Bienvenue aux insatiables !



Un journal culturel en ligne d’informations de débats et d’humeurs animé par l’ancienne équipe de Cassandre et celle du jeune Insatiable pour mettre en valeur des actions essentielles mais peu visibles, explorer des terres méconnues, faire découvrir des équipes et des artistes soucieux d’agir dans l’époque et, surtout, réfléchir ensemble aux enjeux portés par l’art et la culture dans une société en voie de déshumanisation.


Le cœur brûlant du théâtre

par Nicolas Romeas


Cela fait très longtemps que nous pensons que les formes produites (et subies) par le théâtre que nous connaissons aujourd’hui sont figées dans le temps. Des formes d’émission et de réception issues en grande partie des cours royales, dont les modalités d’action évoluent peu (c’est un euphémisme) avec les nécessités de l’époque…

Et en ces temps de « matrice » où la façon dont se fait chez nous le théâtre attire de moins en moins les foules, nombreuses sont les équipes qui s’essayent, par différents chemins, à sortir de la pauvreté du rapport acteurs/spectateurs, à créer un dialogue avec le public, à échapper au rapport frontal et à la tyrannie du fameux « quatrième mur » pour renouer avec une porosité qui permette à cet art de jouer son rôle : participer à l’évolution de nos sociétés. Ce travail se fait souvent dans l’ombre, presque invisiblement, avec peu de soutien et de relais de médias attirés comme des pies par ce qui brille. Mais ce sont là les germes d’un vrai renouvellement.

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Photo M. Juarez

Rodrigo Ramis, avec sa compagnie Théâtre d’Ailes ardentes, fait partie de ces « précurseurs », qui sont aussi (comme on le voit dans d’autres champs), des creuseurs d’essentiel. Ils ne sont pas en quête d’un quelconque « progrès » des formes, d’une fonction d’« avant-garde », tout ceci n’a plus de sens, on le sait. Ils sont ailleurs. Ces contemporains travaillent l’intemporel.

Loin de cette provocation spectaculaire qui plaît tant aux tenants des modes et ne fait strictement rien avancer, n’ouvre sur rien, mais au contraire nous condamne au surplace, ils s’efforcent d’approfondir sans esbroufe, pour tenter de retrouver le sens réel et en somme « archaïque », de cet art aussi ancien et jeune que notre humanité.

Car la véritable provocation consiste à résister aux normes d’une époque d’où disparaissent le sens de l’écoute attentive et de l’échange. Et ce qui s’oppose le plus efficacement à ces normes, ce ne sont pas le bruit, la fureur, le scandale, qui ne font qu’en accompagner les pires tendances. Non, ce qui est provocateur aujourd’hui, c’est l’attention, la profondeur et la délicatesse.

La narration qui est au cœur du texte subtil et primordial que confia Jordan Estevan à Rodrigo Ramis a de quoi bousculer. La matière est là. Et l’on imagine aisément cette matière explosive traitée beaucoup moins finement par un autre (auteur), maniée sans précaution par un autre (metteur en scène), jouée avec une sensibilité infiniment moindre par une autre (actrice). Car il y a là de quoi remuer bruyamment les tabous les plus ancrés et produire cette émoustillante excitation épidermique dont raffolent les marchands de théâtre avides d’« événements ».

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Photo M. Sicot

Or c’est l’inverse qui se produit. Rien de spectaculaire, la forme et le fond miraculeusement liés dans le souffle et la voix d’une qui parfois semble aussi décontenancée que nous par les mots qu’elle prononce. Rien d’attendu, non, et tout reste en suspens, pour que notre imaginaire, vivant, assommé par aucune certitude, fasse le reste, fasse son travail d’imaginaire.
En amis plus qu’en spectateurs, nous entrons sur la pointe des pieds dans le sinueux monologue intime d’une femme à qui la vie pose de violentes questions et qui ne nous assène aucune réponse.

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Claire-Monique Scherer
Photo Hélène Bozzi

Et dans ces lieux qui ne sont pas des théâtres où Rodrigo et ses alliés ont choisi d’exercer l’art de l’échange, nous prenons plaisir à rester avec eux, pour parler, simplement. Car nous savons que cet instant prolongé n’est pas séparé de celui qui précède, d’un théâtre dont la matière même se trouve être nos vies.

Pour ce qui est de l’histoire, n’insistez pas, je ne la raconterai pas. Mais allez-y voir, entendre, ressentir. Et restez parler avec eux.

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Photo M. Sicot


CHIMÈRE D’AILES ARDENTES

Texte : Jordan Estevan (traduction d’Andrea Torres Gibert) / Adaptation, mise en scène : Rodrigo Ramis / Avec : Claire-Monique Scherer, Rodrigo Ramis / Estampe : Raoul Velasco / Collaboration artistique : Mathilde Sicot et Cristian Bonczos / Thème musical : German Estrada Fricke / Costumes : Stéphanie Coudert.

CHIMÈRE D’AILES ARDENTES
a reçu le Prix Littéraire Kutxa 2005, à San Sebastian Espagne.
Elle a été écrite par l’auteur, un homme, lors d’un séjour parisien en l’automne 2001.

JEU ET THÉORIE DU DUENDE de Federico Garcia Lorca (Éditions Allia)
Performance par Rodrigo Ramis










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Pour sa qua­ran­tième édition, le Festival de cinéma de Douarnenez choi­sit de ques­tion­ner la notion de Frontières. Frontière, non plus cette limite arbi­traire, cette bar­rière qui sépare mais plutôt zone d’échange. Frontière, un lieu qu’il s’agit d’inves­tir, un ter­ri­toire commun…


Brèves


Depuis 2003, le fes­ti­val de cinéma d’Attac « Images mou­ve­men­tées » s’emploie à infor­mer et à sus­ci­ter la réflexion col­lec­tive sur des ques­tions cru­cia­les de ce début de XXIe siècle en s’appuyant sur une pro­gram­ma­tion ciné­ma­to­gra­phi­que exi­geante et éclectique. Celle-ci asso­cie courts, moyens et longs-métra­ges, docu­men­tai­res et fic­tions, films fran­çais et étrangers, anciens et récents, ayant eu une large dif­fu­sion ou non. Le fes­ti­val accueille régu­liè­re­ment des avant-pre­miè­res.


Le Génie en Liberté est un Événement bien­nal, orga­nisé par le Génie de la Bastille.
Il pro­pose à un large public un par­cours cultu­rel dans le quar­tier du 11ème arron­dis­se­ment de Paris.


Tous les deux ans, la ville se trans­forme en un gigan­tes­que cas­te­let en accueillant le Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes qui réunit 230 com­pa­gnies et accueille plus de 150.000 spec­ta­teurs. En ce mois de sep­tem­bre aura lieu sa 19° Édition.


Cette his­toire simple, et les contrain­tes qu’elle nous impose, convien­nent à un théâ­tre sim­ple­ment arti­sa­nal. Pas de recours aux tech­ni­ques contem­po­rai­nes. Technique qui fut l’immense chan­tier d’Anders. « Le « trop grand » nous laisse froids, mieux (car le froid serait encore une sorte de sentir) même pas froids, mais com­plè­te­ment intou­chés ; nous deve­nons des anal­pha­bè­tes de l’émotion ».