Bienvenue aux insatiables !



Un journal culturel en ligne d’informations de débats et d’humeurs animé par l’ancienne équipe de Cassandre et celle du jeune Insatiable pour mettre en valeur des actions essentielles mais peu visibles, explorer des terres méconnues, faire découvrir des équipes et des artistes soucieux d’agir dans l’époque et, surtout, réfléchir ensemble aux enjeux portés par l’art et la culture dans une société en voie de déshumanisation.


« Place aux femmes »
À Aubervilliers, un militantisme aux saveurs d’apéritif !

par Oriane Grellier


En avril 2011, quelques copines lassées de voir les terrasses des cafés de leur ville occupées presque exclusivement par des hommes lancent l’idée d’un rendez-vous régulier pour investir, elles aussi, leurs troquets de quartier. L’idée séduit des voisines, des amies, et aujourd’hui une soixantaine d’albertivillariennes forment le collectif Place aux femmes.


« On est chiantes, mais pas violentes ».

Un mardi sur deux, le collectif Place aux femmes se réunit dans un café d’Aubervilliers afin de (re)créer de la mixité dans les bistrots et l’espace public. Vous les avez peut-être déjà croisées au Roi du Café, rue Henri Barbusse, au Challenger, rue des Écoles ou plus récemment au Carrefour, avenue Jean-Jaurès. Autour de leur cou, un foulard à pois, leur signe de reconnaissance. Ronds, féminins et espiègles, les pois renvoient à l’identité de ce collectif où nombreuses ont connu les années 1970. Si le pois fait l’unanimité, la couleur du foulard varie et affiche leur goût pour la diversité. « L’important c’était qu’il ne soit pas rose » confie Maguy ; une couleur trop genrée, trop cliché, trop girly ! Même si les cinquantenaires sont à l’origine du mouvement, les jeunes ne sont pas rares et participent largement au développement du collectif. Au début, leurs valeurs étaient diffusées de façon locale, bouche à oreille et tracts faisaient l’affaire, mais depuis que Leila alimente le blog, le collectif peut parler à l’unisson et étendre sa visibilité.

JPEG - 376.4 ko

Au programme des rencontres : débats, ateliers d’écritures et organisation de temps forts tels que la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, le 25 novembre, ou prochainement la journée mondiale des droits des femmes, le 8 mars. Doux mélange de réflexion et de convivialité, ces apéros se veulent avant tout populaires. Le choix du café comme bastion manifeste une envie de détente, « le but n’est pas de se prendre la tête, on le fait aussi pour notre plaisir ». Pour ces femmes qui refusent d’intégrer des limites géographiques tacites, le militantisme commence par un verre de vin savouré avec insouciance. Sur leur table se trouvent des bières et des chips, tout comme des Monaco, de mignons petits crackers et parfois du « fait maison » (je leur fais remarquer que tout cela est habituellement associé à l’image de la féminité, ce qui fait réagir certaines…). Le but n’est pas de se « masculiniser » pour être acceptées, mais d’exprimer sa féminité comme on l’entend et cela, sans emmerdements.

Manque de mixité dans les cafés, à qui la faute ?

Pour les membres du collectif il est clair que les cafetiers ont leur part de responsabilité, comme l’explique Monique, initiatrice du mouvement « l’ambiance et l’esthétique du café influent beaucoup sur la clientèle ». Pas facile de prendre un verre au PMU du coin quand le sol est jonché de tickets de tiercé et qu’accoudés au comptoir, seuls des hommes fixent l’écran de télé qui diffuse des « sports de mec » en continu. « Depuis qu’ils ont fait des travaux au Roi du café, la clientèle a changé. On voit plus de femmes sur les chaises colorées qu’ils ont installés en terrasse ».

JPEG - 229.3 ko

À chaque rendez-vous, Place aux femmes « teste » un café. S’il les accueille plusieurs fois agréablement, elles peuvent lui décerner leur label. Neuf cafés d’Aubervilliers arborent déjà leur affichette « Bu et approuvé, ici les femmes se sentent chez elles, aussi ! ». Seule condition : le gérant doit signer leur charte « 1. Je m’engage à accueillir avec bienveillance et respect les femmes qui entreront dans mon établissement. 2. Je m’engage à créer les conditions d’un sentiment de sécurité en intervenant si nécessaire pour maintenir le respect mutuel ». À défaut d’être très précise, cette charte représente déjà une prise de conscience, car des femmes parfois il y en a, derrière le comptoir, « ça fait vendre » selon Monique. Plus rares par contre sont les consommatrices.


Le café, un meuble urbain.

Bien sûr les gérants de bar ne sont pas seuls responsables. Dans ce combat contre l’inégalité, le café n’est qu’une métonymie de l’espace public. Si en apparence il semble mixte et ouvert, son usage est bien différent selon le genre. Pour commencer « les filles sont les grandes oubliées des loisirs publics » explique Yves Raibaud, chercheur au CNRS, spécialiste de la géographie du genre. « Les skateparks et les citystades instituent, dans l’indifférence générale, la présence des mâles dans la rue », ainsi il est plus facile de penser que si les filles « préfèrent rester chez elles » c’est une cause et non une conséquence du problème. Voulant canaliser l’énergie et la violence des garçons, les collectivités entretiennent l’inégalité à travers la multiplication de ces équipements. Selon Charline Zeitoun, journal du CNRS « cela conduit à l’appropriation de l’espace public par les garçons, perpétuant un vieux classique de l’histoire de l’humanité, où la femme est reléguée à l’univers domestique de la maison. De plus, cette hypersocialisation des garçons par le sport et les cultures urbaines valorise le modèle d’une masculinité hégémonique »« et avec elle, les conduites viriles et leurs avatars, le sexisme et l’homophobie, lesquels sont en général moins prégnants dans des groupes mixtes », précise Yves Raibaud. La solution envisagée par la sociologue Édith Maruéjouls, dont la thèse porte sur l’usage féminin de la ville, serait d’inventer des équipements moins sexués et de « sortir du sport performance qui exclut toute idée de mixité ».

