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Un regard acéré d’architecte "organique" sur le Grand Paris

Un article aussi pertinent qu’impertinent de Lucien Kroll
par Valérie de Saint-Do
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Dans le cadre d’une rencontre « L’architecture libertaire » organisée par Cassandre/Horschamp à la Chapelle des Récollets, nous avions eu le plaisir de faire connaissance avec Lucien Kroll, dont nous avons publié une tribune dans le N° 66 de la revue Cassandre/Horschamp : l’art en banlieues/Contrefeux 2.

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Lucien Kroll

Cet architecte belge a fondé sa pratique architecturale sur des refus face au modernisme « frigide » et « schizophrène » : refus de l’industrialisation brutale (choix de composants industriels intelligents, écologiques et économiques) ; refus des urbanisations abstraites et des opérations uniquement commerciales ou autoritaires ; refus des hors d’échelle monumentaux.

Un parti-pris que l’on peut lire notamment dans cet article :Nos bourdieuseries ou L’architecture à l’écoute des utilisateurs.

Il nous a adressé cet article aussi pertinent qu’impertinent sur le projet du Grand Paris.

 

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La mémé (Université catholique de Louvain) conçue par Lucien Kroll

 

La consultation des dix « Grands Paris »

Elle est navrante , non pas en raison de la mauvaise qualité des « questionnés » ni des questionneurs, mais par une impossibilité double :

  • Celle du gouvernement de formuler une question qui ait du sens dans les temps immédiatement prochains.
  • Celle des questionnés qui ne peuvent se situer que dans un temps continu : ils n’arrivent qu’à imaginer l’avenir que comme la prolongation stupide du présent.

Alors, la prospective ?
Il ne faut évidemment pas de devins mais des raisonnables sincères ou plutôt des incrémentalistes. Quels sont les « think tanks » qui y songent ?
On commence lentement à s’inquiéter du climat, à en parler activement, à manifester pour être écouté, à imaginer des « solutions ». Cette dernière inquiétude est sans réponse possible, puisqu’on reste dans l’ancienne attitude absurde.
Par exemple, on consomme trop d’énergie et on va en manquer. Réponse pavlovienne : construisons donc des machines inédites qui en produiront plus ! Personne ne s’attaque à l’économie de la demande : c’est trop
douloureux et (surtout) les riches vont se révolter. Et comme ils nous ont tous achetés… Le face à face avec la survie de l’humanité n’est pas envisageable : il est pourtant évident depuis le Club de Rome en 1972...

On propose au Grand Paris de se relier au Havre au moyen d’une avenue bâtie en continu. C’est tellement absurde dans notre réalité que cette idée a été jugée par le jury, (composé hélas, sans doute… de gens très intelligents) comme géniale. Ceci n’est même pas une critique envers l’auteur, Antoine Grumbach, un architecte cultivé et doué…

Personne n’a osé parler de cavernes, d’arcs et de flèches, de chasse et de cueillette et de ne pas redécouvrir le bronze (trop dangereux…). À peine le feu, et encore… Ce n’est qu’une image mais il y a assez de littérature
catastrophiste du genre Titanic, Coleman , Mad Max, Wall-E & Eve, 1984 (Georges Orwell, architecte ?).
Pour apporter des réponses, je ne fais aucune confiance au « high tech »actuel : il prolonge la catastrophe vers son zénith. Je crois au « low tech » qui pourrait faire la soudure et même le passage (encore inimaginable) entre notre statut de consommateurs criminalisés à un homo qui ne soit pas seulement economicus...
L’exemple de la circulation est révélateur : elle est basée entièrement sur le moteur et l’individu. Ainsi, depuis 1972, les constructeurs automobiles savent rationnellement que rien n’ira plus… Conclusion ? aucune ! Trente ans plus tard les ventes dégringolent et ils exigent quelques années de recherche pour y répondre. Leur projet immédiat : le moteur hybride qui consiste à déplacer le problème d’un moteur vorace par deux moteurs indépendants . L’’un consomme un peu moins mais pollue tout autant, l’autre consomme de
l’électricité ce qui consiste simplement à déplacer la responsabilité : félicitations !

Le principe du droit au transport n’est même pas évoqué : il est pourtant incontournable…
Et quelle pensée développe-t-on sur la construction ? On veut édifier une couronne de tours pour Paris, dont aucune ne ne peut être écologique… On continue à diminuer la consommation d’énergie dans le bâtiment : c’est bien sûr louable mais, par exemple, on se contente de la consommation alors que l’énergie « grise »(1) équivaut à 10 à 75 ans de consommation… On ne conteste rien quant aux « besoins ». Et on n’a encore rien fait pour corriger les milliards de constructions malsaines.

Un projet véritablement conscient des enjeux environnementaux devrait interdire d’utiliser des matériaux désuets (sauf à les avoir recyclés) : acier, aluminium, ciment, plastiques, pans de verre, métaux rares, tout ce qui a fait la gloire de l’architecture triomphale actuelle. Il nous resterait la terre crue compacte, la chaux, le bois, de l’isolant végétal ou animal, et une foule de matériaux que notre« low tech » pourra mettre au point.
Et il faudrait densifier à fond l’habitat, compacter les villes tout en les laissant respirer… Au lieu de créer un lotissement de 200 km de long jusqu’à la plage…
L’industrie désuète qu’on soutient péniblement se remplacerait vite par des industries « vertes » qui sont déjà concevables et occuperont des masses de travailleurs…
On peut imaginer « de quoi l’avenir ne sera pas fait » la réalité, elle, se fera aveuglément en répondant, chaque fois trop tard à la « décroissance »(un fait et non un projet…)
Tiens, personne n’a parlé ainsi…
©Lucien Kroll

L’énergie grise correspond à la somme de toutes les énergies nécessaires à la production, à la fabrication, à l’utilisation et enfin au recyclage des matériaux ou des produits industriels.






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