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Articles offerts par L’Insatiable

Trois jours de Manifeste à Grande Synthe [3]

Troisième (et dernier) jour
par Coline Merlo
Thématique(s) : L’art hors-champs , Parti-pris , Politique de l’art , Éducation populaire , Révoltes Sous thématique(s) : Festival
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Elles étaient les stars du jour, à la prestation très attendue. Deux des Femen ont pris la parole pour présenter leur manifeste au Manifeste. [1] Si politique suppose une vue panoramique des effets et des causes systémiques, permettant d’avoir prise sur le monde pour le transformer, alors la classe politique actuelle n’en fait pas plus preuve que Femen international. Mais si politique = « public », dont on s’empare tous à égalité, et sur lequel chacun se forge un avis, voire qui met en branle des passions en touchant au centre des représentations et oblige à se positionner épidermiquement, oui, elles font de la politique.

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Esther et Elvire, Femen © Andres Montes

La politique telle que le groupe la perçoit et s’y positionne est tout à fait « contemporaine », c’est-à-dire qu’elle prend place, et une place effective, dans un univers de pensées, de perceptions, et de discours dépolitisé. C’est le nôtre, où vivent et circulent ce que Leibniz appelait des « monades », des unités qui sont à elles-mêmes leur propre tout. Chacun s’y prend en charge, responsable de son propre sort : c’est l’évidence même. Chacun est responsable. La difficulté est que cette évidence ne vient pas de nulle part, nous l’avons tétée à la mamelle, et l’ensemble du discours médiatique, c’est-à-dire l’espace d’où, au cœur de nos foyers, nous parle ce qui se présente comme étant notre reflet, la répète et l’assène. De sorte que nous finissons par la répéter entre nous, faute de discours autres.

Car d’autres propos et d’autres représentations existent, comme des filets d’eau minuscules, qu’il faut faire l’effort de chercher, quand le grand fleuve de l’assentiment dit et répète la même chose : toi, tout seul, tu grandis et pousse, et les inter-relations, tu les produis. Tout seul. Les deux représentantes adorables, d’une fragilité de brindilles, qui viennent parler au public sont très soucieuses d’exposer clairement l’espace de leur action : c’est l’espace médiatique. Celui du grand fleuve qui circule. C’est là qu’elles jettent les pierres de leurs corps « sublimés », comme dit Esther, par la conviction d’être en train de se battre.


Chant pour l’Ukraine
Olexandra Turyanska

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Chants pour l’Ukraine Oleksandra Turyanska © A. Montes

On se bat en Ukraine. Oleksandra Turyanska, très émue, nous offre un récital lyrique, accompagnée au piano par Didier Hennuyer, et une contre-information de première main sur la guerre en cours en Ukraine. La projection des images sanglantes de Maïdan s’accompagne d’une mise au point : non, l’extrême-droite nationaliste n’est pas moteur des manifestations anti-russes ; oui, c’est une guerre qui est en cours, dont on entend peu d’échos ici.

Conquêtes et sécessions atelier mené par Brigitte Mounier et Nadège de Kersabiec

L’imagination scénique de Brigitte Mounier n’est jamais prise en défaut : comment fabriquer du pédagogique qui ne rebute pas, en partant d’une ignorance partagée par le public et les acteurs ? Non qu’on ne sache « rien » de l’Ukraine, mais c’est par bribes de demi-savoir qui obstruent plus l’esprit qu’une ignorance complète. Les comédiens assumeront pour nous ces perspectives déformées. Autour d’une ligne frontalière couleur sang, les approximations successives finiront par former le tableau des ambitions géopolitiques de Vladimir Poutine. On passe de notre situation de désinformés à des aperçus sur les vécus individuels, de la chorégraphie satirique aux chants choraux, et de la cartographie de la frontière au tableau stylisé des résistants de la place Maïdan.

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Guerres et sécessions © Andres Montes

Latent Men, Korniag Theatre

La forme si délicate à laquelle était parvenu l’atelier dirigé par Evgeni ne laissait pas soupçonner l’univers glacé où il embarque sa propre troupe de danseurs. Le contraste avec la problématique du féminisme nécessaire porté par les Femen est saisissant : nous basculons dans le monde glacé de la science expérimentale. Des femmes issues d’un fantasme de publicitaire, irréprochables, sans un cheveu hors du chignon blond, talons démesurés, lignes exquises, prévenantes, ont accueilli le public en proposant à chacun un verre d’eau. L’enjeu pour les créatures de laboratoire décérébrées, incapables de s’organiser que seront les mâles dans cette pièce est de parvenir jusqu’aux urinoirs hauts perchés. L’espace est clos, n’existent plus que des rapports mécanistes forcés. C’est de vessies à vessies que seront liés organiquement danseurs et spectateurs au long du spectacle au cordeau.

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Latent men © Andres Montes


Raconter pour la paix
(atelier mené par Theresa Amoon)

La dernière des journées d’un Manifeste tourné vers les conflits s’est ouverte par la restitution de l’atelier des apprentis conteurs. Tous âges mêlés, alternant les formes individuels et les narrations à deux, en groupe, ils célèbrent la paix. Une conteuse se risque à une forme inspirée d’Augusto Boal, le « récit-forum », qui laisse au public la place de modifier le cours d’un récit tragique. On nous en souhaite autant.

Coline Merlo

www.lemanifeste.com




[1Manifeste Femen, collectif, Utopia, "dépasser le patriarcat", Paris, 2015





Lire aussi :
Trois jours de Manifeste à Grande Synthe [1]
Trois jours de Manifeste à Grande Synthe [2]
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