Elle s’appelle Lior

PARTAGER CET ARTICLE ► 
|  Article suivant →
Archipels #2 est enfin là !
Bienvenue aux insatiables !



L’Insatiable est un journal culturel en ligne d’informations de débats et d’humeurs sur les relations entre l’art et la société. Notre travail consiste à faire découvrir des équipes et des artistes soucieux d’agir dans l’époque pour mettre en valeur des actions essentielles, explorer des terres méconnues et réfléchir ensemble aux enjeux portés par l’art et la culture dans une société en voie de déshumanisation.

Faire un don

< Articles sans abonnements

Elle s’appelle Lior

PARTAGER ►

par Clémentine Balayer
Télécharger la version PDF  Version imprimable de cet article Version imprimable



C’est au Cent-quatre, à Paris, lieu de « partage culturel, » que le 23 mai précisément à 20H30 s’est amarrée cette fois Lior Shoov. Chanteuse, clown, musicienne, tribun, vagabond, elle est venue se livrer et nous livrer à nous-mêmes.

JPEG - 60.8 ko
Crédit ©Nicolas Cytrynowicz

Elle entre en scène comme ça, vêtue d’un long tissu ample, un t-shirt, un genre de Marcel. Sur le muscle de son bras, elle a enroulé un tissu rouge. Elle est coiffée, ou non, plutôt légèrement décoiffée, les cheveux assez courts. Sa silhouette est fine et athlétique, sa démarche est volontairement saccadée… Elle laisse son corps s’envelopper sur lui-même, sur elle-même. Elle le laisse choisir. Puis se tourne, se plie, comme si elle voulait en extirper la moindre retenue, la moindre gêne, la moindre timidité. Pour démarrer son rituel, elle se murmure à elle-même quelque chose… Comme pour se réconforter, se calmer de son anxiété. Les murmures qu’elle s’adresse nous parviennent de sa voix douce, réconfortante. En fait, ils nous exhortent à les laisser nous traverser. Ils nous aident à lâcher prise, à abandonner nos conventions, nos jugements, le confort de vies trop bien rangées.

C’est une invitation au voyage.

JPEG - 53.3 ko
Crédit ©Nicolas Cytrynowicz

L’artiste marche et fait le tour de ses instruments posés en cercle au centre de la scène, comme s’ils l’attendaient. À chaque pas, elle s’approprie son corps, son vêtement, qui semble la restreindre, qu’elle tire comme pour en expulser le superficiel, comme si elle tentait de se mettre à nu. Ça nous dérange un peu, bien sûr, mais nous sommes très vite apaisés. Déjà émus de ce que nous avons accompli en laissant nos émotions nous caresser.

« Come. I’ll take your hand. Don’t be afraid… to be afraid with me » chante Lior.

JPEG - 78.3 ko
Crédit ©Nicolas Cytrynowicz

Sur la scène, transformée depuis son arrivée en paysage, trois lampes suspendues éclairent la tribu que nous sommes soudain devenus. Lior les fait voler au-dessus de nous, comme des boules de feu. Elles se promènent au-dessus de nos têtes, réveillant des ombres poétiques venues partager cet instant. Nous assistons à la renaissance de nos corps et de nos âmes au rythme des doigts de Lior sur son petit piano à pouce, appelé Senza.

Chaque chose qu’elle touche est une musique, son ukulélé, ses clochettes, son charango, mais son corps, ses paumes, sa bouche, le sol, ses joues, mais sa voix…

Le plus envoûtant d’entre tout, un cri, un balbutiement qui a la fureur de dire, un accent africain, hébreu, ou simplement le sien. Il vibre en nous comme une corde, et nous emmène sur une route où le soleil se lève, ou se couche. Parfois c’est une parole, fragile, d’une douceur extrême, qui se confesse doucement. Avec un naturel troublant elle joue des différentes facettes de ce qu’elle est. Timide mais libre, innocente mais vraie.

JPEG - 303.5 ko
Crédit ©Nicolas Cytrynowicz

Elle offre ce qu’elle a sans s’exhiber. Elle se met à nu mais ça ne me dérange plus. Au contraire, ce qui apparaissait il y a peu comme de la folie se révèle être une existence plus libre, hors normes, loin des préceptes que cette société nous enjoint de suivre. La vie est là.

Lior Shoov nous entraîne sur son chemin. Il faut du courage pour le trouver. Elle nous le dit, son énergie la fait bouger sans cesse. Elle a cette peur paradoxale et surprenante de rester sur place, au même endroit, quand nous redoutons l’inconnu. Cet esprit nomade est celui d’une quête.

C’est une ode à la vie.

Ce soir, même si elles sont intérieures, nos larmes sont des larmes de joie, reflets de la plénitude de se sentir vivant. L’émotion est sensible dans toute la salle. On se regarde tous, les uns les autres ; c’est nous qui sommes les fous, coincés dans nos mondes sans lumière.



Cette femme est venue nous prendre dans ses bras. Nous l’aimons pour ce qu’elle nous donne a voir et à ressentir, pour ce qu’elle se permet d’être. Pour sa sincérité et sa pudique retenue qui se perçoit par instants dans sa voix. On voudrait l’enlacer à notre tour.

Alors que nous nous levons un à un pour l’applaudir, Lior est émue, visiblement. Elle appelle une femme, Anne, qui la rejoint avec son accordéon et caresse les cheveux de l’artiste. Ensemble elles chantent The boat, et leurs regards partent sur une route unique. C’est une ode à l’amour.

Clémentine Balayer

Prochaine escapade française de Lior Shoov, le 13 juillet à Arles (13) au Festival Convivencia, à 12h !

C’est ici pour écouter son album

Ici pour l’écouter en vrai


fake lien pour chrome



Partager cet article /  



<< ARTICLE PRÉCÉDENT
Ex Nihilo, d’un monde à l’autre...
ARTICLE SUIVANT >>
L’enfant et les sortilèges, un opéra de Maurice (Ravel) et(...)





Réagissez, complétez cette info :
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.


Signalez un problème sur cet article :


Annonces


Brèves

« Où l’art se fera-t-il ? » Les 10, 16 et 17 décem­bre, au B’Honneur des Arts, salle de la Légion d’hon­neur à Saint-Denis.


Du 30 novem­bre au 3 décem­bre 2017
Vernissage jeudi 30 novem­bre de 18h à 22h.L’ hybri­da­tion est à la mode. En art, la pra­ti­que n’est pas nou­velle, mais à l’ère des images de syn­thè­ses, des OGM et des pro­thè­ses bio­ni­ques que peu­vent les artis­tes aujourd’hui ?


Installations, spectacles, tables rondes
projections, concert, brunch et autres réconforts...
De 11h00 à minuit



Le deuxième numéro de la grande revue franco-belge art et société est arrivé, com­man­dez-le main­te­nant !


L’infor­ma­tion ne devrait pas être une mar­chan­dise, mais elle est de plus en plus sous la coupe des pou­voirs finan­ciers et indus­triels. Pour faire vivre une presse libre, jour­na­lis­tes et citoyen•­ne•s doi­vent inven­ter d’autres modè­les économiques, émancipés de la publi­cité et des action­nai­res.