Maguy Marin, ça déménage

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Maguy Marin, ça déménage

Entretien avec Maguy Marin
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par Nicolas Romeas
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Déçue de ne pas y avoir obtenu de lieu de travail, Maguy quitte Toulouse pour s’installer à Ramdam, son fief et dernier refuge, près de Lyon. Et voilà qu’elle arrive à Paris, au Théâtre des Abbesses, avec BiT, qu’elle vient de créer à la Biennale de la Danse de Lyon. Ce qu’elle n’avait pas prévu, c’est qu’elle offre là une brèche qui permet à ceux qui y ont intérêt, de dépolitiser son travail, par certains silences assourdissants.

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"BiT" de Maguy Marin (C) Christian Ganet

Maguy Marin a-t-elle dû déménager un peu trop souvent, ces derniers temps ? On peut se poser la question lorsqu’elle annonce que BiT sera « un travail sur le rythme ». Déménager tous les deux ans avec une compagnie condamne à un rythme insoutenable. Et Maguy retourne donc à Lyon, juste deux ans après son arrivée à Toulouse, à la suite d’une non-installation permanente.

Une pièce sur le rythme ? Maguy n’avait-elle pas fait du son continu et du flux tendu une base de son travail, jusqu’à provoquer des réactions violentes ? To beat signifie avant tout frapper. BiT s’entend de trois, voire quatre façons, et c’est peut-être un peu trop. Trop facile d’évacuer ce qui dérange et de n’entendre que la référence musicale. Pourtant, comme chaque création de Maguy Marin, la pièce est politique.

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"BiT" de Maguy Marin (C) Christian Ganet

Quel genre attribuer à ce BiT ? Le non-dit autour du sexe est assourdissant, alors que la troupe met en scène des tableaux de drague violente et de viol collectif. La femme, on la chasse tel un gibier, on lui jette de petites pièces, on l’abat. Une histoire de guerre, peut-être. Une affaire de beats et de bites.

Piégée par le jeu de mots, la critique rebondit sur le discours de Maguy autour du rythme, de l’évolution depuis une musique traditionnelle fictive, entre inspiration grecque et latine, vers une techno impitoyable. En se tenant par les mains, le groupe fête le lien entre ses membres, dans un décor de récup’, comme en temps de guerre ou de crise totale… La moquette rouge, le plan incliné à la découpe, les costumes, tout aurait probablement fini à la décharge, étant donné que la troupe déménage à nouveau.

Ca va faire un peu pauvre, en comparaison avec les fastes des décors somptueux du temps où Maguy disposait des budgets du Centre chorégraphique national (CCN) de Rillieux-la-Pape et où elle créa De rerum naturae, Description d’un combat, ou autres Salves.

Ça va peut-être faire pauvre, mais Maguy déménage. Depuis son départ du CCN, la compagnie n’a jamais pu créer autrement qu’en étant sur la route, et on ne crée pas sans que les conditions matérielles et humaines se reflètent dans le résultat. BiT inclut tout de même un petit rappel de la grande époque, à travers des tissus rouges et des corps presque nus qui dégringolent lentement sur la pente, dans une ambiance à la Géricault.

BiT est traversé par les créations précédentes de Maguy mais en livre comme une version réduite, reflet du rationnement, une pièce comme une visite au Hinterland, un repli tactique, avant de rebondir en son fief qui se nomme Ramdam.

Votre installation à Toulouse est récente. Pourquoi ce retour à Lyon et Ramdam ?

Maguy Marin : Nous sommes partis pour Toulouse il y a un peu plus de deux ans parce qu’on nous a laissé croire qu’il y avait un vrai désir d’y recevoir la compagnie et de nous attribuer un lieu pour nos travaux et ceux de nos amis. Pour moi, le lieu est très important. Mais en fait nous avons été obligés de louer un espace de travail. Aussi, nous avons fini par nous demander si nous devions vraiment nous y entêter. Après tout, dans cette ancienne menuiserie que j’ai acheté à Sainte-Foy-lès-Lyon il y a presque vingt ans, Il y a deux studios de travail, des douches, des bureaux, une cuisine, de la verdure...

Quel est votre projet artistique pour Ramdam ?

Nous y avons déjà fait tout un travail en matière d’accueil d’artistes de tous genres. En revanche, Ramdam a eu du mal à trouver son endroit dans le paysage artistique parce que nous, qui l’occupons, ne pouvions jusqu’à aujourd’hui lui consacrer suffisamment de temps. La présence permanente de la compagnie lui donnera une nouvelle dynamique.

Ce que nous voulons, c’est y faire se côtoyer des artistes issus de champs différents et aussi des étudiants. Ces derniers sont particulièrement importants. Nous voulons aussi accueillir des spectacles en diffusion pour des séries plus longues que d’habitude en danse, accompagner des artistes pour qu’ils puissent bénéficier de notre soutien et de nos forces, aussi modestes soient-elles.

Quelles conclusions tirez-vous de votre départ de Toulouse ?

Il va devenir de plus en plus difficile de trouver des lieux qui pourront accueillir des artistes dans un véritable esprit d’hospitalité, sans obéir à un souci de rentabilité immédiate. C’est pourtant extrêmement important ! La création se trouve aujourd’hui dans une situation très compliquée, avec la question de l’intermittence et la difficulté de plus en plus grande à vivre de nos métiers. Comment exister, et faire exister des choses qui valent la peine d’être vues lorsqu’elles n’ont pratiquement pas de fenêtres pour être présentées, alors que d’autres productions sont montrées partout, dans un système qui tourne sempiternellement en boucle ?

Quel sens donnez-vous à ce projet ?

Je suis une artiste de plateau, pas un écrivain. Je ressens une vraie responsabilité dans la nécessité de trouver des images à partir des corps et des formes, au-delà de l’ambiguïté du langage parlé et des slogans publicitaires. Je veux me battre contre cette idée qui veut que l’art soit réduit à de l’animation culturelle et du loisir. L’art doit être une arme pour travailler politiquement, non servir à amuser les gens afin de les endormir.

Ramdam a-t-il l’ambition de devenir à terme un Centre de développement chorégraphique officiel, un CDC ?

Je n’ai pas trop de goût à entrer dans le jeu des labels. Ce que je veux avant tout, c’est construire un espace très autonome qui soit un centre d’art, sans référence directe au "c" de "chorégraphique". Je veux un centre pour les danseurs, les chorégraphes, les comédiens, metteurs en scène, plasticiens, peintres, musiciens… pour les gens en formation et en réflexion.

Propos recueillis par Thomas Hahn

BiT au Théâtre des Abbesses :

Du 30 octobre au 15 novembre

http://www.theatredelaville-paris.com/spectacle-maguymarincreation-786


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