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Un journal culturel en ligne d’informations de débats et d’humeurs animé par l’ancienne équipe de Cassandre et celle du jeune Insatiable pour mettre en valeur des actions essentielles mais peu visibles, explorer des terres méconnues, faire découvrir des équipes et des artistes soucieux d’agir dans l’époque et, surtout, réfléchir ensemble aux enjeux portés par l’art et la culture dans une société en voie de déshumanisation.


Au Théâtre du Soleil par Jacques Livchine

par Jacques Livchine


Au Théâtre du Soleil,

Chère Ariane et le reste du gang, amis et ennemis de tous bords…

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On va me dire évidemment : « toi t’es un inconditionnel t’es un acquis d’avance, t’es même pas du public, t’étais déjà au cirque Médrano, lors du Songe, t’étais dans le froid de 89 en 71 ».

Mais non, je n’ai pas eu l’orgasme à chaque fois, certainement pas. je n’ai pas été ému à chaque fois, non non malgré l’environnement de rêve, je garde mon esprit critique.

Quand tu vas au Théâtre du Soleil, ce n’est pas une sortie au théâtre c’est une entrée dans un pays rêvé.

Je n’ai pas pensé tout de suite à la fouille de ces douaniers.
C’est génial, ici l’état d’urgence est sublimé, ridiculisé.

Quand tu vas au Théâtre du Soleil, tu vas dans un autre pays aux valeurs inversées, tu pénètres dans un monde étrange, utopique, fantasmé.

J’ai cette idée imprimée dans ma tête,
on peut taper à longueur de journée sur la société méchante et vilaine
et ses horribles patrons exploiteurs
et ses inégalités,

mais on peut aussi construire des petits oasis ,
où l’arnaque n’est plus de mise, où le sourire n’est pas béat, où les goûts sont sophistiqués et raffinés,
où l’on se parle, où l’on se restaure non pas de vieilles frites ou de vieux jambons beurre, mais de mets recherchés aux saveurs enchanteresses.

Et alors symbole ravageur et totalement surréaliste de ce pays-soleil,
le contrôle des billets est assuré par toi la plus ancienne, Ariane
toi-même, 77 ans.

Ce n’est d’ailleurs pas un contrôle des billets c’est un visage qui te regarde, qui te parle, qui te sourit.

Ici tu as inventé une atmosphère, un monde nouveau.

Personne n’arrive à l’heure du spectacle, nous arrivons tous, deux heures avant, pour le rite de passage, pour mieux humer la force de l’utopie.

En fait, il existe en France des milliers de petits abris, de refuges anti-capitalistes, où les relations hiérarchiques ne sont pas trop verticales, où l’on respire, où l’on s’assied en cercle où la pensée circule, où l’homme n’est plus un loup pour l’homme.

Le théâtre m’a fait connaître les plus beaux moments de ma vie. C’est bizarre, à chaque fois j’en reviens aux métaphores amoureuses. Le théâtre peut te transporter aussi intensément que l’amour.

Et donc à la fin du spectacle je suis dans un état second, je suis illuminé, mon corps a changé d’intensité, je suis exalté.

Parce que la Chambre en Inde m’a touché au plus profond de moi- même.

Attention je suis subjectif, vous ne vivrez pas la pièce comme je l’ai vécue, j’ai un autre passé que vous, d’autres fondamentaux, d’autres croyances, d’autres convictions.

C’était en 1969 à Moscou, il y avait une maison de théâtre qui s’appelait la Taganka. C’était l’URSS, on y donnait Tartuffe. Le peuple s’y pressait, oui le mythe de la ménagère qui allait au théâtre était réel, il y avait des marins, des soldats, toute une diversité, et puis une ferveur inimaginable.

C’était un Tartuffe monté par Lioubimov. dans une mise en scène d’avant -garde, avec des préambules, des avants- jeu, des éclairages spéciaux, tant au niveau des lumières avec ce rideau incroyable mais au niveau des scènes.
Très habilement, la pièce racontait en filigrane les apparatchiks soviétiques ceux qui se servaient du régime à des fins personnelles.

