Tchiriclif, vers un Centre international artistique tsigane

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Tchiriclif, vers un Centre international artistique tsigane

Entretien avec Alexandre Romanès
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par Nicolas Romeas
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Alexandre Romanès, ancien compagnon de route de Jean Genet et directeur du fameux cirque éponyme qu’il dirige avec sa femme Délia, chanteuse de grand talent (« Délia la tigresse »), nous parle à sa façon, sans se prendre au sérieux, de l’avancement de leur beau projet intitulé « Tchiriclif ». Derrière ce mot mystérieux qui signifie « l’oiseau » en romani, se cache une idée folle et ambitieuse : créer un Centre International Artistique Tsigane. Si la communication autour de ce projet s’est très vite enclenchée en fin d’année 2013, qu’y a-t-il de concret aujourd’hui ?

Une page Internet inaccessible, un appel aux dons sur un site de « crowdfunding » qui s’est terminé sans succès le 12 janvier dernier… En dehors d’une page Facebook régulièrement alimentée par la promotion des différents spectacles du cirque Romanès, on pourrait croire que le projet Tchiriclif a sombré dans l’oubli. Mais lorsque j’interroge Alexandre sur l’avancée des choses, il me rassure immédiatement : « Le projet est toujours actif, nous attendions d’avoir un lieu moins instable que celui de la Porte de Champerret. Comme nous allons probablement pouvoir rester assez longtemps à la Caserne de Reuilly, nous allons commencer à mettre en place une vraie programmation. »

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Si la question du lieu d’installation de Tchiriclif ne pose apparemment plus de problème, le sujet épineux du financement et de l’échec de l’appel aux dons est balayé d’un revers de la main « Nous avons laissé tomber tout ça, en fait on ne s’en est pas occupé, on a fait ça à la tsigane, on l’a commencé mais on n’a pas fini. » m’explique Alexandre en souriant malicieusement. On le comprend assez rapidement, tant qu’existera le cirque Romanès, Tchiriclif ne sera jamais très loin, quoi qu’il arrive.

Un lieu, une programmation bientôt mise en place, finalement Tchiriclif serait donc en bonne voie pour passer de la théorie à la réalité. Alexandre l’affirme, même si les choses se construisent d’une façon peu banale, « à la tsigane », les premières créations estampillées Tchiriclif sont pour bientôt : « On va déjà s’installer, on va laisser passer l’hiver et faire tourner notre prochain spectacle Rajenka. Nous avons encore trois ou quatre mois devant nous pour bien préparer ça. On va profiter de l’hiver aussi pour prospecter. On a quelques idées. Plusieurs troupes de théâtre, de danseurs et des musiciens, bien sûr, vont rejoindre le projet. Ce n’est pas facile, car dans les tribus tsiganes, il n’y a pas du tout l’esprit, le sens de la réussite, ce qu’on pourrait appeler réussite sociale, il y a de très très belles choses, mais les gens ne voient pas l’utilité de les montrer. Il faut déjà parvenir à les convaincre. ». Alors, si l’on en croit Alexandre, c’est peut-être bien là que se découvre la réelle difficulté de mettre en place un Centre International Artistique Tsigane : convaincre les artistes qu’ils sont de vrais artistes et que ce qu’ils font vaut véritablement le coup d’être montré publiquement. Et si l’on ne doute pas du talent et du potentiel de ces hommes et femmes évoluant dans l’ombre des tribus tsiganes, qu’en-est-il du public ?

À l’heure où la stigmatisation des populations Rroms par les instances officielles fonctionne à plein régime en France, le public sera t-il au rendez-vous lors des premières représentations et manifestations de Tchiriclif ? Alexandre Romanès l’assure « Oh oui, avec une belle programmation oui. Tout le monde n’est pas fermé à tout, certaines personnes sont toujours à la recherche de nouvelles choses, je pense sincèrement que cela peut marcher ». Et pour proposer une programmation digne de ce nom, le directeur du cirque Romanès et de Tchiriclif veut innover en montrant ce que l’on ne voit pas d’habitude : « D’abord, je pense que tout a plus ou moins déjà été vu. Or là, il y a quelque chose de vraiment nouveau. Les spectacles gitans que l’on montre sur scène sont souvent « sucrés » et même très sucrés, gentillets… Moi je voudrais montrer des choses qui ne le sont absolument pas. Et qui sont très belles, très fortes. Si cela peut changer ne serait-ce qu’un petit peu l’image que les gens se font des « Rroms » ça ne serait déjà pas mal. »

Pourtant malgré ces précisions données par Alexandre à propos de Tchiriclif, on est en droit de s’interroger quant au contenu de la programmation, un Centre International Artistique peut-il se satisfaire uniquement de spectacles ? Un tel lieu ne se doit-il pas d’accueillir également de la réflexion, des tables rondes, des conférences et des colloques ? Sur ce point, Alexandre Romanès reste assez évasif : « Bien sûr il y aura des conférences, nous en faisons d’ailleurs déjà et nous allons développer ça… ».

Si le destin de Tchiriclif est intimement lié à l’aventure du cirque Romanès, pour que le centre puisse être reconnu et obtenir ses lettres de noblesse, il faudra qu’il soit, dans les faits, un peu plus qu’un petit frère du cirque, qu’il affirme véritablement son utilité et son originalité. Ce qui se dessine au fil de l’entretien, en définitive, c’est qu’Alexandre compte sur l’esprit Romanès pour assurer l’envol de Tchiriclif, proposer au début des spectacles qui donneront l’occasion d’échanger avec les spectateurs, et au fil des représentations tenter de construire des réflexions autour de la question Rrom, de la représentation du cirque, d’amener des membres importants et représentatifs de la grande famille tsigane à parler, réflechir, échanger et à finalement construire un véritable centre artistique international.

À l’issue d’une riche entrevue, nourrie de nombreuses divagations autour de la culture, du travail des médias, de la société française, de la situation des Rroms en Europe... je quitte assez rassuré le cher Alexandre Romanès et son merveilleux cirque installé provisoirement sur le site improbable de la caserne Reuilly-Diderot dans le 12ème arrondissement de Paris.

Rassuré et heureux de savoir le beau projet de Tchiriclif toujours sur les rails, de constater qu’aujourd’hui en France il est possible de voir un cirque Tsigane installé, aussi paradoxal que cela puisse paraître, sur une zone militaire, et de pouvoir encore échanger librement avec un homme au franc-parler aussi réjouissant que celui d’Alexandre Romanès.

Lucien Fauvernier

Chapiteau du Cirque Tsigane à la Caserne de Reuilly, 20 rue de Reuilly - 75012 Paris Métro : Faidherbe-Chaligny.




Post-scriptum :

http://www.cirqueromanes.com/

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