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Un journal culturel en ligne d’informations de débats et d’humeurs animé par l’ancienne équipe de Cassandre et celle du jeune Insatiable pour mettre en valeur des actions essentielles mais peu visibles, explorer des terres méconnues, faire découvrir des équipes et des artistes soucieux d’agir dans l’époque et, surtout, réfléchir ensemble aux enjeux portés par l’art et la culture dans une société en voie de déshumanisation.


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Propositions poïélitiques de Cassandre/Horschamp

par Jack Ralite
par Samuel Wahl
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Le 18 avril 2012, quelques jours avant l’élection présidentielle, Jack Ralite nous offrait un discours à l’occasion d’un des grands rendez-vous de Cassandre/Horschamp, « Propositions poïélitiques de dernière minute » au Théâtre Monfort.
En voici le texte, en guise d’introduction à l’entretien réalisé le 20 avril 2012 à la mairie d’Aubervilliers par Samuel Wahl, « Il faudra culbuter les fatalistes », disponible
dans le numéro d’été de la revue Cassandre/Horschamp n°90. Une version filmée de cet entretien sera bientôt visible sur http://tele.horschamp.org

Photo : Olivier Perrot

Chacune, chacun d’entre vous,

Monsieur Sarkozy, le grand cliveur, en covoiturage avec Madame Parisot et la haute finance sans rivage n’aime pas la culture, encore moins la création artistique.

C’est un décivilisateur qui dès les premiers jours de la mise en spectacle de son « carnaval des apparences » comme dirait Georges Balandier, trace l’incroyable consigne impérative que voici au ministère des affaires culturelles :

1°) Donner en matière d’art à la population ce qu’elle demande,
2°) Donner aux artistes des obligations de résultats,
3)°) Donner aux subventions un caractère aléatoire,
4°) Donner l’autorisation à des expériences de ventes d’œuvres du patrimoine,
5°) Donner la possibilité de casser les rentes en matière de droit d’auteur,
6°) Donner aux industries culturelles les meilleures chances de se développer,
7°) Donner au Chef de l’Etat une équivalence avec chef d’entreprise,
8°) Donner au capital humain un traitement économique.

C’est ainsi qu’il nous inflige des désirs qui nous affligent, qu’il tend à privatiser l’Etat providence, qu’il a rêvé d’un peuple somnambule. Il est vrai qu’un temps il n’y eut pour réponse que l’impuissance démissionnaire. Aujourd’hui on perçoit le grondement des révoltes de créations, d’expressions, de scrutins, de rues qui commencent à composer une résistance offensive. L’improbable n’est jamais impossible surtout si l’espérance n’est pas solitaire. Les regards des femmes et des hommes conversent, leurs paroles s’échangent, leurs expériences se mêlent, leurs espoirs se croisent. Et ce que nous entendons sont des mots utiles comme des inventions refusant le freinage de toute pensée, de cette pensée dont les patrons financiarisés veulent alléger les travailleurs et le gouvernement au cœur métallisé veut rabougrir la dimension dans les professions intellectuelles.

Oui, « quand un peuple abandonne son imaginaire aux grandes affaires, il se condamne à des libertés précaires » avait raison de déclarer les Etats généraux de la culture dès juin 1987.

NOUS DISONS NON,
à la maladie du travail qui casse les métiers, provoque des malaises chez ceux qui s’entêtent à travailler correctement et récusent la contrainte du ni fait ni à faire et abime les êtres jusqu’à les priver de possibilités de rencontrer l’art.

NOUS DISONS NON,
au management guerrier qui domine les travailleurs.

NOUS DISONS NON,
au malmenage arrogant de la dignité des femmes et des hommes au travail et dans l’ensemble de leur vie.

NOUS DISONS NON,
au chiffrage de tout jusqu’à l’intime, au point de classer parmi les quadrupèdes comme disait Musil les chaises, les chiens, les tables et les équations du quatrième degré.

