Le jeune Julien ne lâche pas…

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Le jeune Julien ne lâche pas…

Julein blaine hier, aujourd’hui et demain…
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par L’Insatiable
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Voilà 54 ans que je rêve que ce texte publié dans « ailleurs », à l’origine dans des pages divisées en 6 cases, paraisse enfin verset par verset, page par page, page de garde comprise, comme un petite bible ! J’avais 20 ans quand je l’ai écrit je vais en avoir 77. Il faut savoir être patient… Ça donne le recul nécessaire pour avoir – soi-même – sur son travail une critique objective, un jugement juste, un verdict exact.

Alors lecture refaite : je suis un critique authentique, un juge correct et même un lecteur extérieur à l’auteur !

La présentation de l’éditeur :

« Dès ses premiers gestes, le chantier poétique de Julien Blaine s’affirme dans une recherche inlassable des écritures originelles ; de celles qui furent brûlées, détruites, salies, oubliées, déformées ou ridiculisées par les différents monothéismes. Ainsi, il écoutera et dialoguera avec la nature (les Poëmes soumis à la pluie de 1958) et les animaux (l’interview aux éléphants de 1962…) ; partira à la rencontre des indiens rescapés du génocide US, des Bamilekes rescapés des colonisations allemande puis française… réveillera la Pythie pour qu’elle puisse de nouveau, souveraine, délivrer ses oracles ; ira au fond des grottes du monde, afin de déchiffrer les mystérieux enseignements laissés des aurignaciens aux aziliens ; ravivera des univers oubliés dans la confrontation des mots des Poëmes métaphysiques… »


Le livre de Julien Blaine par François Huglo (Situais)

« En 1984 Guyotat publiait Le Livre. Sans majuscule Julien Blaine avait édité Le livre dans la revue Ailleurs n°6 en mars 1965. Ce n’est pas une parodie de la Bible, comme le feuilleton de Cavanna Les aventures de Dieu, d’abord paru dans Hara-Kiri mensuel. Plutôt un mythe rival, récit fantastique mais intégralement matérialiste de la genèse géologique, préhistorique (antérieure au néolithique), de celle de l’écriture et de la lecture : « Alors Kaïss se pencha sur l’écorce et dans les traces creuses de la face résineuse, apprit les signes et la lecture ; ces sillons » (Blaine pansémioticien, déjà). De la domestication du feu : « Il posa le feu à l’intérieur de la plus grande caverne et la lumière éclata, les flammes et la fumée dessinèrent sur les parois l’ombre immense de Mouetter ». Du cri : « Quand Dossé lançait cette éternelle plainte elle couvrait la voix du volcan, elle dominait le feu, elle devenait sa partenaire, sa charmeuse, tête en arrière sa joie "plaisir-pouvoir-lancer-plainte" dominait le feu ». De sa modulation : «  Alors Imon changea son cri et apprit à se faire comprendre de toute la ruchée en imitant le vent, les lèvres à peine entreouvertes elle laissait échapper une très longue haleine ».

Des voyelles, des consonnes, par onomatopées : « Eptmo ne parlait toujours pas mais il apprit à la ruchée les sept onomatopées qui permettaient aux calcairiens et aux calcairoises de communiquer en sauvegardant l’émerveillement. // klla, kllo, kllé (avec des "l"liquides) : manger "a"du végétal, "o"de la glaiséenne, "é"du minéral. Ffff fff ff (sifflant) : boire. Hahhh hahhhhhh : copuler. io : pour exprimer son accord. iu : pour exprimer son désaccord. iaaam : pour exprimer son extase. frrrgk : cri des colères, plainte, murmure des agonies ».

