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Merci François Ruffin ! (à propos de l’attribution du César du meilleur documentaire à « Merci patron ! »)

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par Nicolas Romeas
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François Ruffin fait un film à la Michael Moore, une action filmée, certes bricolée, mais qui dévoile aux yeux de beaucoup de gens qui les ignoraient ou ne s’y intéressaient pas, un certain nombre de méfaits d’un système néolibéral dans lequel Bernard Arnaud apparaît pour ce qu’il est : un pur prédateur. Comme cette action à la Robin des bois est menée, jouée et filmée à la manière d’une farce, beaucoup de gens non politisés l’apprécient et du coup sont obligés d’y penser et d’échanger à son propos.

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Le 31 mars 2016, à la suite d’une manifestation contre la loi El Khomri, cette action filmée est projetée sur un écran en plein air place de la République à Paris. Ce sera le déclencheur d’un passionnant mouvement d’éducation populaire « sauvage » qui fait tâche d’huile et permet à des personnes qui n’avaient plus beaucoup l’occasion d’échanger de prendre la parole et de s’écouter les uns les autres : Nuit debout. Un effet politique (au sens grec de ce mot) réel et de grande valeur. Et finalement, il y a peu, le film remporte un prix national important. François Ruffin, à l’occasion de la remise officielle de ce prix, au lieu d’en nourrir son égo à coups d’émotion larmoyante comme il est habituellement d’usage, évoque publiquement et devant les caméras le sort de la classe ouvrière, notamment en Picardie, en un temps de délocalisations massives. Et grâce à ces images qui circulent abondamment sur internet, le problème soulevé par le film (bien plus que le film lui-même) peut apparaître et faire l’objet d’un débat public, ce qui redouble l’effet de dévoilement produit par le film. Ce type d’action est salutaire d’après moi. Chapeau bas, François Ruffin. Tout ce que tu fais n’est pas parfait, mais ceux qui t’attaquent devraient sans doute essayer de faire mieux que toi avant de critiquer tes actes.

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Ce film, fabriqué avec les vaillants « œuvriers » des Mutins de Pangée, n’a aucune autre prétention que d’agir sur le réel. Il est le fruit d’une conception de l’action artistique qu’il faut aujourd’hui remettre en valeur, un acte symbolique qui a eu et a des effets sur la réalité politique, comme Nuit debout et les nombreux débats qui en ont découlé. Si les artistes n’agissent pas sur le terrain du symbolique ils n’ont aucun terrain d’action et en sont donc réduits à l’impuissance. Quelles que soient les motivations de ceux qui lui ont remis le prix, certainement pour se débarrasser du problème dû au vaste succès public du film, après avoir tenté de l’étouffer (mais ça, Ruffin n’en a évidemment pas le contrôle) il a utilisé cette opportunité non pour s’auto-congratuler mais pour parler publiquement et devant les caméras non de cinéma, mais de la condition ouvrière. C’est un geste très rare, peut-être unique, et si l’on n’est pas capables de le saluer, de reconnaître la qualité des actes, hé bien on ne s’en sortira jamais.

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Personne n’a dit que c’est un grand film, nous ne sommes pas ici dans la critique de cinéma. C’est autre chose. Il est question d’un acte qui s’inscrit dans un ensemble d’actes militants et qui utilise les outils disponibles. Il ne s’agit pas d’être parfait, il s’agit d’utiliser les failles d’un système pour faire apparaître des réalités volontairement cachées ou niées. Ruffin et ses amis n’ont pas attendu ce prix pour agir lorsqu’ils ont créé le journal Fakir et lorsqu’ils se sont investis dans Nuit debout avec entre autres Frédéric Lordon, Johanna Silva et Loïc Canitrot de Jolie môme. Et des milliers de militants anonymes dans tout le pays et même ailleurs se sont fédérés et ont agi. Inutile de lui reprocher d’utiliser aussi la réalité de ce système de récompenses et de reconnaissance, car Ruffin en fait le meilleur usage possible en se servant de la visibilité qu’il lui offre pour parler publiquement du fond : le combat politique, la défense des opprimés à la merci d’un système inhumain.

On aimerait que ceux qui le critiquent au nom du cinéma et/ou de la politique, fassent montre d’un peu de modestie et de lucidité par rapport à l’efficacité réelle de leurs propres actes. Sinon nous resterons immergés dans un bain d’aigreur autodestructrice qui ne mène absolument nulle part. Bravo et merci François Ruffin, et que ceux qui le critiquent profitent de l’occasion pour faire mieux. Agissons tous, ensemble et séparément, autant qu’il le faudra et avec tous les moyens dont nous disposons, pour transformer ce monde et le rendre solidaire. Merci patron ! a certainement été récompensé pour de mauvaises raisons. Les organisateurs des Césars pour la plupart, comme d’autres gens du milieu du cinéma, ont sans doute été dépassés par un succès public qu’ils n’avaient pas souhaité. Mais je crois que Ruffin a fait un très bon usage du malentendu. Comme disait Brecht, les prolétaires et leurs alliés ont peu d’armes, il faut qu’ils aient au moins la ruse.

Nicolas Roméas


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