Grèce : de l’émigration à l’immigration…

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Grèce : de l’émigration à l’immigration…

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par Mélanie Vallaeys
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Ce mardi 16 mai avait lieu au Théâtre de la Ville à Paris, la projection de six différents courts-métrages grecs traitant de l’immigration sous différentes formes. J’étais curieuse de découvrir ces films et je ne fus pas déçue. Ces courts-métrages qui témoignent de la situation financière actuelle de la Grèce m’ont fait voyager à travers différentes époques et visions de ce pays : la Grèce, toujours affaiblie par une crise financière dont on ne voit pas le bout.

Dès les premières minutes du film qui ouvre la série, je suis plongée dans l’évocation d’une Grèce en pleine guerre civile, marquée par l’exode grandissant de citoyens grecs fuyant le pays. Les nombreuses images d’origine et les chants traditionnels qui composent le film me donnent le sentiment d’en faire partie et d’être projetée dans cette culture grecque qui m’était inconnue.

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Je vis avec les personnages cette immigration, cette volonté, dans les deux premiers courts-métrages sous forme de correspondances, (Lettre de Charleroi et Lettres d’Amérique) de fuir un pays en souffrance, sur les plans économique et social. Fuir est le mot d’ordre, rejoindre l’Amérique ou la France pour y construire une nouvelle vie et essayer de vivre ce rêve américain qui offre tant d’illusions.

Le troisième court-métrage, Amerikanos, donne une continuité à ce rêve américain, dans une époque plus contemporaine, à la fin du vingtième siècle. Quarante ans après la fin de la guerre civile, cette idée de fuite reste d’actualité. Elle témoigne des difficultés de l’État grec à sortir la tête de l’eau et à se relever des problèmes financiers qui altèrent continuellement le pays. La caméra subjective qui suit la nouvelle vie de Toni, le personnage principal, m’interpelle : son utilisation n’est pas seulement stylistique. Elle a un but précis : rendre l’émigration et ce que Toni traverse universel. Faire que le spectateur s’identifie et partage ce que vit le personnage, vivre son intégration dans un pays qui, culturellement, est à l’opposé de la Grèce.

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Les trois derniers films se déroulent à notre époque et traitent d’un sujet différent. Grâce à eux, j’ai pu assister au changement de la Grèce qui, de terre d’émigration est soudainement devenue terre d’immigration. L’immigration s’ajoute à la crise financière qui fait rage et devient le nouveau sujet préoccupant, ce qui n’arrange rien à la situation financière du pays. Dans la réalisation de Dimitris Nakos, 4 Mars, nous faisons face à une image très difficile de l’immigration en Grèce. Une jeune immigrée ukrainienne travaillant pour une vieille dame grecque essaie de vivre malgré le manque d’argent et en vient même à vouloir lui voler son argent. Une quinzaine de minutes suffisent pour que je ressente un malaise. La tension est portée à son maximum durant tout le film. Je réalise à quel point l’immigration peut être cruelle dans un pays en crise.

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Chaque jour, de plus en plus de migrants débarquent en Grèce de manière illégale, augmentant ainsi une hostilité grandissante à leur égard. Les deux derniers courts métrages, ceux qui me touchent le plus, représentent cet état d’esprit prédominant. Mais, au lieu de donner à voir une fois de plus un sentiment anti-migrant, ils proposent une vision adoucie de l’immigration en Grèce. Le premier, Tzafar, réalisé par Nancy Spectsiotis, dénonce le racisme des populations grecques envers les migrants. Mais l’image arrêtée pleine d’optimisme qui termine ce court-métrage, prônant l’acceptation des migrants en tant que membres égaux de la société grecque, est très émouvante.

Le deuxième court-métrage poursuit cette idée d’acceptation des migrants. On suit le point de vue d’une jeune femme grecque qui, en ratant le bateau qui devait l’emmener sur une île, se trouve plongée dans une nouvelle culture, celle d’immigrés vivant dans une même communauté, et se lie d’amitié pour eux. Rires et danses émaillent ce court-métrage, on voit alors l’immigration d’un autre œil, plus proche. Belle vision de la vie en communauté et de la cohabitation entre Grecs et migrants qui ont fui leur pays. En revanche, la fin du film est sèche, soudaine, difficile mais parfaitement actuelle. Le jeune migrant qui l’a aidé se fait demander ses papiers et emmener par la police.

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Cette fin qui contraste avec le reste du court-métrage et ouvre sur un sujet plus large, au centre de l’actualité de la Grèce, m’abasourdit. Il y a des gens qui veulent que ça change et qui essaient de sensibiliser le spectateur sur la situation des migrants.

Mélanie Vallaeys


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