Bienvenue aux insatiables !



Un journal culturel en ligne d’informations de débats et d’humeurs animé par l’ancienne équipe de Cassandre et celle du jeune Insatiable pour mettre en valeur des actions essentielles mais peu visibles, explorer des terres méconnues, faire découvrir des équipes et des artistes soucieux d’agir dans l’époque et, surtout, réfléchir ensemble aux enjeux portés par l’art et la culture dans une société en voie de déshumanisation.


Un marathon shakespearien jubilatoire...

par Valérie de Saint-Do


Une pièce différente de Shakespeare chaque soir de la semaine, et en point d’orgue un marathon de cinq pièces le samedi au Nouveau Théâtre de Montreuil. Un défi lancé par Urszula Mikos pour une traversée mouvementée mais exaltante, où l’on est un peu secoué mais où l’on évite les récifs.

Macbeth, Titus Andronicus, Hamlet, Le Songe d’une Nuit d’été, Roméo et Juliette. Urszula Miklos n’a peur des monuments ni des monstres. Monstre, c’est son culot qui l’a été, à proposer cette traversée théâtrale montée sans moyens en un temps record.
Mais avec quelle équipe ! Elle a rassemblé autour d’elle une ribambelle de comédiens de différentes générations, dont certains s’étaient éloignés des plateaux, mais se sont lancés avec elle avec un engagement de forcenés.

JPEG - 5.6 ko
Urszula Mikos

Pédagogue, fondatrice avec Olivier Cohen de l’école « L’acteur instrumental », Urszula Miklos est une récidiviste ; elle avait en 2014 proposé une aventure semblable autour de Tchekhov. Ici elle s’attaque à la fois à des éléphants blancs du classique et à un éventail de registres impressionnant, des deux tragédies emblématiques que sont Macbeth et Hamlet à la création du mythe Roméo et Juliette, en passant par le grandguignol (Titus Andronicus )et la tragicomédie du désir avec Le Songe.

Tout est allé vite, répétitions, montage, et tout est rythme : le jeu, les chorégraphies, les mouvements du décor minimaliste à vue, les costumes. Le marathon porte bien son nom : on s’essoufle parfois, on ne se relâche pas. L’idéal, sans doute, était de choisir le long cours : c’est dans la succession des pièces que l’aventure prend tout son sens. Ils étaient plusieurs spectateurs, samedi, à être venus hésitants en voir une, et à se laisser embarquer pour une deuxième, une troisième, puis une quatrième escale...

Bien sûr, à explorer les pièces maîtresses de Shakespeare en accéléré, le risque est de se délester d’une partie du sens et de surfer parfois en surface. En démantibulant les marionnettes du pouvoir façon Game of Thrones, Titus Andronicus est gore et jubilatoire, servi par un comédien délectable dans le rôle-titre et une Tamora parfaite en vamp virant vampire. Le déversoir d’horreurs de la pièce devient exutoire face aux horreurs réelles et contemporaines qu’elle laisse pourtant entrevoir.

JPEG - 148.1 ko
Elise Bertero (Tamora), Nicolas Lyan (Chiron) et et Gregor Daronian (Demetrius) dans Titus Andronicus.

En contraste, la profondeur métaphysique d’Hamlet est balayée par cette vivacité, qui transforme le personnage titre en adolescent révolté, impressionnant d’énergie rageuse, mais ayant jeté la mélancolie et l’interrogation existentielle par-dessus bord. Mais la pièce révèle le parti pris d’évacuer toute joliesse romantique dans la folie d’Ophélie nous vaut une scène formidablement déjantée. Au demeurant, toute la traversée tangue entre comique et cruauté dans la mise à nu des rapports de pouvoir, traités en farce forcément tragique. Sans doute est-ce pour cela que de Roméo et Juliette, on retient surtout le comique des personnages pas vraiment secondaires (truculent Capulet, excellente nourrice et un Mercutio doté de toute la verve charmeuse, qui, selon la légende shakespearienne, avait contraint l’auteur à le tuer pour qu’il ne tue pas la pièce !). Le mythe romantique est aujourd’hui quasi-impossible à monter sans transposition, et le drame laisse place à un second degré qui fait regretter que la dimension « nanar » n’ait pas été pleinement assumée.

Mais au final peu importe l’inachevé, peu importe ce qui est jeté par-dessus bord : on rit (beaucoup), on écoute, on vibre au plaisir du texte et ce voyage est une fête. Et de même qu’on peut préférer parfois l’esquisse au tableau achevé, dans cette invitation à partager un processus de création, c’est l’inachevé qui suscite l’émotion. En espérant que ce n’est qu’un commencement.

Valérie de Saint Do


Vu au Nouveau Théâtre de Montreuil, samedi 4 février.










Annonces

Pour sa qua­ran­tième édition, le Festival de cinéma de Douarnenez choi­sit de ques­tion­ner la notion de Frontières. Frontière, non plus cette limite arbi­traire, cette bar­rière qui sépare mais plutôt zone d’échange. Frontière, un lieu qu’il s’agit d’inves­tir, un ter­ri­toire commun…


Brèves


Depuis 2003, le fes­ti­val de cinéma d’Attac « Images mou­ve­men­tées » s’emploie à infor­mer et à sus­ci­ter la réflexion col­lec­tive sur des ques­tions cru­cia­les de ce début de XXIe siècle en s’appuyant sur une pro­gram­ma­tion ciné­ma­to­gra­phi­que exi­geante et éclectique. Celle-ci asso­cie courts, moyens et longs-métra­ges, docu­men­tai­res et fic­tions, films fran­çais et étrangers, anciens et récents, ayant eu une large dif­fu­sion ou non. Le fes­ti­val accueille régu­liè­re­ment des avant-pre­miè­res.


Le Génie en Liberté est un Événement bien­nal, orga­nisé par le Génie de la Bastille.
Il pro­pose à un large public un par­cours cultu­rel dans le quar­tier du 11ème arron­dis­se­ment de Paris.


Tous les deux ans, la ville se trans­forme en un gigan­tes­que cas­te­let en accueillant le Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes qui réunit 230 com­pa­gnies et accueille plus de 150.000 spec­ta­teurs. En ce mois de sep­tem­bre aura lieu sa 19° Édition.


Cette his­toire simple, et les contrain­tes qu’elle nous impose, convien­nent à un théâ­tre sim­ple­ment arti­sa­nal. Pas de recours aux tech­ni­ques contem­po­rai­nes. Technique qui fut l’immense chan­tier d’Anders. « Le « trop grand » nous laisse froids, mieux (car le froid serait encore une sorte de sentir) même pas froids, mais com­plè­te­ment intou­chés ; nous deve­nons des anal­pha­bè­tes de l’émotion ».