Bienvenue aux insatiables !



Un journal culturel en ligne d’informations de débats et d’humeurs animé par l’ancienne équipe de Cassandre et celle du jeune Insatiable pour mettre en valeur des actions essentielles mais peu visibles, explorer des terres méconnues, faire découvrir des équipes et des artistes soucieux d’agir dans l’époque et, surtout, réfléchir ensemble aux enjeux portés par l’art et la culture dans une société en voie de déshumanisation.


Negrita, « Quand on n’a que l’amour »
par Jeannette Gregori

L’Insatiable aime les Rroms !
par Jeannette Gregori


« La musique, on a ça dans le sang, de génération en génération. Je n’ai pas appris les notes. Je ne sais ni lire ni écrire non plus ». La voix puissante et rauque de Negrita à l’autre bout du téléphone laisse deviner son vécu, sa fêlure et son authenticité. Pour la contacter, j’ai trouvé son numéro sur les réseaux sociaux, tout simplement. « Je ne me cache pas. De nombreuses personnes ont besoin de moi et je suis là pour tout le monde ».

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Photo Jeannette Gregori

Quand on n´a que l´amour

À s’offrir en partage

Au jour du grand voyage

Qu´est notre grand amour

Si son ascension en 79 albums l’a consacrée chanteuse la plus écoutée des voyageurs, elle est aussi membre de l’UFAT [1] et Présidente de la société Negrita Production permettant la promotion de jeunes talents musicaux. Par ailleurs, au sein de l’association Femmes Romnies, elle mène son combat pour les droits des femmes, en privilégiant une relation de proximité avec ses interlocutrices, prête à se rendre sur le terrain si la situation l’exige. « Des jeunes filles m’appellent quand elles n’accèdent pas à un moyen de contraception ou quand elles tombent enceintes. Je les rassure et trouve toujours une solution. À celles qui, à cause de leur orientation sexuelle, sont rejetées par leurs parents, j’explique que la colère durera six mois, peut-être une année et qu’elle s’apaisera. Est-ce que le regard de la communauté est plus important que les souffrances de nos filles ? Nos enfants restent nos enfants. » Parce qu’au sein des couples, les relations ne semblent pas avoir évolué en un demi-siècle, elle s’attache à transmettre ses idées. Elle apporte son soutien aux jeunes femmes qui après leur mariage sont absorbées par les tâches ménagères et l’éducation de leurs enfants, elle encourage celles qui ont renoncé à une activité professionnelle ou à l’expression de leurs talents artistiques à regagner l’estime de soi. Elle est catégorique : même si l’association n’existait pas, elle se battrait pour les droits des femmes.

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Photo Jeannette Gregori

Quand on n´a que l´amour
À offrir en prière

Pour les maux de la terre

En simple troubadour

Le 16 août 1959, Negrita a vu le jour à Manosque d’un père gitan espagnol et d’une mère Manouche, cousine de Django Reinhardt. Un destin hors du commun ponctué de tragédies et d’actes de résilience attendait la jeune Rom pour finalement la hisser au rang d’auteur-compositeur-interprète renommée. « Une maman, c’est toute la fortune du monde. Protégez-la, faites attention à elle ; quand elle ne sera plus là, vous souffrirez ». Entourée de l’immense affection de ses parents dans son enfance, elle a su prodiguer d’instinct l’amour à ses propres filles Tania et Djinaye. Récemment, la naissance de Luciano a fait d’elle une grand-mère comblée.

C’est à l’âge de 7 ans que le premier coup du destin s’est abattu sur elle entraînant ses parents dans une profonde affliction. Alors qu’elle essayait de couper un tronc d’arbre à l’aide d’un marteau, elle a cogné une partie creuse ; l’outil a glissé et s’est abattu violemment sur son genou. Les nombreuses opérations qui ont suivi ne lui ont pas permis de retrouver l’usage de son membre inférieur, pire, le nerf de croissance est resté irréversiblement coincé. Elle a conservé la jambe d’une fillette de 7 ans, d’un écart de 20cm avec l’autre. Réduite à passer son enfance en fauteuil roulant, elle souffrait de voir les filles de son âge qui s’amusaient à courir les terrains vagues. Parfois, en silence, à l’abri du regard de ses parents, elle en pleurait ; mais les chants de son frère Boï ravivaient en elle des sentiments d’enthousiasme. Le son de la guitare lui plaisait énormément…

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Photo Jeannette Gregori

Quand on n´a que l´amour

Pour unique raison

Pour unique chanson

Et unique secours

Très tôt, Boï lui a appris à chanter et à jouer de la guitare. Comme tous les musiciens qui font leurs débuts, ils jouaient dans les restaurants. Le talent de Negrita a été remarqué d’emblée par les voyageurs. À l’âge de 9 ans, elle était déjà sollicitée pour animer les baptêmes, les mariages et d’autres fêtes.

À 23 ans, elle rencontre son futur époux. Plus tard, lorsqu’il est parti, elle s’est battue pour élever seule ses fillettes de 7 et 5 ans. Elle a continué à affronter l’adversité ; elle a perdu sa sœur âgée de 42 ans. Elle a pris en charge ses sept neveux et nièces qui aujourd’hui l’appellent tous « mamie ». Et puis il y a eu l’accident… Victime d’un chauffard qui lui a grillé la priorité, elle a reçu un choc sur sa jambe déjà atteinte. Pour procéder à son amputation, les médecins s’y sont pris à sept reprises. Pendant deux ans et demi, sa voiture est restée garée sur le parking de l’hôpital lui permettant de se rendre chaque weekend à des concerts, de déposer son salaire à ses filles et de revenir le lundi matin poursuivre ses soins.


