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Matériels, les auteurs ?

Translatines 2014
par Thomas Hahn
Thématique(s) : Parti-pris Sous thématique(s) : Théâtre
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Le nom de la compagnie en dit long : La Maldita Vanidad Teatro. Maudite vanité ! Ils viennent de Bogota et ont créé une sorte d’électrochoc aux Translatines, entre Anglet et Bayonne.

Deux pièces, un même principe. On part de faits divers provoquant mort d’homme. L’auteur se pose la question de savoir comment ils en sont arrivés là. Les mises en scènes sont réalistes, le public est placé en position de voyeur. Unité de temps et de lieu pour un théâtre où le regard dans l’abîme d’un Edward Bond croise le Grand Guignol et le mélodrame, voir Hitchcock.

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Los autores materiales

Maldita Vanidad Teatro (Colombie) : Los autores materiales

Dans une cuisine éclairée aux néons, trois garçons en âge d’étudier ou de travailler se réveillent. Gueule de bois de lendemain de fête ? Non, de meurtre. Ils ont assassiné leur propriétaire vorace. Que faire du corps ? La nervosité est au comble, déjà. La femme de ménage sonne à la porte. Il faut à tout prix l’empêcher d’entrer dans la chambre où ils ont planqué le corps. Mais elle a déjà découvert les vêtements et le portefeuille de « Don Julian ». Les maladresses et luttes intestines du trio pourraient faire rire, mais la tension monte jusqu’à ce que l’un des trois assassine, hors champ, le fils de la bonne. Elle voulait le mettre en sécurité, parce que « le quartier est dangereux ». La pièce s’achève dans un paroxysme. Les lycéens option bac théâtre, venus depuis les quatre coins de la France, se lèvent et ovationnent comme après un concert de rock.

Auteurs, oui, mais…

Cette pièce, « Los autores materiales », est la première d’un triptyque de Maldita Vanidad. L’autre, c’est « El autor intellectual », où dans un séjour, cinq personnes d’une même famille se disputent violemment pour savoir qui devra prendre en charge la mère sénile, en train de dormir dans sa chambre. Enfin, c’est ce qu’ils pensent. Mais la vieille entend tout (il y aurait de quoi réveiller la ville entière) et finit par se pendre. Cris d’horreur. Le public suit l’action à travers une baie vitrée, comme s’il se trouvait dans le jardin.

Maldita Vanidad Teatro (Colombie) : El autor intellectual

Mais que veulent dire ces titres ? « D’un côté, vous avez ceux qui pensent sans faire, de l’autre, ceux qui agissent sans penser », dit Marin. Auteurs de meurtres, donc.

Certains comédiens tiennent deux rôles principaux dans la soirée. Un exploit athlétique ? « D’habitude nous jouons même notre triptyque entier dans la soirée, et c’est justement la fatigue qui amène toute la tension, dont découle la précision de jeu. » Allez donc suggérer ça à des acteurs européens !

Théâtre de la crise sociale

Avec des découvertes pareilles, les Translatines n’ont pas fini de nous surprendre, et il reste des tas de choses à découvrir, notamment en Colombie. Selon la chercheuse Pilar Artaloytia, on peut aujourd’hui y distinguer divers courants, dont un théâtre afro-colombien, un courant exprimant le point de vue des femmes, du théâtre religieux et un courant gay, qui tient, depuis deux ans, sa propre manifestation à Bogota, le festival de théâtre rose. Jean-Marie Broucaret, le directeur du Théâtre des Chimères et des Translatines, invite le courant qu’Artaloytia nomme « théâtre de la crise sociale ». L’appellation n’a rien d’une exagération. Le chômage, la violence les flingues, les tensions sociales sont présents en filigrane dans toutes les pièces colombiennes invitées. « Et si vous n’avez pas assez d’argent pour payer votre loyer, vous aurez probablement assez pour payer une femme de ménage qui reste chez vous toute la journée et ne gagne quasiment rien en Colombie », explique la troupe. Et comme en Argentine, les compagnies jouent souvent dans une maison adaptée pour la circonstance dramatique, faite de salles. L’intimisme et le jeu très réaliste, presque comme au cinéma, sont donc aussi le résultat de contraintes matérielles.

Thomas Hahn






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