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Les Souffleurs censurés
(la poésie est dangereuse !)

par Valérie de Saint-Do
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Éternelle et insondable bêtise sécuritaire face aux « commandos », y compris artistiques. Fût-il poétique, et depuis longtemps reconnu pour son grand talent, un commando, ça fait peur, apparemment, en ces temps de « parano » sécuritaire… Et, dans une société où la résignation au contrôle généralisé et à l’horreur économique impose de baisser les yeux, regarder le ciel, c’est hautement déconseillé (de surcroît, on risque de glisser sur les matières dangereuses auxquelles les trottoirs de Paris sont accueillants).

Forte de ces solides convictions et garante de la « tranquillité » des braves gens à tête baissée, consciente des dangers qui menacent les amateurs de beauté, les flâneurs contemplatifs, les rêveurs improductifs, les passants du matin et de la journée, la préfecture de Paris a décidé de censurer Les Regardeurs, un magnifique projet artistique proposé par Les Souffleurs, commandos poétiques, avenue de Flandre à Paris. L’un des rares quartiers populaires sauvegardés dans la capitale.

Et une exception, également, à l’interdiction de construire en hauteur, avec ses « orgues » typiques des années soixante-dix, pour le meilleur et pour le pire.

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Il faut dire qu’ils le cherchent, ces fous d’artistes. Vous imaginez, une chaise et un poème sur les toits des tours, dans un quartier où l’on doit s’habituer depuis le 7 janvier à croiser des soldats enfoncés dans de pesants uniformes et armés devant les synagogues ? Qu’est-ce qui vous prouve que sous leurs habits noirs et leurs parapluies apparemment inoffensifs, ils ne dissimulent pas de dangereux snipers, Les Souffleurs ? Et ces longues sarbacanes avec lesquelles ils distillent habituellement leur poèmes à l’oreille de cette population suspecte qui prend le temps d’écouter de la poésie en traînant en bas des immeubles, elles ne se révèleraient pas des armes à longue portée ?

En plus, ils vont créer des attroupements, ces inconscients, en invitant à regarder en haut. Voire même des vertiges, si ça se trouve de l’émotion, que sais-je, de l’envie de prendre la tangente et de décoller du plancher des vaches sacrées...

Face à ce risque terrible, on ne saurait mieux répondre qu’avec l’éternelle et pauvre injonction d’autorités obtuses : « circulez, il n’y a rien à voir » !

Que le ciel, les toits et les étoiles...

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Et puis, on n’est jamais trop prudent. Allez savoir si ces artistes sacrifiés sur l’autel de l’austérité ne vous mijotent pas un attentat suicide, à tomber de trente étages sur une mémé inoffensive, un gamin à capuche, voire un véhicule des forces de l’ordre.

Parce qu’il faut bien le dire, face à tant de bêtise, tant d’obsession morbidement hygiéniste à fabriquer une ville morte, le saut dans le vide pourrait être une tentation !

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Rassurez-vous, ce sont les armes de l’humour, et comme toujours, celles de la poésie, que les commandos poétiques utilisent.

On leur proposerait bien de les aider à soulever – littéralement – tout un quartier contre la bêtise, mais c’est un mot d’ordre éternellement recommencé...

Ils restaient au sol ce matin, mais invitaient le chaland à contempler la triste absurdité de cette « politique de la chaise vide ».

On espère qu’ils vont lutter contre cette censure aussi absurde et ubuesque, dans un autre style, que celle de Grand corps malade au Blanc-Mesnil. Et, surtout, trouver chez les habitants une complicité pour la dénoncer avec eux. Il doit bien y avoir, cachés dans les orgues de Flandres, quelques autres snipers de la poésie contre l’ordre établi.

Valérie de Saint-Do

http://www.maisondelafolletentative.fr/

www.artr.fr

www.les-souffleurs.fr




Post-scriptum :

LES REGARDEURS ET ART’R CONTRAINTS AU SOL PAR LA PREFECTURE

Chaise vide - Les Regardeurs à Paris © Les Souffleurs commandos poétiques
Mercredi 20 mai 2015
A la suite de l’interdiction de la Préfecture de Police pour trouble à l’ordre public la veille de la montée en corniches, les Regardeurs et Art’R sont contraints au sol et invitent poétiquement la population à observer l’état actuel du monde artistique : une chaise vide.

du mercredi 20 au dimanche 24 mai 2015

Rien n’est mort, tout est vivant. Les Souffleurs regardent en Regardeurs un état du monde. Nous avons placé nos chaises sur les corniches de ces gratte-ciels. C’est tout simplement magnifique ! Et nous poserons la question de la place des artistes et de leur liberté dans l’aquarium de notre espace public. Nos chaises resteront installées comme des sculptures de vertige, mais demeureront vides et interdites aux vivants. L’artiste et une chaise vide... Suis-je donc moderne, hélas, devant le vide de cette chaise ?

Nous sommes en face d’une interdiction contemporaine d’un projet qui interroge radicalement notre modernité dans sa pensée du principe de précaution et dans son effarouchement à la posture poétique de contrepoint. Nous interrogeons les lignes de tolérance de notre démocratie. On nous répond le grand mélange des peurs d’aujourd’hui : plan Vigipirate, quartier sensible, délinquance, 7 Janvier, suicide...

Qu’est-ce qu’une sécurité collective ?
Comment considère-t-on un quartier ?
Que pense-t-on de ses habitants ?
Qu’est-ce qu’un trouble à l’ordre public ?
Qu’est-ce que le trouble, d’ailleurs ?

Nous pensons très fort à cette phrase de Tardieu : « Observez attentivement votre main gauche... Et dites à qui elle appartient ! »

Nous resterons donc cinq jours durant dans notre veille étymologique.
Nous maintenons notre présence tendre au pied des tours. Nous serons en bas tous les jours et nous ferons une magnifique visite de ce qui aurait pu se passer si la méfiance n’avait pas soufflé ses oiseaux frileux. Nous maintenons les ateliers publics d’écriture de questions sur l’état de la ville, l’état du monde et l’état de l’homme que nous avons mis en place avec les habitants et les associations du quartier. Et puisque nous ne pouvons lever dans le ciel ces questions écrites, nous les brandirons en panneaux de tous nos bras, du plus haut du bout de nos bras. Du plus loin du bout de nos doigts. Le plus haut possible. Dressés sur le bout de nos doigts de pied.

Il faut donc venir voir la beauté moderne de la chaise vide qui attend, entre ciel et terre, que les artistes viennent y porter le rêve du monde.
Nous venons d’inventer pour l’occasion une « petite machine à faire le point sur le monde » avec laquelle nous travaillons dès aujourd’hui.
Vite, surtout venez, venez, venez regarder la beauté triste d’une chaise vide.
Les Regardeurs sont à leurs pieds.
Nous y serons tous les jours et aux horaires prévus (de 8h00 à 9h15, de 12h30 à 13h30, de 15h30 à 16h30, de 18h00 à 20h00).

LES SOUFFLEURS COMMANDOS POETIQUES ET ART’R

Pour Les Regardeurs à Paris, les Souffleurs commandos poétiques et Art’R sont soutenus par la ville de Paris, la DRAC Ile-de-France, la Région Ile-de-France
Avec la complicité de Immobilière 3 F





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