Quand on n’a que l’amour
Pour habiller matin
Pauvres et malandrins
De manteaux de velours

On comprend mieux pourquoi elle s’exclame : « Je ne peux pas voir souffrir les gens, c’est impossible pour moi. » Sa popularité est un bienfait qu’elle met au service de ceux qu’elle peut aider. En lançant un simple appel sur les réseaux sociaux, elle parvient à mobiliser, en quelques semaines, cinquante mille donataires au profit de ceux qui sont dans le besoin. Elle se souvient de cette femme enceinte, avec deux enfants, qui venait de perdre son époux. Qui plus est, sa caravane avait pris feu. Avec des mots justes, elle a soulevé un élan de solidarité des voyageurs qui ont tous participé aux frais d’une caravane flambant neuve. Elle se souvient aussi de cette jeune fille de 18 ans, gravement malade, qui a disparu deux mois avant son mariage. Negrita s’était rendue à ses funérailles jusqu’en Alsace pour soutenir ses parents et plus tard elle a composé une chanson en son hommage.

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Photo Jeannette Gregori

Alors sans avoir rien
Que la force d’aimer
Nous aurons dans nos mains,
Amis, le monde entier

Le message que portent ses chansons est universel : la santé, l’amour ou les parents sont des thèmes où chacun peut se retrouver. Le soir, à l’aide de son micro et de sa guitare, elle compose ses nouveaux morceaux, assise sur son lit. Elle enregistre vite car elle canalise son imagination pour exprimer à l’état brut les textes et les mélodies qui lui viennent à l’esprit.

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Photo Jeannette Gregori

C’est une artiste généreuse et prolifique qui enregistre un, voire deux albums chaque année avec le souci constant de ravir ou d’émouvoir ses fans. Fidèle en amitié, elle s’accompagne de musiciens qu’elle connait de longue date comme Francis Lalanne, une association de talents qui confère à ses nouveaux albums une plus large variété de sons, rythmes et sensibilités d’auteurs. Avec un pincement, elle n’exprime qu’un seul regret, celui de ne pas avoir pu faire entendre à ses parents, disparus trop tôt, la chanson qu’elle leur a dédié.

Lorsqu’on lui demande si elle a déjà été victime de préjugés, Negrita répond catégoriquement que jamais, cela ne lui est arrivé : lorsqu’on sait parler, il ne faut pas se laisser faire. Le chant est un moyen puissant de libérer son cri intérieur mais aussi de pousser des éclats de voix pour protéger les siens, les plus vulnérables, ceux pour lesquels elle s’est toujours battue.

Jeannette Gregori

http://www.jeannettegregori.com/

http://www.musicme.com/Negrita/




[1Officialisée en 2008, l’union française des associations tsiganes fédère, sur une base laïque, des associations représentant toutes les ethnies. Forte de 30 associations fédérant toutes les ethnies (Sintis, Manouches, Yèniches, Gitans, Rroms) et tous les modes de vie, des commerçants itinérants aux communautés enracinées depuis des siècles dans une même commune, l’Union française des associations tsiganes (UFAT) bouscule, depuis fin 2008, le paysage associatif.
Issue du collectif national des associations tsiganes, elle occupe une position originale entre les associations spécialisées, animées par des professionnels non voyageurs, et les organisations religieuses qui ne peuvent représenter l’ensemble des usagers.
Calquée sur le modèle des organisations non tsigane, elle compte obtenir une crédibilité qui est toujours contestée par les collectivités aux organisations tsiganes plus anciennes.









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Pour sa qua­ran­tième édition, le Festival de cinéma de Douarnenez choi­sit de ques­tion­ner la notion de Frontières. Frontière, non plus cette limite arbi­traire, cette bar­rière qui sépare mais plutôt zone d’échange. Frontière, un lieu qu’il s’agit d’inves­tir, un ter­ri­toire commun…


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Depuis 2003, le fes­ti­val de cinéma d’Attac « Images mou­ve­men­tées » s’emploie à infor­mer et à sus­ci­ter la réflexion col­lec­tive sur des ques­tions cru­cia­les de ce début de XXIe siècle en s’appuyant sur une pro­gram­ma­tion ciné­ma­to­gra­phi­que exi­geante et éclectique. Celle-ci asso­cie courts, moyens et longs-métra­ges, docu­men­tai­res et fic­tions, films fran­çais et étrangers, anciens et récents, ayant eu une large dif­fu­sion ou non. Le fes­ti­val accueille régu­liè­re­ment des avant-pre­miè­res.


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Tous les deux ans, la ville se trans­forme en un gigan­tes­que cas­te­let en accueillant le Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes qui réunit 230 com­pa­gnies et accueille plus de 150.000 spec­ta­teurs. En ce mois de sep­tem­bre aura lieu sa 19° Édition.


Cette his­toire simple, et les contrain­tes qu’elle nous impose, convien­nent à un théâ­tre sim­ple­ment arti­sa­nal. Pas de recours aux tech­ni­ques contem­po­rai­nes. Technique qui fut l’immense chan­tier d’Anders. « Le « trop grand » nous laisse froids, mieux (car le froid serait encore une sorte de sentir) même pas froids, mais com­plè­te­ment intou­chés ; nous deve­nons des anal­pha­bè­tes de l’émotion ».