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Voix italiennes, souffle et douceur de la révolte…

par Stéphanie Ruffier
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Anna Andreotti et Margherita Trefoloni, on les connaît et on les aime. Il y a deux ans, ces deux chanteuses italiennes et érudites habituées de la Vieille Grille nous avaient offert quelques beaux chants politiques à l’occasion des vingt ans de Cassandre/Horschamp à la Maison de l’arbre. Nous sommes allés les réentendre et les revoir dans le bel écrin de la rue du Puits de l’Ermite tenu par Anne Quesemand et Laurent Berman où elles se produisent encore pour deux dernières représentations (qu’il serait bon de ne pas manquer) d’un inspirant moment de revisitation de l’Histoire récente et mouvementée de leur pays.

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Belle énergie émancipatrice du chant : nos deux Italiennes parcourent de la voix les révoltes de leur pays natal. À travers les figures de grands poètes et de petites gens, elles célèbrent le peuple comme réalité sensible. Vibrante, l’Histoire de l’Italie du XXe siècle s’incarne.

Comment favoriser la convivialité ? Dans le précieux écrin du Théâtre de la Vieille Grille, tout invite à la fraternité et au partage : bar-régie blotti contre une petite librairie, coussins patinés et banquettes de velours rouge, petits tableaux délicats qui célèbrent les lettres, et messages citoyens aux murs… Ce soir-là, une spectatrice mange un repas qu’un ami lui a apporté, une autre, sympathisant avec son voisin, évoque sa passion pour la gemmologie ; dans les rangs circule la langue italienne.

Le plaisir de la parole échangée entre exilés et la célébration de la rencontre comme moment fondamental sont aussi à la source du projet de la florentine Anna Andreotti et de la siennoise Margherita Trefoloni.

Malgré la légendaire hostilité entre leurs deux villes natales, c’est en France, à 1200 kilomètres de chez elles, qu’elles se sont découvert le même désir de revivifier l’histoire du peuple italien, en duo.

Il semblait assez naturel que ce soit dans ce lieu que leurs compagnies, Arsenal fragile et La Maggese (la jachère), aient choisi de faire réentendre la fragilité de l’humain et la nécessité d’entrer en résistance. Leurs armes ? La petite artillerie humble et fertile du théâtre : une table, de la lumière, deux voix de femmes.

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En 2014, le spectacle s’intitulait Il suffirait d’un jour de soleil…. Aujourd’hui, il adopte un titre moins nostalgique, plus fédérateur et dynamique : Et toute l’Italie se remet à chanter !, comme une incitation au réveil politique. Les jeux de traduction, le recours au dialogue entre les comédiennes, mais aussi avec le public, insufflent de la vie au récital. Dans cette traversée du XXe siècle, les dates ne sont pas abstraites, elles prennent corps. Une chanson dénonce les pieds humides et endoloris dans les mauvaises scarpe della patria, ces godillots mal façonnés pour une armée trop économe. Une autre, composée lors d’un tour de garde, décrit le quotidien des ribelli della montagna

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Il s’agit moins de feuilleter un livre d’histoire que de se donner l’accolade autour d’un verre en se disant « tu te souviens, dis ? ». Guerre de 15-18, années noires du fascisme, souvenirs du vote du 18 avril, mai 68, attentats de Piazza Fontana et de Brescia… Ces deux sympathiques comédiennes retracent avec humour et tendresse les principaux conflits et combats politiques. On n’entendra ni Bella Ciao ni l’hymne national italien, mais des poèmes et des chants plus confidentiels. C’est que, sous la veste militaire, le châle ou la robe prennent vie soldats, mères en deuil et mondine (ouvrières saisonnières des rizières). Se tissent ainsi les voix des travailleurs et de Pier Paolo Pasolini, d’Erri de Luca… La mise en scène dépouillée d’Anne Quesemand pare les corps de rouge et de noir, couleurs-étendards des révolutions. Le jeu fait bien sentir le mouvement naturel de redressement qui parcourt les êtres : se révolter, c’est d’abord se relever pour que le souffle, puis la voix, portent haut la légitime plainte indignée. Touchés par cette polyphonie simple et poignante, ces voix nues au service d’écritures humbles, une complicité féminine tour à tour douce ou facétieuse, on embarque andante pour ce voyage citoyen et poétique.

Stéphanie Ruffier

Sur le site de La Vieille Grille

28 février et 1er mars à 20 h 30 au Théâtre de la Vieille Grille
1 rue Puits de l’Ermite Paris 5e M° Place Monge
lamaggese@neuf.fr
www.lemaggese.fr
Réservation au 01 47 07 22 11






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