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Médias français : Quand l’image de la Tunisie chancelle entre le terrorisme et les seins de Amina.

Les médias français et la Tunisie
par Leïla Toubel
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Voilà un an, ou presque, la chaîne française F2 a diffusé un documentaire sur la Tunisie. On y voyait une Tunisie couverte de noir et noyée dans le sang, une Tunisie à genoux gisant sous l’emprise du terrorisme. Le tableau n’était pas seulement morose, il renvoyait vers une Tunisie agonisante, désespérée, une Tunisie ou le petit chaperon rouge s’offre de son propre gré au loup et lui dit : Monsieur le loup, prenez mes fleurs et mes fruits, ma grand-mère et mes copines, mes frères et sœurs et mes voisines, prenez le soleil et le printemps, prenez ma vie et ma patrie.

Il y’a un an ou presque, les manifestants étaient dans la rue pour revendiquer une constitution démocratique et progressiste, le départ d’Ennahdha, la vérité sur l’assassinat de Chokri Belaid , la baisse des prix, mais aussi, les manifestants, avec comme unique arme leur corps couverts du drapeau national, faisaient barrage à la montée du terrorisme. Nous étions des milliers à crier : nous n’avons pas peur de mourir. Mais il s’avère qu’un peuple qui se bat ne fait pas de l’audience, ça n’intéresse personne et on risque de zapper quand on voit à la télé des citoyennes et des citoyens qui inventent et réinventent toutes les formes de lutte pour que leur pays reste debout.


Je me serai passée de revenir sur ce documentaire si je n’avais pas vu la vidéo de « L’émission pour tous » de Laurent Ruquier avec parmi ses invités Amina. Il parait qu’on peut faire du buzz avec une tunisienne qui se met à poils et qui se fait écrire – par je ne sais qui et avec quel argent – un livre qui s’intitule : « Mon corps m’appartient ». Il parait qu’on peut faire du buzz quand on montre que dans le pays des terroristes émerge « une fleur » insoumise qui ne sait pas trop comment le dire, mais que même son balbutiement fait le buzz.

Alors vous, chers artistes, chers intellectuels, chers militants, chers citoyennes et citoyens qui avez quelque chose de différent à dire sur votre pays, qui avez une autre image à véhiculer, vous êtes trop sérieux et trop guindés pour passer à la télé. Ne changez surtout pas pour être dans un média français, le marketing est une affaire de quelques minutes de télé, et vous êtes ce que vous êtes pour la vie.

Leila Toubel est auteur, metteur en scène et comédienne, co-directrice avec Ezzedine Gannoun du Théâtre El Hamra de Tunis.






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