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Tentative d’explication sur Rodrigo Ramis et le Duende

Rodrigo Ramis et Federico Garcia Lorca
par Nicolas Romeas
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« Tous les arts peuvent mobiliser le duende, mais, comme c’est bien naturel, c’est dans la musique, la danse et la poésie déclamée qu’il trouve un champ propice, car ceux-là demandent un corps vivant pour les interpréter, parce que ce sont des formes qui naissent et meurent en permanence, et dressent leurs présences dans un instant absolu. »
Federico Garcia Lorca, Jeu et théorie du duende.

Quand Rodrigo Ramis, comme on tendrait un parchemin sur le point de tomber en poussière, confie à nos mains maladroites ces mots de Federico Garcia Lorca qui dansent autour de ce qu’on ne peut jamais exprimer à voix claire et distincte, ces mots qui tournent tout autour du souffle, du rythme, de cet instant où la braise devient flamme, il ne s’empare pas du texte, non.

Il l’effleure, comme on doit évoquer une passion brûlante, comme on s’adresse à un enfant pour le calmer, en chuchotant paisiblement. Dans une délicate tension. Presque immobile, instable, il danse, oui, mais à l’intérieur, bouge à peine, avec précaution, tremble comme la flamme d’une bougie, à peine, mais il danse. Et au bord du silence d’où l’on attend ce jaillissement de la révélation, ils guident tous deux nos pas vers un lieu bien connu, mais de nos rêves. De nos seuls rêves.

Et il parle doucement de cette violence, cette joie qui est au-delà de toute jouissance et dépasse toute angoisse, et il s’agit d’un rituel car il est clair que le chemin, c’est à notre âme de le faire. Ce qu’il évoque est puissant et fragile, secret d’enfance, oui secret de Polichinelle, un indicible qui se dit, mais ne se dit qu’entre les mots. Fulgurance que chacun connaît, au fond de soi, mais qui ne saurait être atteinte par la langue ordinaire, juste approchée, laissée à désirer, deviner, sans ce geste de trop qui l’effraierait comme un oiseau furtif.

Car ce à quoi s’attaque Lorca dans ce texte sublime, c’est précisément ce qui ne peut être dit de notre relation à l’art, seulement vécu et invoqué. Et, comme seul le prêtre peut convoquer les dieux, seul le chant du poète le fait vibrer sans le toucher.

Vu ressenti et entendu à la Librairie/Galerie 0fr, Paris 3e






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