Une brèche ou une friche : la Briche !

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Une brèche ou une friche : la Briche !

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par Oriane Grellier
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La Briche est une ancienne zone industrielle de 20 000 m2 située à Saint-Denis dans la région parisienne. Depuis 20 ans, ce casse-fonte d’origine s’est progressivement transformé en ateliers réunissant des artistes et de nombreux corps de métiers, dans un bel esprit de rencontres et de cohabitations inopinées !

La Briche est un site privé. Dans les années 1920, un inventif Auvergnat l’investit avec sa brouette. Vingt ans plus tard, les locaux se modernisent et une tour portant un poids d’une tonne est érigée afin de réduire en pièces les carcasses placées en dessous. La zone devient un lieu de recyclage du métal, un ferrailleur. C’est pourquoi, au pied de cette « tour à éclats », la structure du bâtiment est solidement renforcée pour pouvoir encaisser les chocs des pièces de métal éjectées. Le terrain se transmet d’une génération à l’autre et la petite-fille sera la dernière à grandir dans la meulière qui borde l’entrée.

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Le Ratelier © Oriane Grellier

En 1995, Nicolas Cesbron, un artiste travaillant le bois, cherche un atelier. Il s’installe alors au Ratelier de la Briche, où il restera 9 ans. Dans les autres locaux travaillent des menuisiers, des costumiers et d’autres artisans qui défileront l’un après l’autre. Petit à petit, Nicolas plante un jardin, puis il finit par se construire une maison, en bois naturellement. Sous le grand hangar central, Médecins sans Frontières et Paris quartier d’été y ont élu domicile. Intéressé par l’espace du fond, Nicolas obtient en 2004, un droit de passage sur le côté du hangar et se déplace au pied de la « Tour à éclats », toujours présente. Il rénove tout de même 500 m2 de toiture et l’ensemble du système électrique, puis lui vient une idée folle : il décide de faire une ouverture pour installer un bateau, à présent suspendu au dessus de ses travaux.

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La Briche Foraine © JO MRKS

Ensuite, il y aura la vague des « Brichoux », ces tout jeunes artistes qui, grâce à un stage effectué au Ratelier, découvrent la Briche et décident de s’y installer. Au départ, ces artistes sont en majorité issus de la prestigieuse école Éstienne, dans le 13ème arrondissement de Paris, mais aussi d’autres écoles…

Aujourd’hui, ils sont plus d’une cinquantaine à se partager la dizaine d’ateliers. Bien qu’ils soient plutôt regroupés par spécialités, l’échange interdisciplinaire n’est jamais tout à fait exclu. Dans le grand Hangar central, au Ratelier et à l’Atelier du Lapin, on travaille le métal, le bois ou encore la résine. Chez Orcanette et L’Impossible est en Cours, c’est plutôt le textile, le design, les costumes, alors que le Droit Fil regroupe des ingénieurs du son et des constructeurs de meubles. Le Cabinet Pate Pelue s’occupe d’illustrations, de bijoux ou de communication visuelle et Ubagang fait des mosaïques, des fresques, vitraux et des matériaux de synthèse. L’Atelier Jaune Door gère des décors et de l’art libre, Unica Série est un atelier de sérigraphie. Désormais reconnue, la Briche se fait un nom : les Brichoux créent un label, le « madeinbriche », qui fédère et promulgue leurs créations.

De son côté, la génération « Brichcards », les anciens, comme Nicolas Cesbron (bois) et Jean Mathieu Fourt (metteur en scène / acteur) sont indépendants. À la Briche, il n’y a donc pas que des artistes-artisans. Jean-Mathieu, qui habite sur les lieux mais travaille plutôt avec le café culturel de Saint-Denis et le GITHEC [1], met en place un théâtre participatif formé de professionnels et d’amateurs. Récemment il a monté un spectacle « avec des fous sur la folie ». Au total, ils sont six ou sept à habiter les lieux de manière légale. Une fanfare, les Météors, et un groupe de rock, les Requins Dynamite, animent régulièrement les évènements.

À la différence de son proche voisin le 6B, la Briche n’a ni hiérarchie, ni organigramme. La gestion du lieu repose surtout sur le regroupement par atelier. Chacun est géré par une association qui paye de manière indépendante le loyer et assume son bail précaire. D’ailleurs, on parle souvent des artistes de la Briche, mais on oublie que le lieu héberge également des entreprises comme ATS un prestataire d’assurance, TAD des déménageurs, SIVA un grossiste de produits exotiques, ainsi que TIGROO PNEU spécialiste de la vente de pneus. Depuis peu, un « pôle médical » s’est également formé autour d’une ostéopathe et d’un cabinet de médecine chinoise. Le terrain réunit donc des ateliers d’artistes et d’autres locataires qui sont dans une logique plus commerciale. Il semblerait que ce soit également dans cette diversité que le lieu trouve son équilibre.

La fête a toujours fait partie de l’esprit du lieu et elle est d’ailleurs l’occasion de créations multidisciplinaires en rassemblant les artistes de la Briche. Au début ils organisaient l’Art dans la ville, avec l’ouverture des ateliers au public, puis est venue l’idée d’une fête foraine : la célèbre Briche Foraine, organisée dans les locaux à chaque printemps. Victime de son succès, la 3ème édition a accueilli l’année dernière plus de 7000 personnes en un seul weekend, un afflux difficilement gérable pour un événement qui voudrait éviter de recourir à un service de sécurité. Cette année, la Briche Foraine n’aura donc pas lieu, mais en septembre, une exposition sera organisée sur une esplanade au bord du canal, dans le cadre du projet Agenda 21. Les artistes se grefferont à cet événement rappelant l’importance du développement durable et de l’écologie à l’échelle des collectivités locales.

Selon eux, l’art doit résonner avec un territoire. C’est pourquoi lors de la dernière fête de quartier, certains ont organisé l’exposition d’art sous la grande halle du marché de Saint-Denis. Ils participent aussi chaque année à la célèbre Fête des Tulipes de Saint-Denis, moment de ferveur collective, et ont également exposé au marché de Noël.

La petite-fille du propriétaire est malheureusement décédée récemment. La Briche, c’était son terrain de jeux d’enfance, elle y était attachée et très heureuse de ce que les locaux sont devenus. La succession dessinera l’avenir du lieu. Dans le plan d’urbanisme local, le terrain n’est pas constructible et est donc encore protégé pour quelques années des promoteurs immobiliers qui souhaiteraient y faire un ensemble d’immeubles neufs et lucratifs, comme aux alentours, comme partout.

Derrière la Briche, quelques chèvres entretiennent l’ex voie de chemin de fer...

Oriane Grellier

https://bricheforaine.wordpress.com




[1Groupe d’intervention théâtrale et cinématographique. Installé depuis 1993 à Pantin dans le quartier des Courtillières, le GITHEC, fondé par Guy Benisti et Christophe Ribet, intervient en Seine-Saint-Denis : Clichy-sous-Bois, Montfermeil, Sevran, Montreuil, Saint-Denis, Bobigny... et avec ceux qui réfléchissent « la place des exclus dans la société ».

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