Bienvenue aux insatiables !



Un journal culturel en ligne d’informations de débats et d’humeurs animé par l’ancienne équipe de Cassandre et celle du jeune Insatiable pour mettre en valeur des actions essentielles mais peu visibles, explorer des terres méconnues, faire découvrir des équipes et des artistes soucieux d’agir dans l’époque et, surtout, réfléchir ensemble aux enjeux portés par l’art et la culture dans une société en voie de déshumanisation.


Archives

Les hyènes hurlent et les caravanes passent...

Pour rétablir la vérité sur les Romes et leurs conditions de vie
par Valérie de Saint-Do
Télécharger la version PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable


Colère.

Colère noire en lisant toutes les conneries débitées sur les Roms, que l’on parle des "gens du voyage", absurde terminologie bureaucratique, ou de ceux récemment arrivés de Roumanie et Bulgarie.
(Oui, excusez-moi, mais le langage de ce billet ne sera pas châtié.)

JPEG - 101.4 ko
La caravane-école du Hanul (Photo No mad’s land)

Colère de voir les sinistres du gouvernement reprendre à leur compte toutes les beauferies des bas du Front, des "trafics" aux "Mercedes".

Il y a trois mois, dans la grande prescience qui lui vaut son nom, Cassandre publiait dans son numéro 81,« L’autre, sans qui je meurs » un dossier consacré à ce "peuple de promeneurs" et à sa culture.

Je ne reprendrai pas ici l’ensemble des discours forts d’un Tony Gatlif, d’un Marcel Courthiade (titulaire de la chaire de romani à l’INALCO), d’un Alexandre Romanès pour démonter l’ensemble du ramassis de clichés qui nous est infligé aujourd’hui par le gouvernement de Vichy, et vous renvoie à cette lecture (on peut se le procurer ici en version numérique !). Précision en revanche : j’utilise le mot "Rom" à la fois pour ceux que la France appelle "gens du voyage" (Gitans, Manouches, Roms de l’Est présents de longue date et Français) que pour les migrants, comme le préconise l’Union Romani internationale.

Je vais juste ici démonter un cliché asséné par tous les blaireaux, sur tous les forums, et que le sinistre de l’Intérieur a cru bon de légitimer en le reprenant à son compte.

"Comment font-ils pour rouler dans des Mercedes et avoir de grosses caravanes alors qu’ils sont au RMI ?" glapit le chœur des lobotomisés.

1/ Les caravanes et les grosses bagnoles, cela ne concerne qu’une partie des Roms installés en France de longue date... qui contrairement aux débilités assénées à répétition, travaillent. Et ce travail, ça va du médecin au ferrailleur en passant par le commerçant. Eh oui, il y a beaucoup de Roms qui exercent des métiers tout à fait classiques, sont sédentaires et se fondent dans la population (ce que ceux qui sont attachés à la singularité de cette culture peuvent regretter, mais c’est un autre débat).

2/ Parmi les itinérants, beaucoup travaillent aussi (boulots temporaires, précaires...eh bien oui, comme beaucoup de gens aujourd’hui, ou réguliers (marchés notamment).

JPEG - 15.9 ko
Le camp du Hanul, récemment détruit par le zélé et musclé préfet Lambert, chargé de "rétablir l’ordre" en Seine St-Denis

3/ Les Roms migrants arrivés récemment de Roumanie et Bulgarie n’ont pas droit au RMI, ni droit au travail suite à une disposition scélérate qui exige des employeurs de Bulgares et Roumains des CDI, plus un droit de 900 euros à payer pour les embaucher. Vous connaissez beaucoup d’employeurs prêts aujourd’hui à verser de l’argent pour embaucher, et prêts à embaucher en CDI ? Et vous vous étonnez qu’ils mendient ?

4/ La caravane est souvent le SEUL patrimoine des Roms itinérants (et on ne tracte pas une caravane avec une twingo, bananes) . Quand un jeune couple se marie, la communauté fait une tontine (collecte) pour les aider à se la payer avec la voiture. Ça ne suffit pas forcément, alors le couple fait appel à des organismes de crédit qui prêtent à des taux usuraires.. puisqu’ils n’ont pas droit au crédit immobilier, la caravane n’étant pas reconnue comme habitat. Et pour ceux qui s’étonneraient qu’on leur accorde des prêts, jamais entendu parler des subprimes et des prêteurs peu scrupuleux quand aux risque de surendettement ? Au demeurant et quoi qu’assènent les menteurs professionnels, elles sont rarement neuves, leurs voitures et caravanes...

"Angélisme" !, brameront les cons.

Non.

Les problèmes chez les Roms sont tout autre que là où on veut les voir. La délinquance ça existe. Là comme ailleurs. Aux effets moins graves que celle en col blanc. Mais les braves gens dont se moquait déjà Brassens ne payent probablement jamais leur femme de ménage au black, ne roulent ni bourrés ni au dessus des limitations de vitesse, et déclarent scrupuleusement leurs impôts ? Non ?

La question Rom, elle se pose surtout dans la négation de leur singularité culturelle, qui leur a précisément permis de survivre (Voyez à cet égard le magnifique Liberté de Tony Gatlif).

Dans le paternalisme des églises évangélistes qui lui aussi met à mal leur culture (dans certains camps, les hymnes ont remplacé la musique traditionnelle ! )

Dans le consumérisme et la désespérance qui piège bon nombre de jeunes Roms .

