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De "Allons z’enfants" à "Maréchal, nous voilà !"

Touche pas à mon "Identité nationale" !
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par Valérie de Saint-Do

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Il ne fait pas bon toucher à la version officielle de l’histoire de France, en ces temps au parfum délétère d’ "identité nationale" blanche et chrétienne. Ni de mettre en lumière les différentes formes de collaboration. Une professeure, et deux artistes en font les frais.

La première avait proposé à ses élèves de lire une lettre écrite par Ida Grinspan, ancienne déportée, dans le cadre de la Journée nationale du souvenir des victimes et héros de la déportation à Parthenay. Mais le contenu de la lettre, qui mentionne son arrestation par trois gendarmes à 14 ans, n’a pas eu l’heure de plaire à l’adjoint au maire aux affaires patriotiques (!!!), ancien gendarme. Priée de remplacer "gendarmes" par "hommes", la professeure s’est ensuite fait interdire la lecture du texte, par Xavier Argenton, maire (nouveau centre) de Parthenay. Saluons le pointilleux sens historique et souci du "devoir de mémoire" de l’élu, que le seul fait d’avoir désigné un adjoint aux affaires patriotiques aurait dû foudroyer de ridicule...

À Vallauris, un autre maire (UMP) s’est distingué en fermant en 24h une exposition qui avait l’heure de déplaire à une association de harkis, comme l’explique ci dessous son galeriste, Kamel Mennour.

 

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Zineb Sedira

"Zineb Sedira, que je représente depuis 10 ans et dont les œuvres sont présentes dans de grandes collections muséales telles celles de la Tate Modern, du Centre Pompidou et du Musée d’art moderne de la ville de Paris, vient de m’apprendre la fermeture immédiate de son exposition au Musée Picasso à Vallauris. (Voir ci-dessous l courriel de l’artiste.)
Dans sa vidéo "
Retelling Histories : My mother told me", Zineb Sedira interroge sa mère sur ses origines, la guerre d’Algérie et son arrivée en France. Une association d’harkis ainsi qu’un ancien général de l’armée française ont forcé le Maire de Vallauris à fermer l’exposition.
Une vidéo de la même série "
Mother, father and I", acquise par la Cité nationale de l’histoire de l’immigration il y a deux ans, passe en boucle quotidiennement."

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Photographie de Zineb Sedira

Enfin, le film Hors-la loi, de Rachid Bouchareb (auteur de Indigènes, de Little Senegal et plus récemment London river, qui a valu un ours du meilleur acteur au regretté Sotigui Kouyaté), subi les foudres de l’ombrageux et inénarrable Lionnel Luca, le même qui avait lancé l’indignation nationale contre l’outrage au drapeau, comme du Front national (mais y-a-t-il une différence ? )

"Bouchareb est un partisan (...) un irresponsable qui met le feu aux poudres de manière insupportable". "Autant Indigènes (le précédent film de M. Bouchareb, ndlr) était dans un esprit positif de réhabilitation, autant celui-ci est dans un esprit négatif et négationniste. Ca ne va pas se passer comme ça", a-t-il menacé. Ajoutant que le film sonnait le beau rôle aux porteurs de valises que lui qualifie de "traîtres".

Sa position rejoint exactement celle du Front national, qui annonce "une grande manifestation patriotique sur la Croisette" (on est prié de ne pas rire.)

 

Bien sûr, on attend du ministère de la Culture, qui n’a pas fait montre d’une tenue exemplaire au moment de l’affaire Marie N’Diaye, une réaction vigoureuse à ces censures et tentatives d’intimidation d’artistes et de programmateurs. On risque d’attendre : le ministre est occupé à préserver la cour Napoléon du Louvre des envahisseurs inRockuptibles.

Alors, face à tant de médiocrité aux relents de "pétainisme transcendental", pour reprendre l’expression d’Alain Badiou nous nous contenterons d’en appeler à la mémoire de notre ami Francis Jeanson, disparu l’été dernier, grand homme de culture et porteur de valise, et de souhaiter que de nouveaux combattants de sa trempe se lèvent...

Annexe :

Communiqué de Maurice Fréchuret, directeur du musée Pablo Picasso

Retelling Histories, (titre français : « Histoires re-racontées, et ma mère m’a dit ») est une vidéo actuellement présentée au musée Pablo Picasso, La Guerre et la Paix à Vallauris, dans l’exposition consacrée à l’artiste française, d’origine algérienne Zineb Sedira.
Cette œuvre a été réalisée en 2003. Il s’agit d’un récit autobiographique de la mère de l’artiste qui, dans un entretien avec sa fille, relate les épisodes vécus par elle durant la guerre d’Algérie à Bir Snab au Sud Ouest de Constantine. Le rôle des soldats français y est relaté de la même façon qu’est évoqué en trois occasions celui des Harkis. (Une fois pour dire que ces derniers donnaient des ordres aux familles, une autre pour dire qu’ils servaient d’interprètes, une dernière pour relater l’épisode d’une femme emmenée de force par les hommes). La caméra fixe enregistre objectivement les paroles prononcées sans aucun effet de dramatisation. Le ton de l’interviewée ne recèle aucun signe de haine et d’esprit de revanche. « C’était la guerre… » est la phrase qui conclut l’entretien.
Cette vidéo a été présentée de nombreuses fois, tant en France qu’à l’étranger et est conservée dans les collections publiques et privées, notamment à la Cité de l’Immigration à Paris qui en a fait l’acquisition et qui présente de manière permanente dans ses salles d’exposition une vidéo de la même série « Mother, father and I ». Elle a été vue récemment au Centre d’art Vidéo K de Pau et à l’Espace Electra à Paris et de nombreuses autres fois dans des festivals de films.
Depuis 2003, date de sa réalisation, les différentes présentations de la vidéo n’ont donné lieu à aucune réaction publique.
Dans la première version présentée, le sous-titrage français apparaissait le mot « collaborateur », donné comme la traduction du mot « harki ». Consciente de l’émotion suscitée et à la demande de la Direction des musées nationaux du XXème siècle des Alpes-Maritimes, l’artiste a compris la connotation que ce dernier avait dans notre pays et a procédé à son retrait immédiat dans une nouvelle version. En procédant de la sorte Zineb Sedira a clairement manifesté son désir de ne choquer personne et de n’adopter aucune posture offensante à l’adresse de qui que ce soit.
Elle œuvre avant tout en tant qu’artiste qui, à l’écoute du monde, entend rendre compte de ce qui l’anime, dans ses moments paisibles aussi bien que dans ses moments de crise.




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