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El Barrio, poète du flamenco urbain

Thématique(s) : Inclassables, improbables, incasables Sous thématique(s) : Musique , Chant , Flamenco
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Jose Luis Figuereo Franco, El Barrio, poète, compositeur, chanteur, leader du groupe éponyme, a créé un style unique de flamenco infiltré par le rock, la pop et d’autres genres musicaux. Il tient à rester indépendant du système de production commercial et médiatique et à contrôler tout le processus, de l’écriture des chansons, l’enregistrement, la production, la diffusion des disques jusqu’à l’organisation des tournées. Après trois ans de silence et avant d’entamer une prochaine tournée à partir du 15 janvier 2015, El Barrio sort un nouveau disque Hijo del Levante (Fils du levant) dans lequel il aborde des sujets de la vie quotidienne, des questions d’actualité sociale : la violence, la maltraitance des femmes, la maladie d’Alzheimer…

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Une trajectoire hors cadre

El Barrio n’hésite pas à choquer les puristes, les défenseurs des traditions flamenco, en se l’appropriant et en le contaminant par le rock, la pop, jazz, la rumba, les rythmes et les thèmes africains ou arabisants. En 17 ans de carrière il a imposé son style et l’a rendu populaire au point qu’il fait aujourd’hui partie des rares auteurs-compositeurs qui remplissent pendant plusieurs jours des salles de 16 000 places comme le Palais des Sports à Madrid. 11 000 billets sont déjà vendus pour son prochain concert dans cette gigantesque salle qui inaugure le 15 janvier 2015 sa longue tournée à travers toute l’Espagne et au-delà. Né en 1970 à Cadix, profondément enraciné dans les traditions et la culture populaire andalouses, il ne cesse de s’en inspirer dans ses textes et sa musique nourris par l’actualité et par d’autres sources et genres musicaux. Il se fait remarquer à 9 ans comme guitariste flamenco.

À 14 ans il se produit dans des cabarets de Cordoue et de Madrid accompagnant des chanteurs comme Juana la del Revuelo puis à la fin des années 1980 des danseurs de la taille de Antonio Canales, Sara Baras. Il écrit, compose et chante, et gagne sa vie comme soudeur. En 1996 Ediciones Senador enregistre son premier disque Yo sueño flamenco (Je rêve flamenco). Figuereo Franco prend le surnom de El Barrio en hommage à son quartier natal à Cadiz. On l’appelle aussi El Selu.

Le démarrage est difficile, il ne s’inscrit dans aucun cadre, aucune catégorie porteuse et vendeuse. De fait El Barrio invente une sorte de flamenco urbain où le lyrisme et la modernité fusionnent dans un langage imprégné d’expressions argotiques et gitanes. Sa voix forte et profonde rappelle celles des grands chanteurs de flamenco.

« Je me nourris de tous les genres. J’ai une dévotion pour Paco de Lucia mais j’ai été énormément influencé par le mouvement Heavy et des groupes de rock andalous des années 1970 et 1980 comme Triana, Medina Azahara. »

Dans sa poésie, proche de celle des grands poètes de la Génération 1898, on retrouve le ton surréaliste d’Alberti, l’élan, la liberté gitane de Lorca, l’excès et la passion de Miguel Hernandez.

À partir de 1999, avec son album Mal de amores (Mal d’amours) El Barrio commence à gagner une audience plus importante hors de l’Andalousie. Il perce lentement, la promotion, le rapport aux médias n’ont jamais été son fort. La foule des journalistes et des photographes l’effraie. Me voy al mundo (Je vais par le monde) lui vaut en 2002 son premier disque d’Or. Le succès vient en 2003 avec Angel malherido (Ange blessé). Sa popularité ne cesse de croître avec ses albums successifs Las playas de invierno (Les plages d’hiver, 2005) La voz de mi silencio (La voix de mon silence, 2007), Duermevela (Demi-sommeil, 2009), Al Sur de la Atlantida (Au Sud de l’Atlantide, 2010), Espejos (Miroirs, 2011), Hasta el fin de los tiempos (Jusqu’à la fin des temps, 2012).

Une lésion des cordes vocales l’empêche pendant trois ans de chanter. Durant cette traversée du désert El Barrio travaille, écrit des textes et des musiques pour son nouveau CD, El hijo del Levante qui marque un tournant dans sa trajectoire.

Réancrage dans le concret du quotidien

Le titre du dernier album de El Barrio fait référence à la force impétueuse du vent du Levant qui arrive à Cadix depuis l’Afrique en traversant le détroit de Gibraltar, métaphore d’un souffle violent, vital qui ramène à la vie.

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« Le contenu de cet album avec 15 titres explique-t-il, est plus personnel, ancré à la fois dans ma propre expérience et dans des situations quotidiennes et les problèmes que connaissent les gens aujourd’hui. Je me suis inspiré de petites histoires, de petits contes, des expériences de ma vie : amour, désamour, rupture, amitié, souffrance, perte d’êtres chers, absence. Je parle aussi du parcours de l’enfance à la maturité, des faits de société comme la violence contre les femmes, de la maladie d’Alzheimer, d’une histoire d’amour gommée par cette maladie. Cet album est un chant d’espérance. Ce qui a changé avec ce disque c’est l’ambiance, la façon plus poétique d’aborder les sujets et les situations graves, dures, douloureuses que les gens traversent dans la crise. Je ne cherche pas à les consoler, j’essaie juste de leur apporter un regard plus positif. »

À partir de son album Angel malherido (2003) El Barrio est devenu son propre producteur. « Pendant plusieurs mois je travaille en solitaire. J’écris, je compose, je fais tous les arrangements moi-même et j’enregistre dans le studio que j’ai construit dans ma maison à Cadix. C’est essentiel pour moi d’être indépendant, de faire moi-même tout le travail depuis le début jusqu’à la promotion. J’ai beaucoup de respect pour mon public, je n’ai pas le droit de le décevoir. Je suis contre l’augmentation de la TVA à 21 % en Espagne qui ruine la culture et la création artistique. Depuis trois ans je n’ai pas augmenté le prix des places pour mes concerts pour ne pas pénaliser le public. Mais je ne peux pas le baisser, car le coût de la production est en hausse. J’essaye de le limiter en consacrant le minimum d’argent à la promotion. Mon nouveau disque est le meilleur moyen de promotion. Dans la prochaine tournée qui, sans doute, passera par quelques villes en France où j’ai déjà chanté, à côté des nouvelles chansons je reprendrai quelques anciennes qui constituent une sorte de mémoire de mon parcours. »

Propos de El Barrio recueillis dans un entretien, le 20 octobre 2014.

CD El Barrio Hijo del Levante.
Distribué par Sony Music Entertainment.
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