Le lecteur de Victor Hugo se souviendra des Travailleurs de la mer à cause du poulpe que Julien Blaine considèrera toujours comme un frère, mais aussi de Dieu où l’histoire des religions est figurée par le cirque de Gavarnie creusé par l’érosion : archive minérale autour d’un vide central, d’une chute goutte à goutte. De La fin de Satan : chute éternelle et « plume échappée de l’aile de l’archange », qui deviendra « l’ange Liberté » (Les chutes, Blaine les connaît physiquement : celles des escaliers de la gare Saint Charles, dont il se relèvera et s’envolera par un « chut ! »). De Quatre vingt-treize, dont la composition par paragraphes-images et paragraphes-dialogues rappelle souvent la bande dessinée. Le livre de Julien Blaine, publié dans des pages divisées en 6 cases, était lui aussi un album de textes. Épopée de la liberté chez Hugo, chez Blaine hantise de devenir mort-vivant, sort réservé à ceux qui n’aiment et languissent. Mort-vivant comme dans la prophétie d’Ezechiel jouant les Frankenstein, citée en « AVERTiSSéMENT » (octobre 2018) : « Je prophétisai comme il m’en avait donné l’ordre, et l’esprit vint en eux, ils reprirent vie et se mirent debout sur leurs pieds : grande et immense armée ». Blaine ajoute : « ramener à la vie des cadavres pour fabriquer une armée redoutable et sanguinaire / comme nous pouvons le vérifier au cours de leur 6 millénaires ! ».

Les griffes de Leïkina emportent les vivants les plus brillants et les marquent de son signe, mais les morts deviennent végétaux, ampélidacées plus exactement, absorbés par la vigne dont le jus donne aux vivants connaissance et visions : le minéral retrouvé ! Comme la plume de l’ange hugolien, le personnage de Blaine est un Icare qui ne s’écrase pas : « Le rythme de cette vie aurait pu demeurer, mais une obscurité il escalada Cyprèsséant et se jeta dans le vide, il rencontra Mouetter et fut son magicien, il recevait dans la caverne nombre de membres de la ruchée ». Pour y inventer le dessin, la sculpture, l’écriture : « elle dessinait dans la caverne l’image de Mouetter, elle sculptait un Poulpo de pierre dont le regard était tourné vers l’eau, elle dressait un grand mur noir où elle inscrivait les ordres de Leïkina ». Poulpo est féminin : « Poulpo, vague, lame, pose plus absorbante ventouse extrême pointe seins de nos génitures féminines. / Sur les seins de nos calcairoises. Poulpo au creux crache un ciel noir ». Cypresséant est végétal et lumière, « Mouetter de l’air, feu, frappe yeux morts, lumière tienne plonge bec dans ventres tristes. Mouetter, l’espace, flambe, son corps devient braise », Leïkina haïe, « pourrie, blanchie ». Genèse d’une poésie physique (en chair et en os) et élémentaire.

Le livre de 1965 devenu Livre en 2019 peut être croisé avec le Petit précis à l’aide d’un exemple sur l’écriture originelle de 2019, synthèse d’un travail sur la préhistoire de 1992 à 2000. On peut aussi penser à « ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, des petits morceaux de papier qui, à peine y sont-ils plongés, s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient » : pour Proust « tout Combray » sorti de sa tasse de thé, pour Blaine toute une œuvre, et des plus fécondes, développant cette bible miniature écrite à vingt ans. On peut enfin rapprocher ce volume de Poésie sur place de Christian Prigent, même éditeur et même collection, même mise en perspective réjouissante, tonique, contagieuse.

Les presses du réel, collection Al Dante, 2e trimestre 2019 - 196 p. - 17 €

Petit précis à l’aide d’un exemple sur l’écriture originelle

C’est un livre sur le premier signe de l’écriture originelle
Qui va être révélé davantage ce qui va avantager mon travail !

C’est ce qu’on « lit » déjà au fond des cavernes profondes

il y a près de 50000 ans

et hui encore

ici & là.

C’est un tout petit truc en grand format. L’écriture originelle de l’aurignacien à l’azilien : Plus de 20 ans de travail, 2 catalogues, 8 numéros des cahiers, 3 livres d’artiste, 1 CD, une vingtaine d’expos, quelques belles performances ou déclarations…

Près de 1500 pages de publiés…

Ce sont mes bijoux (spirituels*)


*spirituel : relatif à l’esprit, jadis à l’âme.
*spirituel : trait d’humour bien ou mal placé.

