhicule une quantité incroyable de saints ! Ça donne énormément de fêtes et c’est la raison pour laquelle la fête est à ce point présente dans nos spectacles. En Bolivie il est impossible d’éviter la fête !

Propos recueillis par Thomas Hahn

Traduction des propos d’Ivan Nogales : Théo Bonin.

Le 16 avril au Théâtre de l’Epée de Bois et du 20 au 22 avril au Théâtre de l’Opprimé.

http://www.epeedebois.com
http://www.theatredelopprime.com
http://www.fundacioncompa.com



Théâtre Paris Théâtre de Verre Teatro Trono
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