Nouvelle ruée de rue-publique !

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Nouvelle ruée de rue-publique !

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par Thomas Hahn
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Les arts de la rue ont pris Paris, ce qui n’est jamais facile. En plus, ce n’était pas au printemps, mais à l’approche d’élections drôlement redoutées… À la Fédération des Arts de la Rue (« la Fédé »), ils ont deux slogans à rendre jaloux tous les partis : « Rue Libre ! » et « L’art est public ». Une fois par an, ils surgissent à Paris, place de l’art est public (« Répu »). Cette année, c’est tombé un 24 octobre, en plein démarrage de campagne. Ruée dans la rue, ruée de « la rue ». Ruée paradoxale : « Dans l’espace public, il est plus facile d’obtenir l’autorisation d’une manifestation politique que d’une action artistique, et ce au nom de la démocratie ».

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La distinction quelque peu artificielle que font les pouvoirs publics entre l’art et la politique (pour mieux renvoyer les artistes dans leurs loges), est-elle finalement un bien, un mal… ou un mal pour un bien ? Après tout, chacun est un peu artiste, n’est-ce pas ?

Justement... Il suffit de se mettre à la place du préfet (savoir se mettre à la place de l’autre n’est-ce pas l’une des qualités des artistes ?) : « Et si chaque artiste s’appropriait un bout de Paname ? » Alors ça ferait du bien, et la vie reprendrait ses droits. Mais il y a la Préfecture. Mais la pensée est trop simple.

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Si chacun pouvait se déclarer artiste en descendant dans la rue, que ferait le Fédé ? Le « secteur des arts de la rue » n’est-il pas finalement bien servi avec une manne policière à son service dès que les artistes déclarent vouloir exprimer leur révolte de façon non artistique ? Donc ils se sont révoltés, artistiquement.

La bourse ou la rue !

Et ça a marché, en direction des lieux symboliques, place de la Bourse et face au Ministère de la Culture. La rue était libre, comme il se doit pour une marche revendicative. Revendicative, mais à la revendication auto-détournée, puisque la revendication « Rue libre ! » s’était accomplie telle une self-fulfilling prophecy côté spéculation boursière. Ce 24 octobre à Paris, les arts de la rue font grimper leurs actions !

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Même le fait que le public n’applaudisse pas ne peut que réconforter ces artistes bitumo-compatibles. S’ils déguisent leurs désirs artistiques en manif’, c’est qu’ils y retrouvent leurs origines spirituelles. Ne s’agit-il pas, au fond, de détourner en spectateurs-acteurs des gens qui ne faisaient que passer ?

« Pas d’austérité pour la culture »
, réclament-ils. C’est toute leur dextérité qui manipule la revendication. Mais en révélant ainsi leur extraordinaire talent, ils versent de l’eau aux moulins des technocrates. Diable ! Quelle splendeur artistique ainsi produite à partir de quelques cartons et de décors urbains !

Et en prime, ils vous fabriquent, en quelques heures, un chef-d’œuvre de court-métrage qui n’est autre que la version cartoon de la manif performée de l’après-midi, film créé sur le modèle des deux premiers (« à la recherche d’un lieu de fabrique des arts de la rue à Paris ») joyeusement présenté après le plat de résistance de la journée « Rue Libre ».

Propositions ruelectorales

Au débat final, plat (voire plate-bande) de résistance de cette journée d’action, les représentants de trois partis principaux (ceux qui n’envoient pas les artistes au diable) étaient présents pour promettre qu’avec eux tout ira mieux pour les arts de la rue et la culture en général. Le premier en soutenant que l’alternance était une fin en soi et qu’ils allaient fêter leur revanche sur l’équipe en place en augmentant le budget de la culture de 20% (mais on connaît leur obsession à détourner les chiffres à chaque prise de parole). Les autres proposent une résidence dans chaque lycée, un potager en prime (en citant avec enthousiasme un projet d’artiste dans une loge de gardien d’immeuble).

Et il y a ceux qui promettent une Ile-de-France humaine, ce qui n’est pas forcément très malin. S’il s’avérait que la belle Idéeeffe est aujourd’hui plutôt marâtre, n’y seraient-ils pas pour quelque chose ? Et pourtant, en ce qui concerne les arts de la rue, ça peut aller : « Ils ont bossé », reconnaît une artiste de rue, ce qui signale qu’elle se sent reconnue, et incluse dans le projet.

Les artistes, avec leur Fédé, ont bossé tout autant et savent présenter quelques chiffres pour impressionner le spectateur contribuable et les élus décideurs. Pour libérer nos rues, il leur faut des moyens, plus en tout cas que les 1.5% du budget pour le spectacle vivant actuellement alloués. Parce que « C’est dans la rue que ça se passe », pour parler comme les Jolie Môme.

Dix-neuf rueros !

Dix-neuf euros par spectateur, c’est à ce prix modique que les arts de la rue sont la forme la plus populaire du spectacle vivant. Un chiffre avancé pour contrer l’idée selon laquelle les arts de la rue coûtent cher au contribuable puisque le public ne paye pas. Comme nous l’avons vu, un spectacle de rue peut se fabriquer avec le décor fourni par la municipalité (des façades et des rues).

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Ajoutez à ça que ces artistes fabriquent eux-mêmes leurs équipements, ce qui est bon marché comparé aux ateliers décors et costumes des théâtres et opéras nationaux, qui ne peuvent exister que grâce aux centaines d’euros de subventions allouées à chaque place.

Pas étonnant que les artistes de l’espace public demandent un rééquilibrage, eux qui réalisent un score dont aucun parti politique ne peut se targuer (« 34% des Français de plus de 15 ans ont assisté à un spectacle de rue en 2008 »).

Un autre chiffre pourrait changer la donne : Le « 1% » ! Dans le cadre de la loi LCAP (Liberté de création, patrimoine et architecture), la manne devra venir des décors urbains en devenir, puisque le projet de loi inclut l’obligation de consacrer 1% du coût d’un chantier de travaux publics à l’artistique. Et il semble que tout n‘ira pas au street art, et que les arts vivants dans l’espace public ne seront pas exclu. Pour une république où l’art est public !

Thomas Hahn

photos : JM Coubart


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