HORS-JEU [2] / Dedans-Dehors (—exit)

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HORS-JEU [2] / Dedans-Dehors (—exit)

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par Pierre-Jérôme Adjedj
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« Ne pas tenir de propos politiques, idéologiques, injurieux, racistes ou xénophobes » au sein et aux abords des stades. Cette communication du ministère de l’intérieur, prétendument adaptée du règlement de l’UEFA, n’a visiblement pas été traduite dans toutes les langues. Ou alors n’a pas été suffisamment affichée. C’est en tout cas ce que laisse penser le comportement de certains supporters anglais à l’approche du match entre leur équipe et la Russie à Marseille.

Il ne faut pas faire de généralités à partir d’évènements isolés, sera-t-on tenté de dire. C’est la base du raisonnement anti-raciste, et la base de tout raisonnement, en fait. On pourrait dès lors s’interroger sur la valeur intellectuelle de la démarche consistant, pour les politiques et les journalistes aux ordres, à réduire les militants nuit debout aux casseurs, et les opposants à la loi travail aux militants de la CGT, et de ceux-ci à des « preneurs d’otages ». Mais passons. Et jouons à notre tour au jeu des raccourcis.

Donc les supporters anglais n’ont pas respecté la règle, et ont provoqué une émeute. On ne peut même pas parler ici de « triche », puisqu’il y a dans la triche l’idée de simulation ou de dissimulation. Non ici, c’est parfaitement assumé : on se torche avec les règles, et en bombant le torse, encore. On pourra convenir, au titre de circonstance pas tout à fait atténuante, que l’expression ouverte de ce racisme dégoûtant doit beaucoup à l’alcool, qui est une composante importante du passage du stade du refoulé au stade de foot.

In and Out

En revanche, on ne peut pas tenir le même raisonnement pour les dirigeants britanniques, supposément à jeun et dont la tendance récurrente à jouer à la limite du hors-jeu est une source perpétuelle d’étonnement. On atteint le paroxysme avec cette menace (si c’en est une) du fameux Brexit. On notera d’ailleurs la façon dont on crée et colporte des termes anxiogènes qui, rabâchés des mois durant, finissent par se suffire à eux-même indépendamment de tout contenu. Grexit, Brexit, en attendant le Frexit hexagonal et le Flexit belge, tout ce qu’on retient est la notion de sortie, de mise hors-jeu donc. Peu importe que l’on soit pour ou contre, qu’on s’en réjouisse ou qu’on en ait peur : les mots-valises de la rupture sont peut-être en ce moment les choses les mieux partagées de cette Europe pathogène et repliée sur elle-même.

Surtout ne pas « s’Exiter » pour rien

En ce qui concerne le Royaume-Uni, le choix qu’on nous présente serait celui entre l’ouverture et la fermeture : faux-semblant, une fois de plus, puisque le choix se situe entre un Nigel Faraje qui promet la souveraineté retrouvée et le contrôle de l’immigration, et un David Cameron (qui partage avec le réalisateur de Titanic, outre le nom, un certain goût pour les scénarios-catastrophe), qui promet lui « une plus grande Bretagne » en cas de maintien dans l’UE. Pile on ferme, face n’ouvre pas. A ce titre, le programme du premier ministre paraît plus réaliste : sucer la moelle ultra-libérale de l’UE en profitant des avantages qu’elle accorde tout en ne se conformant pas aux devoirs associés. Et par-dessus le marché, on aimerait bien être suppliés de bien vouloir rester !

Mais laissons un peu les anglais tranquille, sous peine de donner l’impression, fausse, d’un match à sens unique. Car l’adversaire du jour, la Russie, a de quoi tenir la dragée haute aux anglais, et sur tous les sujets ! Au point qu’on a du mal à imaginer pour ce match un autre résultat qu’un match nul.

Liberté chérie…

Alors certes, on ne parle pas de « Rexit », dans la mesure où la Russie de Poutine se tient à bonne distance de l’UE⁠ [1]. Mais on constate la même tendance, avec d’autres paramètres, à jouer à « je t’aime moi non plus » et « je te quitte, mais retiens-moi ». Match nul sur ce point. Match nul également sur le plan de la protection des lanceurs d’alerte : Snowden en Russie, Assange en Angleterre, un but partout. Ah… Euh… non en fait on me dit que, manque de chance, Assange est en position de hors-jeu, puisqu’il est malencontreusement positionné sur les quelques mètres carré de territoire équatorien de la capitale britannique. Pas de chance, donc le point va à l’Angleterre. En revanche, sur le plan de la liberté de la presse et de la liberté d’expression, la Russie a quelques longueurs d’avance en matière de répression⁠ [2]. La relative liberté de ton des Tabloïds anglais est la meilleure preuve, en plus d’un certain mauvais goût, que les anglais sont tout de même assez impuissants à museler les critiques. Nette victoire du Kremlin sur le sujet.

Sur le plan de la corruption et de l’évasion fiscale en revanche, ce n’est pas aussi net : l’affaire récente dite des « panama papers » n’a pas montré de différences notables entre Cameron et Poutine sur le principe, mais seulement sur la méthode et les montants. Là ou Cameron joue petit et directement, Poutine joue gros en passant par des hommes de mains. C’est sûrement une question culturelle. On attendra les conclusions de l’enquête et les éventuelles condamnations pour attribuer le point (je plaisante, évidemment).

Prime à la casse

Un sujet de déception, néanmoins : le match se révèle jusqu’à présent assez déséquilibré sur le terrain de la rue. Comme on l’a signalé plus haut, les supporters anglais se sont distingués de fort belle manière, ce qui met d’autant plus en lumière l’apathie des supporters russes. La raison n’étant certainement pas à chercher du côté d’une carence en alcool, on peine à trouver une explication : on ne peut même pas arguer d’une difficulté à trouver sur qui taper. Chacun agissant selon ses goûts particuliers, il y avait là de quoi conclure un Yalta de l’imbécilité violente : les anglais auraient tapé sur les musulmans, et les russes sur les homos. Vraiment tout fout le camp ! C’est finalement ça qui est un peu déstabilisant en ce moment : c’est qu’on ne peut plus faire tout à fait confiance à la loi du plus fort, qui avait le grand mérite d’être simple à comprendre.

Nos amis anglais en ont fait l’amère expérience cette année dans leur championnat national. Alors que les propriétaires du « Big Five »⁠ [3] étaient occupés à savoir qui d’entre eux décrocherait la queue de Mickey, Leicester City, petite équipe tout juste revenue de l’enfer de la D3, déjoue tous les pronostics et ravit le titre au nez et à la barbe des favoris habituels. Faut-il y voir le signe avant-coureur d’un changement possible, d’une victoire des petits sur les grands ? N’exagérons rien, ce n’est que du foot, quand même ! Bon match nul à toute et à tous



Football

[1La bonne distance, c’est-à-dire celle qui permet à la fois de garder l’UE comme principal partenaire commercial et en même temps de jouer à la grande puissance qui fait les gros yeux et menace ses partenaires de sanctions.

[2On notera au passage que la France, même si elle ne peut pas rivaliser avec la Russie et la Turquie par exemple, se pose en sérieux challenger.

[3dérivé du « Big Four », les quatre grands qui se partagent les titres : Arsenal, Chelsea, Liverpool et Manchester United, auquel il faut désormais ajouter Manchester City, rachat par un Emir oblige…

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