L’autre côté du mur

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L’autre côté du mur

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par Nicolas Romeas
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Je connais un gars, il a rien compris au théâtre, il croit que le théâtre c’est un art, de la musique, de la peinture, de la poésie, des âmes qui se frottent l’une l’autre. Ou bien un truc fait de tout ça qui prendrait vie dans le rythme des corps, de leurs corps, de nos corps, dans le souffle même de l’émotion au moment précis où ça se passe, avec nous, sans qu’on comprenne ce qui se passe, la poésie.

Pas celle des livres, non, tu sais, du verbe poeien, ceux qui fabriquent des bribes de monde où chacun peut habiter un instant, attrape-le si tu peux ou gardes-en le souvenir, juste un instant, bref, fugitif, ensemble dans ce radeau balloté sur l’imm[...]

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1 commentaire(s)

Brigitte Hautefeuille 13 avril 2016

Spectacle vivant, spectacle qui vit. Spectacle, un plateau, des comédiens, du mouvement, des fragments de décors, de la lumière. Un texte. Le spectacle éphémère de la vie. Qui prend la vie comme raison d’être. Le vivant, avec ce qu’il contient de blessures, de tentatives d’adaptation, d’invention, d’adresse des corps, de pouvoir de la langue sur les hommes, des trouvailles de la langue par les esprits.

C’est l’histoire de Libellule et de son frère mort. Ils partagent leur vie avec un certain nombre de personnages. Ils se parlent entre eux, se parlent à eux-mêmes, ils agissent dans une langue à chaque tableau renouvelée.

Et quand les fautes de langage deviennent langue, c’est la joie du mot trouvé qui vous inonde. Lazare peut utiliser un langage d’enfant qui parle avec des fautes. Une langue d’étranger qui parle en faisant des fautes de français. Il écrit en faisant des fautes de français qui donnent une véracité dans la bouche de la mère « c’est un retard du scolaire » « le retard d’école », c’est l’école qui prend du retard sur les capacités de Libellule. Et non, l’inverse. C’est la société qui est malade, et pas nous. La sœur de Libellule, ce n’est pas elle qui est malade, c’est parce qu’elle a trop de cheveux.

Libellule, qui se laisse tout prendre surtout la parole, par son double, enfant mort-né désirant vivre, à la langue pure jusqu’à sonner lyrique.
Mais la langue des autres accroche sur les mots, accroche le lecteur spectateur, écorche les mots et nous fait jubiler. Dans le flux de la langue, se crée la phrase nouvelle celle qui va donner la nouvelle idée, s’invente une chorégraphie, des mouvements du corps arrêtés en pleine course et qui, dans un souffle, repartent sur une nouvelle trajectoire.

Les mots des chansons, des ritournelles qui bercent l’enfance, dont s’emparent les enfants, qui font leur joie, comblent leur excitation. Une ritournelle chasse l’autre. Un mot entraine une nouvelle ritournelle et sur la vague des mots surfent les corps. Les instruments se mettent à jouer.

Langue poétique enfin, qui fait entrevoir un monde différent, des collines, et philosophique dans cette adresse à Libellule « on t’ouvrira jamais, y a pas de porte » ou le double qui vient quelque part dans l’action contrecarrer, rassurer « t’es normal parce que tu es ». Ou encore philosophie concrète, essentielle : « la pluie tombe et quand elle tombe c’est de la pluie. »
"Au pied du mur sans porte" de Lazare se joue quelques jours en avril (entre deux giboulées) au Théâtre des Abbesses.

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