JPEG - 454.2 ko

À première vue, les femmes sont partout, dans la rue, les boutiques, les parcs et les transports, mais en réalité, souvent en mouvement, elles accompagnent, achètent, vont chercher. Elles flânent parfois, mais ici plutôt qu’ailleurs. La nuit, quand l’ombre des arbres se fait menaçante, la cadence s’accélère. « Les femmes immobiles dans la ville, ce sont symboliquement les prostituées », souligne Édith Maruéjouls. L’air de rien, la crainte s’installe dans leurs déplacements et initie les filles à des cartographies mentales évitant les zones anxiogènes. Heureusement, la problématique fait son chemin dans les politiques publiques. Depuis 2010, plusieurs agglomérations (Bordeaux, Toulouse, Paris, Montpellier) ont déjà réalisé des études de l’usage de ville par le genre. En parallèle, le succès du tumblr « projet crocodiles » (http://projetcrocodiles.tumblr.com/) contre le harcèlement de rue ou d’autres initiatives comme la campagne de la RATP « Face au harcèlement, n’attendons pas pour réagir » mettent en lumière des pratiques longtemps passées sous silence.

JPEG - 153.5 ko

Le collectif est-il féministe ?

Difficile à dire. Et finalement « On s’en fout ! On est bien ensemble » rigole Houria. Lorsqu’on aborde la question au café, le débat s’enflamme : « le terme féministe est connoté, on pense tout de suite à la femme anti-mec, à l’amazone ! ». D’autre part « l’adversaire s’est emparé du mot et l’a retourné contre nous. En faisant cela, on nous prive de ce débat où on doit se perdre en paraphrases. C’est déjà une forme de domination, le langage reflète la peur d’être cataloguée ». Tout comme le débat public contemporain, le collectif préfère parler d’égalité que de féminisme, ce gros mot qui fait peur. Place aux femmes souhaite encourager les femmes à investir les cafés, ce qui implique de ne pas exclure celles qui ne se retrouveraient pas dans l’esprit revanchard que l’on confère trop souvent au courant. « Les cafés doivent être féminins plus que féministe », souligne Telma. Aux rendez-vous, quelques hommes pointent parfois le bout de leur nez mais restent peu. Pour le collectif, ce serait se tirer une balle dans le pied que d’accepter d’être « accompagnées », « protégées » par une présence masculine.

Si vous voulez les rejoindre à l’occasion du 8 mars, le collectif reliera la Place de la Mairie d’Aubervilliers à la Place des femmes, un évènement qui laissera des traces…

Oriane Grellier.

Pour plus d’infos : https://placeauxfemmes.wordpress.com/










Annonces

Pour sa qua­ran­tième édition, le Festival de cinéma de Douarnenez choi­sit de ques­tion­ner la notion de Frontières. Frontière, non plus cette limite arbi­traire, cette bar­rière qui sépare mais plutôt zone d’échange. Frontière, un lieu qu’il s’agit d’inves­tir, un ter­ri­toire commun…


Brèves


Depuis 2003, le fes­ti­val de cinéma d’Attac « Images mou­ve­men­tées » s’emploie à infor­mer et à sus­ci­ter la réflexion col­lec­tive sur des ques­tions cru­cia­les de ce début de XXIe siècle en s’appuyant sur une pro­gram­ma­tion ciné­ma­to­gra­phi­que exi­geante et éclectique. Celle-ci asso­cie courts, moyens et longs-métra­ges, docu­men­tai­res et fic­tions, films fran­çais et étrangers, anciens et récents, ayant eu une large dif­fu­sion ou non. Le fes­ti­val accueille régu­liè­re­ment des avant-pre­miè­res.


Le Génie en Liberté est un Événement bien­nal, orga­nisé par le Génie de la Bastille.
Il pro­pose à un large public un par­cours cultu­rel dans le quar­tier du 11ème arron­dis­se­ment de Paris.


Tous les deux ans, la ville se trans­forme en un gigan­tes­que cas­te­let en accueillant le Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes qui réunit 230 com­pa­gnies et accueille plus de 150.000 spec­ta­teurs. En ce mois de sep­tem­bre aura lieu sa 19° Édition.


Cette his­toire simple, et les contrain­tes qu’elle nous impose, convien­nent à un théâ­tre sim­ple­ment arti­sa­nal. Pas de recours aux tech­ni­ques contem­po­rai­nes. Technique qui fut l’immense chan­tier d’Anders. « Le « trop grand » nous laisse froids, mieux (car le froid serait encore une sorte de sentir) même pas froids, mais com­plè­te­ment intou­chés ; nous deve­nons des anal­pha­bè­tes de l’émotion ».