Bienvenue aux insatiables !



Un journal culturel en ligne d’informations de débats et d’humeurs animé par l’ancienne équipe de Cassandre et celle du jeune Insatiable pour mettre en valeur des actions essentielles mais peu visibles, explorer des terres méconnues, faire découvrir des équipes et des artistes soucieux d’agir dans l’époque et, surtout, réfléchir ensemble aux enjeux portés par l’art et la culture dans une société en voie de déshumanisation.


Archives

Roger Lafosse

Hommage tardif mais ému
par Valérie de Saint-Do
Télécharger la version PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable


Roger Lafosse, image extraite du site d'Armando Bergallo. armandobergallo.com

Sa disparition est passée bien inaperçue, sauf peut-être à Bordeaux.

Pourtant, cet homme a joué un rôle essentiel dans le dépoussiérage des scènes françaises, leur ouverture au monde, aux chapiteaux, à la rue, à l’irruption des technologies comme aux fondamentaux revisités de la rue et du cirque.

Pour mémoire, SIGMA à Bordeaux, c’est le festival qui , dès sa première édition, en 1965, lançait la thématique "art et technologie" à l’époque où l’ordinateur n’était poru beaucoup qu’un lointain fantasme dans les romans de Norman Spinrad ou Philip K Dick.

C’est l’homme qui, dans la ville compassée de Mauriac et du vin, et à l’époque où Chaban-Delmas était déjà encore maire, fit venir Pierre Schaeffer, Aligre puis Zingaro, la Fura des Baus, le Taller d’Amsterdam, Régine Chopinot, Carlotta Ikeda, Volière Dromesko et tant d’autres. Je n’en ai connu que les dix dernières années ; je lui dois des émerveillements, des fulgurances, des étonnements. Et peu importe les déceptions, peu importe l’essoufflement qui frappe le découvreur quand trop de suiveurs se sont engouffrés sur les chemins frayés.

De SIGMA, j’ai encore des images, des sensations, des émotions. Et je garde surtout le souvenir de son fondateur. Roger Lafosse, l’homme aux trois solex, la générosité et la curiosité faite homme. Celui qui , dans la si social libérale, si consensuelle, si fun, si lookée année 80, pourfendait le mitterrandisme. L’homme qui s’élevait contre les "satrapes de la culture" lorgnant sa place à Bordeaux.

SIGMA a disparu quand Bordeaux a changé de maire, sablé ses façades, relooké ses quartiers (parfois pour le meilleurs, souvent pour l’aseptisation). Les jeunes compagnies et artistes nés dans le sillage de SIGMA ont assez vite enterré le père. mais qui l’a remplacé ? Sûrement pas de l’événementiel sage derrière ses barrières Vauban, ni le très hype et marchand Evento, ni le très consensuel Nov’art.

L’époque n’est pas aux défricheurs, aux découvreurs, aux audaces défrisant le poujadisme ambiant. Sauf si ces audaces de forme restent sagement cantonnées au white cube des lieux d’art contemporain. Avec Lafosse, elles envahissaient la rue, parlaient espagnol, russe, portugais, italien, japonais...

Il aura été inspirateur. Difficile, pourtant de lui trouver des héritiers, sinon peut-être parmi les trublions qui ne se satisfont pas d’arts de la rue bornés aux normes sécuritaires, de Fantazio à Ici même, des Yes men aux Brigades d’intervention des clowns et à notre ami Livchine du Théâtre de l’Unité.

Salut à toi Roger. Ton immense qualité, c’est d’avoir été un inventeur, un acteur au service des artistes et des gens, jamais un "ingénieur’ ou un "manager" culturel. Cela devient rare : On aimerait, à notre époque, avoir plus souvent affaire à des Roger Laffosse qu’à des Didier Fusilier...

Je te dois quelques-unes de mes plus belles rencontres et le goût de mon métier.

Valérie de Saint-Do






Réagissez, complétez cette info :
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.


Signalez un problème sur cet article :


Annonces

Le Théâtre de l’Opprimé accueille la 10ème édition du Festival MigrActions.
Un fes­ti­val plu­ri­dis­ci­pli­naire dans lequel les géné­ra­tions dia­lo­guent, les natio­na­li­tés se ren­contrent et les genres se croi­sent.


Brèves

En ce début d’été de belles choses autour d’Armand Gatti se dérou­le­ront à Montreuil. Quelques jours où nous pour­rons nous replon­ger dans les mots du poète, dis­paru ce prin­temps, mais tou­jours là autour de nous, dans cette Maison de l’Arbre qui nous a accueillis.


Cette his­toire simple, et les contrain­tes qu’elle nous impose, convien­nent à un théâ­tre sim­ple­ment arti­sa­nal. Pas de recours aux tech­ni­ques contem­po­rai­nes. Technique qui fut l’immense chan­tier d’Anders. « Le « trop grand » nous laisse froids, mieux (car le froid serait encore une sorte de sentir) même pas froids, mais com­plè­te­ment intou­chés ; nous deve­nons des anal­pha­bè­tes de l’émotion ». Tout son tra­vail consiste à faire de celui qui a vécu « la chose » que ce soit Hiroshima, Auschwitz... le seul déten­teur Ce-quel­que-chose-qui-est-la-De

Cette année le fil rouge du fes­ti­val est "Le bateau", celui des pêcheurs de Camaret, celui du Bateau Ivre et aussi celui dans lequel s’embar­quent des mil­liers de femmes et d’hommes à la recher­che d’un avenir plus pai­si­ble...


De juin à octo­bre 2017, les péré­gri­na­tions poé­ti­ques acti­ves sono­res et tex­tuel­les de Julien Blaine à tra­vers le pays… Il voci­fère, il faut s’y faire !


Cette année encore, pour notre grand plai­sir, la Maison de l’Arbre nous ouvre ses portes pour le fes­ti­val TaParole qui s’annonce bien pro­met­teur.