Descente en enfer (2020 - Je me souviendrai)

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Descente en enfer (2020 - Je me souviendrai)

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par Olivier Schneider
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L’Insatiable a reçu ce message de notre ami Olivier Schneider, depuis Douarnenez, accompagné des poèmes que nous publions ci-dessous avec des images de Fanny Pénin et Mauricio Leonardi offertes par le collectif La Rumeur :

Depuis mars, je ne sais pas très bien quel article rédiger, qui soit à la hauteur de mes questionnements, comme des tiens je suppose. Je t’envoie tout de même cette suite de petits textes qui sont la seule façon que je trouve de répondre à tout cela. Tu peux la glisser dans l’Insatiable, si tu le juges nécessaire, sinon je te la confie amicalement, en attendant que je trouve la distance nécessaire à la rédaction d’un article...

Photographie © Maurizio Leonardi

Un enfant ça dessine des visages

pas des fantômes

des sourires des gens

pas des bandeaux bleus

pas des voix qui se taisent

ou qui parlent sans qu’on les comprenne

Un enfant ça n’étouffe pas

sous l’ordre angoissé des parents

un enfant ça sourit

même en temps de pandémie

et ça sourit même

aux gens qui ont peur

des sourires des paroles et des gens

aux gens qui gardent leurs masques

devant un enfant qui leur parle

Un enfant ça dessine des visages

même quand ça n’a plus de visages.

Photographie © Fanny Penin

UN ENFANT ÇA PEINT CENT VISAGES

DES NOIRS, DES RONDS, DES CARRÉS

DES PETITS TRESORS D’HUMANITÉ

DES GAIS, DES BEAUX, DES FACHÉS

ET MÊME PARFOIS DES VISAGES

QUI NE RESSEMBLENT À RIEN

ON NE LEUR EN VEUT PAS

ILS NE FONT QUE LES PEINDRE.

J’EN VEUX À CEUX QUI NOUS IMPOSENT

LE MASQUE DE LEUR SOMBRE DEFAITE.

Photographie © Fanny Penin

Ils y tenaient à me maintenir en vie

Ils y tenaient contre mon avis

ils ont brisé mes ramures

ils ont coupé mes ramures

ils m’ont éloigné des êtres les plus chers

ils m’ont assujetti à leurs vues

et pour autant ils m’ont privé de soin

car j’étais sans espoir.

Ils m’ont privé de loisir,

du plaisir de voir des amis,

ils m’ont brisé,

et privé de sourires,

du sourire des autres,

puis de mon propre sourire

Ils m’ont interdit les gestes amicaux

qui me rendaient heureux,

interdit aussi le parfum de la nature,

et le chant des oiseaux,

interdit de voir le cœur humain,

et de me joindre avec d’autres,

physiquement,

du questionnement du monde,

il fallait que je vive,

sans voix, sans goût,

sans vie,

avec le dégoût de la vie

Ils voulaient que je vive malgré tout,

comme un corps qu’on objecte -

Alors on m’a gavé de friandises,

de divertissements virtuels,

et d’avertissements en ligne.

J’ai plié la nuque,

j’ai cédé,

mon cœur battait encore,

j’étais prêt à travailler,

pour eux,

qui m’avaient tant donné.

Photographie © Maurizio Leonardi

Seul au milieu des sans visages

Je me sens moins vulnérable

J’ai le sourire franc

Je suis dans la dimension du bonheur

de l’échange

Certains se disent

« Il faudrait l’abattre,

ou bien l’éliminer,

car c’est à cause de lui

tout ça,

et c’est à cause de lui, et de ceux-là,

que ça ne finira jamais.

Il faudrait le lui dire,

mais on ne peut pas,

car on ne lui parle pas,

il est – la liberté. »

Photographie © Fanny Penin

Un monde sans visages

est un monde où les corps se cognent

où les paroles hurlent et blessent

et où l’esprit s’abaisse.

J’ai vu des enfants en cages,

et je ne m’en remets pas,

même si c’est loin,

mais on sait bien,

que ce qui est loin aujourd’hui

devient tout près,

nous sommes des frères d’indignité,

des complices,

des humains inhumains,

des sadiques -

nous sommes le peuple relié

contrôlé, et masqué

le monstre planétaire.

J’ai vu ceci et cela,

je l’ai vu et le reverrai,

car aujourd’hui le regard

est fait pour accepter,

on s’émeut, mais au fond,

on s’habitue.

Les humains pourchassés,

les enfants enfermés,

les images s’amoncellent

comme les trophées de l’armée

en campagne dans les brousses innocentes -

comme le plus ignoble des conquêtes coloniales.

Mais les colons d’aujourd’hui

vont du virtuel

coloniser le réel.

Photographie © Maurizio Leonardi


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