Et les rires étaient sains, ce théâtre passait travers toutes les censures, ce théâtre jouait le rôle de réserve d’oxygène, on y respirait la liberté.

C’est cette sensation que j’ai retrouvée ce 20 novembre 2016 à la Cartoucherie de Vincennes qui est à Paris en fait.

Il y a la pièce, ses 40 acteurs de tous les pays, ses langues diverses, ses images incroyables, celle du sari, inoubliable, ses acteurs qui sont incroyablement habités, mais il y avait surtout un filigrane.
Comme dans les billets, par transparence on y voit autre chose.
C’est le filigrane qui m’a passionné.

Le politique.

Le théâtre cela sert à quoi ?

Peut-on dépenser de l’argent public, alors que tant de mendiants traînent dans le métro, que l’on enjambe dans le cinquième pays le plus riche du monde des familles entières couchées en peine rue sur des cartons, alors que le PDG de Sanofi a augmenté son salaire et qu’il gagne plus de 48 000 € par jour et que pas un des candidats aux présidentielles n’évoque ces scandales, la corruption, les 80 milliards d’évasion fiscale ?

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Comment contrer avec les armes de l’esprit cette énorme poussée réactionnaire, cette tromperie vertigineuse où c’est une Marine et son Florian qui prennent la défense des pauvres et obtiennent leurs suffrages.

Les intellectuels, les spécialistes en tout, les sachants, usent quantité de salive sans résultat, sans impact.

Et le Soleil réplique poétiquement, et sa réponse aux problèmes du monde est énorme gigantesque, épique.

Ils nous font sentir que la seule façon de vaincre, c’est créer de l’émotion, du souffle poétique, de la beauté.

Nous devons tous nous y mettre, Maiakovski nous parlait de l’armée de l’Art. Nous devons rassembler tous les poètes et descendre dans l’arène.

« Dans le noir nous verrons clair mes frères, dans le labyrinthe nous trouverons la voie droite » Michaux

Le théâtre a cette force prodigieuse de décryptage de la société, d’un parler simple et est surtout capable de transformer les mentalités…

Le spectacle se termine par un tableau mythique, c’est le discours du Dictateur de Chaplin dit par un imam qui peu à peu arrache sa barbe. On entend chaque mot du discours et cela nous percute en plein cœur.

La force de la poésie. Ce sera notre arme suprême.

Excuse-moi, Ariane je viens de tout relire,
je me sens un tantinet délirant, ridicule, emporté, emphatique, idéaliste,
souvent je ne suis pas de mon avis, mais là c’est comme une force vitale, une impétuosité qui m’habitent….
Tant pis, je m’en fiche.

Pour clore tout ça, le salut ! Ah les saluts du Soleil sont toujours émouvants, la ligne des 40 acteurs,
ce que l’on ne voit plus jamais au théâtre, et toi qui te joins au salut en chaussette !
Oui tu étais en chaussette…

Pour n’importe qui d’autre ce serait la honte de venir saluer en chaussette, mais toi tu salues en chaussette,
et là je prends une leçon de vie.
toute ta vie tu auras osé,
et nous derrière on suit comme on peut.

Jacques

http://www.theatre-du-soleil.fr/thsol/nos-actualites/une-chambre-en-inde/article/premiere-le-26-octobre-2016










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Tous les deux ans, la ville se trans­forme en un gigan­tes­que cas­te­let en accueillant le Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes qui réunit 230 com­pa­gnies et accueille plus de 150.000 spec­ta­teurs. En ce mois de sep­tem­bre aura lieu sa 19° Édition.


Cette his­toire simple, et les contrain­tes qu’elle nous impose, convien­nent à un théâ­tre sim­ple­ment arti­sa­nal. Pas de recours aux tech­ni­ques contem­po­rai­nes. Technique qui fut l’immense chan­tier d’Anders. « Le « trop grand » nous laisse froids, mieux (car le froid serait encore une sorte de sentir) même pas froids, mais com­plè­te­ment intou­chés ; nous deve­nons des anal­pha­bè­tes de l’émotion ».