J.B.


Petit précis à l’aide d’un exemple sur l’écriture originelle de Julien Blaine. François Huglo (Sitaudis)

Petit précis grand format, petite synthèse de grands travaux, digest d’une geste, écrit, composé, illustré et mis en page par l’auteur au début de l’été 2018, voici le résumé du corpus de l’Écriture originelle, entre l’aurignacien, 40 à 50 000 ans, et l’azilien, moins de 15 000 ans, intitulé Les Cahiers de la cinquième feuille : 2 catalogues, 8 numéros des cahiers, 3 livres d’artiste, 1 CD, 3 DVD, près de 1500 pages publiées. Des « découvertes récentes de Cosquer à Chauvet en passant par la secrète et discrète grotte de Cazelles nous savons d’où nous venons », nous savons d’où vient « notre rapport au noir profond, aux animaux alliés, à la nature, à ses éléments ». Envers et contre les patriarcats monothéistes, s’impose l’insistance de cinq représentations unies comme les doigts de la main et superposables comme les pages de ce précis : l’image, sa gravure, le pictogramme, l’idéogramme devenant signe et lettre, les digressions et dérives de l’art moderne depuis Courbet. Feuille, plume, poisson, œil, vulve, «  toujours le même signe : l’ovale vertical & fendu ou percé ». Ces cinq feuilles sont « sous le sabot de l’âne » et dans la main qui serre l’osselet de Hasanlu.

Au cours d’une conférence au musée de la préhistoire de Tarascon/Ariège, le poète retrace les étapes de son travail : de 1992 à 1997 avec la publication d’un premier corpus en 1998, Du sorcier de V. au magicien de M. Les pictogrammes du Codice Boturini, le lapin Toltèque, la parenté entre le Golem de Prague et le Koyem des indiens Hopi, les rites autour de Tanit et des mythes apolliniens et solaires, l’identité entre l’Ayïn de l’hébreu et l’alpha du grec, l’observation des feuilles des arbres du lac Stanberger en Bavière, « l’écriture moderne de la vulve : æ x œ & (l’esperluette) 8 (la ciboulette) », mènent au second catalogue, La cinquième feuille, en décembre 2000. La position du poète est celle d’un lecteur : de ce qu’il voit inscrit dans la nature et dans les signes, d’auteurs qu’il cite : Henri Laporte, André Leroi-Gourhan, Alain Roussot, Brigitte et Gilles Deluc, Jean-Pierre Duhart, Denis Vialou, Jean-Guillaume Lalanne, Joëlle Robert-Lamblin, Yanik Le Guillou et surtout Jean Clottes et Jean-Jacques Cleyet-Merle. Éclairée, la recherche n’en est pas moins intuitive : « Je réinvente des rites certainement inexacts, mais aujourd’hui, en art contemporain cette appropriation, cette inexactitude, cette erreur s’intitule performance. (…) Je vis dans l’erreur, cette erreur me comble. (…) Comme les enfants, je fais semblant de connaître, je fais semblant d’y être, je fais semblant d’en être (…) …mais sait-on jamais ? Peut-être de temps à autre je tombe juste, vrai ».

Cette enfance, à la fois ludique et lucide, de la lecture exploratrice, peut nous rappeler le texte de Mélanie Klein, recueilli dans les Essais de psychanalyse et cité par Jacques Derrida (De la Grammatologie) où, pour le petit Fritz, i et e roulent ensemble sur le porte-plume, presque pareils, mais i a un petit trait et e un petit trou. Les i possèdent des armes pointues et vivent dans des grottes. Pour Mélanie Klein, « l’écriture pictographique ancienne, fondement de notre écriture, est encore vivante dans les fantasmes de chaque enfant en particulier, de telle sorte que les divers traits, points, etc. de notre écriture actuelle ne seraient que des simplifications résultant de condensations, de déplacements et de mécanismes avec lesquels les rêves et les névroses nous ont familiarisés, —des simplifications de pictogrammes anciens dont il resterait cependant des traces chez l’individu ». Derrida précise : « la trace n’est pas seulement la disparition de l’origine, elle veut dire ici —dans le discours que nous tenons et selon le parcours que nous suivons— que l’origine n’a même pas disparu, qu’elle n’a jamais été constituée qu’en retour par une non-origine, la trace, qui devient ainsi l’origine de l’origine. (…) La trace est en effet l’origine absolue du sens en général. Ce qui revient à dire, encore une fois, qu’il n’y a pas d’origine absolue du sens en général ».

