État meurtrier

PARTAGER CET ARTICLE ► 
|  Article suivant →
Archipels #2 est enfin là !
Bienvenue aux insatiables !



L’Insatiable est un journal culturel en ligne d’informations de débats et d’humeurs sur les relations entre l’art et la société. Notre travail consiste à faire découvrir des équipes et des artistes soucieux d’agir dans l’époque pour mettre en valeur des actions essentielles, explorer des terres méconnues et réfléchir ensemble aux enjeux portés par l’art et la culture dans une société en voie de déshumanisation.

Faire un don

< Archives

État meurtrier

Translatines 2013
PARTAGER ►

par Thomas Hahn
Sous thématique(s) : Festival

Télécharger la version PDF  Version imprimable de cet article Version imprimable



Aux Translatines, les Colombiens de Teatro Petra sortent le flingue

JPEG - 64.9 ko
ÉTAT MEURTRIER 1

Qu’est-ce qui empêche une société d’éclater ? C’est la peur. La peur de l’autre, la peur de la dégringolade sociale. En Colombie, il fait frapper un peu plus fort. Fabio Rubiano Orjuela, auteur et metteur en scène de la compagnie Teatro Petra, est tombé sur une nouvelle japonaise qui prône qu’une société a besoin d’un meurtre au moins tous les cent jours. A-t-il pensé au modèle étatique français quand il a imaginé que cette mise à mort nécessaire soit organisée par un service spécial du gouvernement ? Ou plutôt au concept de meurtre rituel, des Maya au Sacre du printemps ? Le rituel fictif donne lieu à une messe radiophonique, célébrée par un prédicateur.

Qui doit mourir ? Au sein de la famille qui a été obligée, par missive administrative, de choisir la personne à sacrifier, c’est la pagaille. Les secrets inavouables se révèlent les uns après les autres. On vote et on triche. Un spectateur aussi est sommé de glisser son bulletin dans l’urne. A la fin, Sara, qui était désignée revient et empoisonne la famille entière. Ou pas. On propose différents dénouements et cette fois, chaque spectateur se positionnera, en secret. Orjuela s’amuse en racontant qu’« en Colombie, notre slogan publicitaire est : Et dans votre famille, qui sera la victime ? Nous avons constaté que tout le monde avait une personne en tête ».

« Sara dice » pointe les piliers de l’organisation de la société : la famille, la religion, le travail, l’état, le classement des êtres en utiles et inutiles. Jouée en bi-frontal, le spectacle croise différents lieux, familles et situations, mettant en scène le principe même de l’organisation du vivre-ensemble. Fin et complexe, jouissif et lucide à la fois, la pièce est portée par une troupe qui l’a développée sur le plateau. Chez eux, la création n’est pas précédée d’un travail de discussion autour d’une table. Jamais.

« Personne n’écrit mieux qu’un acteur sur scène. Quand on écrit ce qu’on est en train de jouer, on touche à la vérité », dit le metteur en scène. La vérité visée est celle du théâtre, du rapport entre le réel et sa représentation. Le réel est celui de la violence dans les non-dits, à l’intérieur de la cellule familiale. Cette violence n’est pas qu’extérieure, pas uniquement celle du pistolet braqué sur la personne en face ou même sur le public, celle des tirs qui sèment l’inquiétude sur les rangs. C’est aussi la violence sous-jacente et non-avouée dans les rapports humains. Petit à petit elle se dévoile. Cette pièce autour de ce que dit Sara (en Angleterre ce serait « Simon says ») s’avère inénarrable dans sa capacité à nous renvoyer à la vérité, par sa liberté et la finesse de son trait caricatural.

Teatro Petra va par ailleurs clôturer le festival, et ce avec une autre pièce de la plume d’Orjuela et sa troupe, « El vientre de la ballena », où il s’agit de trafic d’organes, de proxénètes, de verdicts judiciaires et de média. Rdv samedi 19 octobre à la Maison des associations de Bayonne.

Thomas Hahn

http://theatre-des-chimeres.com


fake lien pour chrome



Partager cet article /  


<< ARTICLE PRÉCÉDENT
À quoi on joue, maintenant, Anne ?
ARTICLE SUIVANT >>
Matériels, les auteurs ?





Réagissez, complétez cette info :
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.


Signalez un problème sur cet article :


Annonces


Brèves

« Où l’art se fera-t-il ? » Les 10, 16 et 17 décem­bre, au B’Honneur des Arts, salle de la Légion d’hon­neur à Saint-Denis.


Du 30 novem­bre au 3 décem­bre 2017
Vernissage jeudi 30 novem­bre de 18h à 22h.L’ hybri­da­tion est à la mode. En art, la pra­ti­que n’est pas nou­velle, mais à l’ère des images de syn­thè­ses, des OGM et des pro­thè­ses bio­ni­ques que peu­vent les artis­tes aujourd’hui ?


Installations, spectacles, tables rondes
projections, concert, brunch et autres réconforts...
De 11h00 à minuit



Le deuxième numéro de la grande revue franco-belge art et société est arrivé, com­man­dez-le main­te­nant !


L’infor­ma­tion ne devrait pas être une mar­chan­dise, mais elle est de plus en plus sous la coupe des pou­voirs finan­ciers et indus­triels. Pour faire vivre une presse libre, jour­na­lis­tes et citoyen•­ne•s doi­vent inven­ter d’autres modè­les économiques, émancipés de la publi­cité et des action­nai­res.