NOUS DISONS NON,
à cette époque étrange où existe une « culture » -vous entendez les guillemets- qui ignore et combat l’humanité.

NON, NON, ET NON A L’INACCEPTABLE STRATEGIE DU BLOC DU POUVOIR ETAT/FINANCE. LA TACHE EST INOUIE POUR EN VENIR A BOUT.

C’est ce que le Front de Gauche a engagé, ce pourquoi il s’est assemblé, avec les premiers beaux, je dis bien beaux résultats que l’on sait.

Face au chiffrage de la vie nous sommes le déchiffrage des rêves. J’aime à penser que nous sommes des « lucioles ». Nous voulons courageusement donner un avenir à nos origines.

Alors pour continuer à continuer à continuer même et surtout avec impertinence, écoutons ce gazier-électricien qui fréquente les œuvres de la CCAS : « J’ai compris que la culture est un droit et un bonheur. La culture pour moi c’est ce qui t’élève au-dessus de toi, au-dessus du lieu où tu es né, de l’époque où tu vis. Tu te sens partie prenante du Monde entier et de toute l’Humanité ».

Cet ouvrier dit parfaitement que sa rencontre avec la création l’a augmenté, il y a trouvé une mêlée du sens et de la sensibilité, il y a découvert l’émancipation qui n’est ni illusion du consensus, ni monde séparé, tout autre chose que « les indices de bonheur ou de qualité de vie en complément des indicateurs économiques » comme osent dire les initiateurs ministériels de l’annuel Forum d’Avignon.

On est loin de l’opposition stérile entre populaire et élitiste. On est dans la vie qui a besoin de la mêlée des « experts » écoutant éperdument et des « experts du quotidien » avec leurs « connaissances en actes ».

Encore faut-il des créateurs libres, souffleurs de conscience, avec les œuvres de qui on respire, on jubile leur intime, qu’ils offrent à un intime à l’instant devenu.

Pierre Soulages : « L’art donne forme à l’inachevé ».
Christa Wolf : « Le sentiment éprouvé dans l’expérience artistique nous permet d’imaginer ce que nous pourrions devenir ».
Aragon : « En écoutant chanter Fougères, j’apprends, j’apprends à perte d’âme ».
Apollinaire : « Quand l’homme a voulu imiter la marche il a inventé la roue qui ne ressemble pas à une jambe ».

C’est comme pour les noms de l’« Affiche Rouge », à prononcer c’est difficile, mais c’est ainsi, et les métaphores poétiques sont tellement mieux que la sorte de Nostradamus que nous ne voulons plus à l’Elysée, emporté qu’il est dans une espèce de bafouillage inexplicable et grandiose entre ce qu’il a voulu faire, ce qu’il a renoncé à faire, ce qu’il a cru faire, ce qu’il a fait et ce qu’a fait ce qu’il a fait.

Allons, je termine en pensant à Sarajevo, aux Têtes Raides et à Péguy.

A Sarajevo, Predrag Matvejevic a dit : « Nous avons tous un héritage et nous devons le défendre, mais dans un même mouvement nous devons nous en défendre, autrement nous aurions des retards d’avenir. Nous serions inaccomplis ». En France, René Char a écrit : « L’inaccompli bourdonne d’essentiel ».
Les Têtes Raides quand ils jouent magnifiquement tout en chantant « Ginette », le musicien-chanteur fait se balancer une lampe qui tantôt éclaire la salle, tantôt la scène, c’est-à-dire l’ensemble, ne laissant personne dans l’ombre et affirmant la solidarité et que « l’histoire est ce qu’on y fait, une chose qu’on agit et non pas qu’on subit ».
Péguy : « Je n’aime pas les gens qui réclament la victoire et qui ne font rien pour l’obtenir, je les trouve impolis ».

Je salue la politesse de votre assemblée et je vous dis ce que j’ai dans le cœur et dans l’esprit : « Ayez des excès de courtoisie ».

> Écoutez la version sonore de ce discours en cliquant ICI.

 

 






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