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[Italie] L’invention collective d’une librairie « coopérative »

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par L’équipe
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« Io ci sto » est la première librairie italienne née de l’actionnariat populaire. Créée à Naples en juillet 2014 pour réagir à la disparition de nombreux espaces, elle réaffirme l’intérêt actif des Napolitains pour l’univers de la culture et en particulier du livre et la lecture. Une réaction encourageante face à une situation inquiétante.

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Le « noyau dur » de l’équipe. DR.

Le projet de « Io ci sto » (« je suis là », « je réponds présent ») est unique en Italie : créer la première librairie entièrement financée et gérée par les citoyens. Née d’une idée du journaliste Ciro Sabatino, cette initiative ambitieuse a été conçue pour satisfaire l’exigence d’inventer de nouveaux espaces culturels indépendants en ville après la fermeture récente de nombreuses librairies et maisons d’éditions napolitaines*. Un triste phénomène qui nécessitait une réponse forte et rapide de la part des habitants de la ville.

Tout a commencé le 13 mai 2014, le jour où Sabatino a lancé un appel à mobilisation qui a tout de suite circulé sur les réseaux sociaux. Son message : « les librairies ferment, et si nous ouvrions la nôtre ? » Aussitôt dit, aussitôt fait. La participation des habitants de la ville est allée au-delà des prévisions les plus optimistes et beaucoup de citoyens ont adhéré à l’association « Io ci sto » pour soutenir, chacun selon ses moyens, la création de cet espace collectif pensé pour nourrir leur passion de la lecture. Le 21 juillet les locaux ont donc été ouverts au public dans le quartier Vomero et chacun a apporté sa contribution, en fonction de ses possibilités, pour aménager l’espace. Petit à petit, toutes les étagères se sont emplies de livres et le 25 octobre la librairie a officiellement ouvert au public.

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Inauguration de la librairie à Naples. DR.

Alberto Della Sala, le libraire qui gère l’espace « Io ci sto », exprime une vraie satisfaction : « c’est un rêve qui est devenu réalité. « Io ci sto » est une librairie indépendante, fruit de la participation sans précédent des citoyens de la ville de Naples. Avec les 700 associés qui ont contribué à sa naissance par le biais de l’actionnariat populaire, ce lieu continue à grandir et inaugure en permanence de nouvelles sections, comme par exemple celle dédiée à la poésie, qui a été mise en place il y a quelques jours à peine  ». Un lieu de culture et d’échanges qui est né d’un sursaut d’énergie de la société civile, lié au penchant très affirmé des Napolitains pour « l’art de la débrouille ».

« Io ci sto » est une librairie généraliste tous azimuts, qui organise aussi des débats thématiques avec les écrivains, restant ainsi fidèle à son rôle d’espace de circulation de la parole. Elle organise également des rencontres dans les écoles et les universités pour inciter les étudiants à lire, ainsi que la formation de jeunes qui apprennent le métier de libraire. « Elle a aussi établi un pacte avec certains éditeurs indépendants  » souligne Della Sala, « qui nous déposent en direct leurs ouvrages en échange d’un espace dans notre librairie où ils sont mis en valeur. C’est un accord gagnant-gagnant, permettant de supprimer les coûts de distribution-diffusion qui représentent plus de 50% des dépenses liées à la filière du livre. Cela permet également de préserver l’hétérogénéité de l’offre culturelle ».

Pour que ce lieu rare puisse continue d’exister et d’œuvrer avec les citoyens, il a naturellement besoin d’être alimenté en permanence et d’être conforté au jour le jour par le travail de ces nouveaux militants de la culture. Par ailleurs, la présence et le développement de « Io ci sto » a pour vertu d’agir comme un véritable déclencheur à même d’impulser et d’encourager la création d’espaces similaires dans la ville. « Il est déjà très important d’avoir réussi le pari de créer une nouveau carrefour d’échanges culturels, une nouvelle « maison » pour les gens de Naples », ajoute Della Sala. « Grâce aussi à l’appui de la municipalità [1] Vomero-Arenella qui nous prête sa grande salle pour les réunions importantes, les adhérents continuent à proposer de nouveaux chantiers d’activité pour que le lieu puisse se développer dans différentes directions. Dans cette optique, les associés sont en train de réfléchir à la possibilité d’ouvrir d’autres lieux similaires en ville, et plus précisément à Scampia, ce quartier qui est un symbole de dégradation, mais aussi d’une volonté de revanche sociale, et une troisième dans le quartier de Bagnoli-Fuorigrotta. Je ne sais si ailleurs en Italie tout cela aurait été possible, car dans de nombreuses autre villes italiennes le problème lié à la disparition des endroits de circulation des savoirs est beaucoup moins visible ».
D’obstacle en obstacle, ce rêve de résistance et d’invention continue à s’inscrire, avec ténacité, dans la réalité.

* Lire l’article Ha da passà ’a nuttata publié dans le n° 99 de Cassandre/Horschamp.

www.iocistolibreria.it




[1Municipalità : une municipalità italienne est l’équivalent d’un arrondissement dans une ville française.

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