Dans les batailles entre associations (ce n’est pas forcément simple entre les Roms français et les migrants récents ! ) et la confiscation de leur parole.

Dans le double bind qu’ils subissent entre l’envie de citoyenneté et d’égalité toujours déniées (parcours du combattant pour avoir une carte d’identité pour les Français, plus carnet de circulation à faire viser) et la crainte de perdre une singularité toujours stigmatisée (le mur du çon ayant récemment été explosé par le député Jacques Myard, coutumier de ce genre de records, qui veut "sédentariser les gens du voyage").

"Intégration" au risque de l’uniformisation (et qui a envie d’être "assimilé" à la France sarkozyste ?) ou "Droit à la singularité" (qui fait si peur aux intégristes du républicanisme droit dans les bottes, tendance Marianne), volonté de voir émerger une élite rom et peur de perdre son âme. Ce sont des débats qui traversent les communautés (du moins, quand elle ne sont pas dos au mur pour leur survie). Ce sont à elles de les trancher.

En attendant, on croyait avoir tout subi de ce gouvernement, mais chaque jour est pire que le précédent.

Les dernières annonces sur des Roms et l’expulsion des campements de partout, ça porte un nom : épuration ethnique.

Et la volaille de droite ou républicaniste dure poussait des cris de pucelle effarouchée, quand on parlait de "Vichy" ou de "rafles"...

Alors, salut à toi Django Reinhardt, salut à toi Tony Gatlif, salut à toi Camaron de la Isla, salut à toi Emir Kusturiça, salut à toi Marcel Courthiade, salut à vous Alexandre et Délia Romanès, salut à toi Lajko Félix, salut à toi Otto Dix (eh oui !) salut à toi Éric Roux-Fontaine, salut à toi Mattéo Maximoff, salut à toi Omar Sharif (eh oui !), salut à toi Georges Cziffra, salut à vous les Gitans, Sinti, Roms, Manouches, et sachez que ce gouvernement ne nous représente pas, nous qui nous sommes nourris de vos musiques et de vos images, nous qui sans vous mourrions.

Valérie de Saint-Do

P.S. Dans un océan de clichés et de conneries, voici quand même quelques articles qui méritent d’être lus :

http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/roms

http://www.slate.fr/story/25519/que-veulent-dire-les-mots-roms-tsiganes-et-gens-du-voyage

http://www.paperblog.fr/1002009/le-racisme-anti-roms-des-discours-semblables-a-ceux-des-nazis/

http://777socrate.blogspot.com/2010/07/les-gens-du-voyage-sen-vont-en-fumee.html

http://www.cafebabel.fr/article/34506/villages-rroms-reve-politique-realite-sociale.html






Réagissez, complétez cette info :
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.


Signalez un problème sur cet article :


Annonces

La Justice est au cœur de notre actua­lité… mais aussi de celle de plus de 2000 mili­tants et syn­di­ca­lis­tes aujourd’hui pour­sui­vis pour leurs actes de résis­tance.


Brèves

La party #1 don­nera, ce soir-là, une belle part à l’Ile de la Réunion, sous une forme tra­di­tion­nelle (Seksion Maloya) ou contem­po­raine (Jidé & G !rafe) mais aussi à deux très beaux pro­jets solo, inti­mis­tes et voya­geurs (Tuning & Our Land).
Loran Velia de Seksion Maloya nous fera décou­vrir des saveurs de l’Océan indien et nous vous pro­po­se­rons aussi des bois­sons avec ou sans alcool.


Le 30 mai, pro­jec­tion de films vidéo (extraits d’entre­tiens avec Armand Gatti), lec­ture de textes, témoi­gna­ges de celles et ceux qui l’ont connu grâce à l’écriture, la mise en scène, une action de créa­tion ou sim­ple­ment à l’occa­sion d’une ren­contre tel sera le pro­gramme de la soirée animée par Rachid BelkaÏd, Jean-Jacques Hocquard et Jean-Marc Luneau.


Le Festival TaParole revient à Montreuil du 10 au 18 juin pour une 15ème édition tou­jours placée sous le signe de la chan­son. Venez décou­vrir des artis­tes qui aiment les mots et les chan­tent durant 7 jours.


Les Inattendue(e)s, un week-end de décou­ver­tes marion­net­ti­ques pro­posé par Daru-Thémpô au Manipularium.


Une comé­dienne et un cla­ri­net­tiste che­mi­nent, à tra­vers les textes
de poé­tes­ses per­sa­nes, égyptiennes, syrien­nes contem­po­rai­nes.
Ils don­nent à enten­dre la voix de femmes qui lut­tent par l’écriture,
pour la liberté de dire, de penser, d’être et d’agir.



Nos amis de la troupe Jolie Môme pré­sen­tent actuel­le­ment dans leur très beau lieu de la Belle Étoile une pièce de Bertolt Brecht, l’un de ses textes mili­tants qu’il nom­mait « lehrs­tuck » (une pièce didac­ti­que) et qui dans son esprit étaient des­ti­nés à faire com­pren­dre, en par­ti­cu­lier aux jeunes gens, les fonc­tion­ne­ments d’une société capi­ta­liste tra­vaillée par la lutte des clas­ses.


Veillée pour l’écrivaine Asli Erdogan le mardi 25 avril à 20 heures à La Parole errante 9, rue François Debergue - Montreuil. (métro : Croix de Chavaux).