Les hypothèses intuitives, les lectures actives de Julien Blaine trouvent d’autres confirmations dans les Mystères de l’alphabet de Marc-Alain Ouaknin : le signe de la lettre Ayin/O en proto sinaïque représente l’image d’un œil, et fait partie des lettres rencontrées sur le petit sphinx de Sérabt-el-Khadim. Sa forme vient directement des hiéroglyphes égyptiens. Ayin signifie l’œil en cananéen/phénicien. Il est devenu l’omicron grec, le o latin, celui de notre alphabet moderne, où le o en amande de l’œil a évolué vers une forme plus arrondie, avec ou sans point au milieu pour marquer la prunelle. Le mot Ayin signifie le néant, le rien, dont l’expérience fonde la liberté.

La caverne maternelle, vulve aux parois couvertes de vulves cicatrices, fait retour dans le mythe platonicien où l’intelligible est d’abord lisible, dans le Cabinet de lecture de saint Jérôme, le studiolo, la librairie de Montaigne, le poêle de Descartes, l’espace de lecture que Lucrèce Luciani, dans le prolongement de Cicéron, considérait comme « une grotte où votre pensée vient s’écarquiller ».

Dans la grotte de Blombo en Afrique du Sud, le plus ancien dessin au crayon jamais découvert (73000 ans), des croisillons tracés sur un caillou, porte l’image de « l’une des cinq feuilles, plutôt le poisson ». Avec lui et avec Julien Blaine, à la barbe du « dieu unique et assassin » et du patriarcat clérical, nous remontons le courant.

Petit précis à l’aide d’un exemple sur l’écriture originelle, Gérard-Georges Lemaire

« Julien Blaine, depuis toujours, s’est diverti à nous surprendre et à nous faire des niches, en cachant sous une franche dérision rabelaisienne l’âme d’un poète, ans aucune pose, au contraire. Cette fois, il nous surprend encore, mais d’une autre façon. En effet, il commence son ouvrage par une méditation assez mélancolique sur le temps qui passe, digne des poètes de la Pléiade. Il s’est lancé dans une litanie à propos du temps qui passe, de l’âge et de ses désagréments - toutes choses qui n’apparaissaient pas dans ses écrits, sinon sous la forme d’une parodie ou d’une bouffonnerie savamment calculée.

Cette méditation mélancolique le fait nous renvoyer aux origines, c’est-à-dire aux cavernes de la préhistoire, en particulier à la Vénérable de Laussel. Ensuite il nous convie à un cours de sémantique appliquée (à la mode de chez lui) en passant de l’objet à son image, puis à son pictogramme et à son idéogramme pour finir par quelques déclinaisons modernes (il, poisson, etc.). Quelques pages plus loin, il revient sur un sujet qui lui tient très à cœur : l’ovale fendu. Nul besoin de faire un dessin pour comprendre de quoi il s’agit et nous revoilà devant L’Origine du monde de Gustave Courbet, qui a détrôné les Moules maliques de Marcel Duchamp. Plusieurs versions sont présentées pour la compréhension du thème ; Tout se termine par un poème où le narrateur (adulte) songe à cette fente dont il provient. C’est à la fois émouvant et cocasse. D’Aurignac à nos jours, l’humanité ne cesse de méditer sur son commencement. Julien Blaine le fait dans son langage, avec beaucoup d’esprit, d’auto ironie, de l’humour et pourtant avec un pincement au cœur. Cet album complète l’immense et jubilante bibliographie de notre auteur, inépuisable et toujours créatif. »

Dernier Télégramme, février 2019
 - 64 pages en 24x32
cm - 25 €



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